vendredi 15 février 2019

Gone girl

Chacun cherche sa femme

(2014 - Réalisé par D. Fincher) ****
Amy et Nick forment un couple en apparence uni. Elle est une auteure à succès de livres pour enfants, lui est prof à la fac. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, en rentrant à la maison, Nick découvre que le salon est saccagé et que sa femme a disparu. L'enquête qui suit va révéler les tensions qui existaient entre eux.

Cliquez sur la suite pour être sauvagement spoilé.


mercredi 13 février 2019

Millenium - Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Cherchez le tatouage
(The Girl with the Dragon Tattoo - 2011 - Réalisé par D. Fincher) ****
A Stockholm, le journaliste Mikael Blomkvist fait face à un procès intenté par un puissant homme d'affaires. C'est alors qu'un membre d'une riche famille le contacte : il lui offre des preuves contre son ennemi en échange d'une investigation sur la disparition de sa nièce. Il sera aidé dans sa tâche par une jeune hackeuse punk : Lisbeth Salander.

Sachant que David Fincher, bien-aimé spécialiste es serial killers, a déjà réalisé une liste conséquente de films brillants sur les psychopathes peuplant notre terre, sachant aussi que le sujet dont il s'empare est un roman qui a déjà été adapté sur petit et grand écran, qu'est-ce qui a poussé notre réalisateur maniaque à remettre le couvert ? Sans doute parce que derrière cette histoire d'inexplicable disparition se montre une étude de deux caractères. 
Mikael est un journaliste à l'ancienne, aux méthodes respectant scrupuleusement la loi, avec une vie plutôt classique, divorcé et couchant avec la directrice en chef de son journal (bref, la routine). Lisbeth est une jeune femme sous tutelle à cause de ces antécédents "problématiques" (elle a foutu le feu à son père quand elle était ado), look goth, asociale, bisexuelle et informaticienne de génie gagnant sa vie en hackant illégalement des informations pour monter des dossiers sur ces cibles (dont, notamment, Mikael lui-même).
Un duo pas banal qui va s'apprivoiser pour résoudre une affaire tordue, après avoir affronté un drame chacun de son coté, moral pour Mikael et (douloureusement) physique pour Lisbeth. Ce n'est pas un hasard si Fincher s'attarde plus sur les problèmes personnels de ces deux-là que sur l'intrigue solide mais déjà vue de la recherche d'Harriet, jeune ado volatilisée depuis 40 ans. Les deux personnages principaux ont autant de défauts que de qualités, ce qui les placent dans la zone grise qui les rend humains et fait qu'on s'attache à eux. Et même lorsque le mystère se résout enfin, le film se poursuit dans un long épilogue dévoilant ce qu'il advient de nos deux protagonistes. 
Mais quelle est la différence avec la série TV produite un an auparavant (3 films suédois remontés en 6 épisodes) ? un réalisateur surdoué et motivé, avec des moyens conséquents. Que ce soit sur les plans visuels ou sonores, dans l'ambiance en général et dans le choix des cadrages en particulier, la sélection des rôles principaux et secondaires, pour la reconstitution minutieuse des 60's et le design audacieux de la maison de verre moderne, Mister Fincher est un des grands pros de sa génération. Il le prouve une fois de plus avec Millenium.

vendredi 1 février 2019

Kingsman - Services secrets

Un seul des trois a la Classe.
(Kingsman: The Secret Service - 2015 - Réalisé par M. Vaughn) ****
Des années après la mort de son père Agent Secret, le jeune Eggsy gâche son potentiel en traînant dans la banlieue Londonienne. Un jour, pour se sortir d'un mauvais coup, il décide de contacter le numéro inscrit sur une médaille, le seul souvenir qu'il a gardé de son géniteur. L'organisation Kingsman se présente à lui.

Quand tous les J.B. (James, Jason, Jack) se prennent trop au sérieux et quand les parodies sont très gentilles (Johnny English, Max la menace) ou très oubliées (Spy, UNCLE), il reste une place pour les petits malins qui veulent mêler espionnage, humour et action. 
Première étape, revenir à la source : l'espion Anglais c'est le flegme assuré. Deuxième point, un méchant original et moderne, un mix entre Mark Zuckerberg et Steve Jobs avec un léger zozotement pour le rendre plus humain tout en renforçant l'aspect comique. Troisièmement, raconter l'histoire d'un mentor et de son élève pour présenter au public l'organisation Kingsman et suivre la formation du jeune Eggsy. Dernière phase, affecter au bad guy une femme de main mémorable et ajouter des séquences d'action délirantes avec des types coupés en deux (dans le sens vertical), des explosions de têtes style champignons atomiques, des gadgets parapluie pare-balles et chaussure cran-d'arrêt, et surtout un massacre de masse hyper gore qui se conclu par une scène encore plus choquante (qu'on ne va pas révéler !).
Si le film est un bouton de manchette au dessus des concurrents c'est grâce au soin apporté par un réalisateur qui maîtrise son sujet et sa technique. C'est surtout à cause du casting surprenant posté là où on ne l'attend pas : Un inconnu qui assure dans le rôle titre (Taron Egerton), Colin Firth (plutôt habitué des rôles "intello", King's Speech ou A single man) exécutant avec brio des séquences très physiques, Samuel L Jackson qui compose un personnage à la fois risible et froidement crapuleux et Sofia Boutella qui met à profit sa formation de danseuse pour crédibiliser sa "Gazelle", mélange stupéfiant de Terminatrice avec ses jambes-prothèses et d'acrobate-tueuse à la "Pris" de Blade Runner. 
La comédie alterne entre gags attendus mais bien exécutés (les conflits entre les Kingmen et Eggsy) et humour noir à froid (les speech glaçants mais ironiques de Valentine, le milliardaire qui veut éliminer la population mondiale pour sauver la planète). Le contrat de départ est donc respecté et le film créé un univers neuf en recyclant de l'ancien, de quoi lancer une nouvelle franchise.

jeudi 31 janvier 2019

Les 8 Salopards

Le beau et la bête

(2015 - Réalisé par Q. Tarantino) ***
Sur la route enneigée menant à Red Rock, deux chasseurs de primes se rencontrent. L'un trimbale les trois corps des hors-la-loi qui lui feront toucher la récompense en ville, l'autre escorte en diligence la dangereuse criminelle Daisy Domergue, pour la même raison.

Encore un Western du Tarantino juste après son Django, ne risque-t-on pas l'overdose ? Surtout si on s'amuse à compiler toutes les séquences se référant au genre dans les productions du bonhomme. De Reservoir Dogs à Inglourious Basterds en traversant par Kill Bill, les évocations sont légions. C'est pourquoi, rusé comme il est, Môssieur Quentin a bien pris soin de proposer autre chose. 
Évidemment sur le papier, ça sent fortement le gunfighting dans l'ouest sauvage : du casting divin de "gueules" à admirer en gros plan façon Sergio Leone, du Morricone sacré à la partition musicale, du paysage sublime à vivre en format scope comme dans les Classiques des 50's, du dialogue ciselé made in... Tarantino, of course.
Et puis soudain, après une demi-heure de mise en place, tout s'arrête.
Voilà notre diligence forcée de s'arrêter dans la mercerie de Minnie, petit relais paumé dans les montagnes et le blizzard. Et le Western bascule vers un huis-clos claustro. Bye bye la chevauchée héroïque dans les sommets glacés, tout ce beau monde se calfeutre dans un lieu unique, une cabane perdue au milieu de nulle part. Nous sommes donc à présent dans un autre film de genre, du style "Cabin in the woods", mais sans la forêt !
Le pari de l'auteur, maintenir la tension pendant les deux heures qui suivent, s'avère risqué. De fait il n'évite pas les longueurs et les redites, en mettant en scène comme dans une pièce de théâtre les huit protagonistes qui s'affrontent. Les deux chasseurs de primes, John Ruth et le Major Warren, assurent le show. Ils vont devoir patiemment relever les indices pour trouver le ou les traîtres chargés de libérer la hors-la-loi dès que l'opportunité se présentera. Du patibulaire Joe Cage, du trop poli Oswaldo, du silencieux Général Sudiste Smithers, du bizarre Bob le Mexicain, du soit-disant nouveau Sheriff Mannix ou du cocher O.B., qui est là pour sauver Daisy de la pendaison ?
Les numéros des actrices et acteurs parviennent à capter l'attention mais l'ensemble aurait mérité une coupe franche dans les scènes pour gagner 15 bonnes minutes. QT s'est fait plaisir, trop à mon goût, en allongeant exagérément certaines confrontations. Cela reste un bel hommage, sincère, avec des passages exquis qu'on déguste avec plaisir et d'autres où on frôle la touche "avance rapide" de sa télécommande. 

mercredi 30 janvier 2019

Django unchained

Deux chasseurs de primes et un "Wanted"

(2012 - Réalisé par Q. Tarantino) ****
Libéré de ses chaînes par un chasseur de primes Allemand se faisant passer pour un dentiste, l'ex-esclave Django va pouvoir entreprendre sa quête : retrouver sa bien-aimée Broomhilda.

Si Django, héros flingueur des années 60 et 70, est resté  populaire chez les mordus de ciné Spaghetti, le grand public l'a oublié depuis belle lurette. Tarantino a donc exhumé ce personnage et a repris les grandes lignes de son caractère, un desperado se battant contre le racisme ambiant, incarné par le Ku Klux Klan, pour sauver une damoiselle en détresse. 
Evidemment avec QT, il y a un twist : dans sa version, Django est un esclave noir lancé dans une quête vengeresse, sa promise étant asservie dans une plantation de coton. Toutes les épreuves classiques sont franchies par le héros, et dans l'ordre (ce qui est rare dans les productions Tarantinesques, où flashbacks et flashforwards pullulent). La libération par le mentor, l'apprentissage, la recherche de la dulcinée, les épreuves physiques et psychologiques et la vengeance finale. Check-list au complet.
C'est comme souvent dans les soubresauts stylistiques et les rôles gravitant autour du personnage principal qu'on trouve matière à se délecter. Le volubile et très Européen Docteur King Schultz, le salopard et très distingué membre du KKK Big Daddy, le raffiné et tout aussi raciste Calvin Candie à la tête de son "Candie land" où il organise des combats de Mandingos, esclaves devant se battre entre eux pour le plaisir de leurs propriétaires, le traître serviteur Stephen (Samuel L. Jackson, comme d'hab impeccable, avec un rôle ambigu de petite vipère vendue aux maîtres blancs). La galerie vaut la visite. Tous ces personnages, sous le vernis d'une soi-disant culture évoluée, sont plus sauvages que celles et ceux qu'ils traitent comme tels.
Les citations musicales et cinématographiques sont trop nombreuses et trop pointues pour que j'en dresse une liste, la plupart m'étant passées au dessus du crâne. Mais il reste toujours cette mécanique savamment dosée, ce surplus de coolitude qui n'appartient qu'à ce réalisateur passionné par son art. Parfois il se perd dans des clins d’œil trop appuyés, comme par exemple lors de la séquence gag étirée de l'attaque des neuneus du KKK, ou la rencontre des transporteurs de la Compagnie Minière (avec un caméo poussif de Mister Quentin) qui casse le rythme emballé de la dernière partie du film. Cependant l'ultime fusillade, savoureuse et libératrice, permet de finir en beauté !

vendredi 21 décembre 2018

The VVitch, Hérédité : Familles je vous hais

Réunion de famille

The VVitch (réalisé par R. Eggers) et Hérédité (réalisé par A. Aster) sont deux films sortis respectivement en 2015 et 2018. Bien que situés à deux époques différentes, le 17e siècle et le temps présent, ils racontent l'histoire anxiogène de familles dysfonctionnelles en prenant appui sur le genre Horreur-Fantastique.

Sous-titré dans sa version d'origine "Conte folklorique de Nouvelle-Angleterre", The VVitch tire son ambiance unique des légendes sur les sorcières héritées du moyen âge. Une famille puritaine venue d'Angleterre dans les territoires d'Amérique du Nord se trouve chassée de sa colonie à la suite d'un différend religieux. Elle doit vivre recluse, en autarcie dans une petite ferme à la lisière d'une forêt. La disparition du bébé de la famille va confronter parents et enfants au mythe des Sorcières.

Hérédité se déroule de nos jours et s'ouvre sur l'enterrement de la grand-mère de la famille Graham. Sa disparition va déclencher une série de psychoses et de drames au sein du foyer, se muant peu à peu en événements surnaturels. Le film explore une thématique plus moderne basée sur les esprits malins qui hantent les lieux et possèdent les personnes.

Voici donc la joyeuse thématique de la soirée : une cellule familiale isolée qui va se replier sur elle-même à force de cultiver ses névroses, qu'elles soient religieuses pour les puritains des années 1630 ou psychosomatiques pour nos contemporains.
Cool.

Et nous allons voir que ce ne sont pas les seules similitudes entre les deux films.
Le temps de prévenir tout le monde que ça va divulspoiler abondamment et on clique sur la suite.

vendredi 14 décembre 2018

RENEGADE (jeu de société, en anglais)

Renegade - Publié par Victory Point Games
Comme la plupart des projets Kickstarter, le jeu Renegade n'aurait certainement pas vu le jour s'il était passé par le marketing des grands éditeurs de jeux de société. Trop abstrait, trop jargonneux, trop "de niche" et sans licence connue pour vendre le produit, il n'aurait pas dépassé le stade du prototype et aurait fini en "Print & Play" gratos sur le web.

Des hackers en guerre contre une entité virtuelle malfaisante nommée Mother, ça passe encore. Depuis le premier Matrix il y a près de vingt ans, tout le monde est expert des réseaux informatiques. Mais quand on commence à sortir les Neural Hubs, Propagators, Data Ports et autres Countermeasures, ça fait moins les malins. Surtout quand tout se passe sur des partitions de serveurs et que vos actions sont des commandes Cognition ou Deception
Et lorsque l'auteur décide d'allier ses codes philosophico-technologiques à une épure esthétique de symboles colorés sur une grille d'hexagones, les auto-proclamés "experts" se roulent en boule dans un coin de la salle, en marmonnant "on va plutôt jouer aux petits chevaux". 

Renegade de Victory Point Games est un jeu de plateau, en anglais, dans lequel de un à cinq Avatars piratent un programme informatique sur son terrain, à savoir les disques durs où sont stockées les données. Vous êtes les intrus et votre but est de survivre tout en remplissant un maximum d'objectifs. Vos armes : 15 cartes avec lesquelles vous générez tout un tas de jetons colorés. 


Intrigué ? La suite lisez !


mardi 27 novembre 2018

RACE FOR THE GALAXY (Jeu de société)

Race for the Galaxy - Publié par Ystari Games

Existant depuis plus de dix ans, "Race for the Galaxy" est, avec Dominion, l'un des pionniers du concept de "jeu de cartes évolutif". Le principe rompt avec les jeux de cartes à collectionner dans lesquels chaque paquet contient une distribution aléatoire avec des niveaux différents de raretés et où chaque participant doit se procurer son propre deck. Avec RftG nous avons une boite contenant toutes les cartes nécessaires (plus de 120) pour deux à quatre joueurs, tout ça pour 25 €. C't'affaire !

Dans Race tout le monde pioche ses cartes depuis un paquet commun. Donc, à la différence de Magic l'Assemblée et consorts, inutile d'espérer vaincre en achetant les cartes les plus puissantes. Si le hasard préside toujours lors du tirage, tout le monde débute avec les mêmes chances et c'est à vous de vous adapter au cours de votre exploration, selon votre main. 
Le principe du jeu est indiqué dans son titre : conquérir et développer des planètes pour acquérir un maximum de points de victoire en un temps limité.  

Que la course commence !


samedi 15 septembre 2018

Poltergeist

Who you gonna call?

(1982 - Réalisé par T. Hooper) *****
Famille américaine typique, les Freeling vivent confortablement dans le récent quartier résidentiel de Cuesta Verde en Californie. Une nuit, Carol-Anne, la petite dernière, semble fascinée par le poste de télé resté allumé sur une chaine sans réception. Le début d'une longue série d'événements paranormaux qui vont s'enchainer crescendo.

Les bonnes fées se sont penchées sur le berceau de Poltergeist : Tobe Hooper à la réalisation et Steven Spielberg à la production, soit Monsieur "Massacre à la tronçonneuse" et Monsieur "Rencontres du 3e type". Pour un film de maison hantée, on part sur de bonnes bases. Le côté spectaculaire est assuré par tonton Steven, en sa qualité de producteur il met les moyens suffisants pour créer la magie et ficèle un suspens qui maintient le film largement au-dessus de la mêlée dans sa catégorie joignant Fantastique, Horreur et Comédie. Plutôt que de placer l'intrigue dans un cadre flippant pour imposer l'angoisse, une baraque sinistre qui crache du sang (Amityville, 1979), un immense hôtel vide (Shining, 1980) ou une cabane paumée dans les bois (Evil Dead, 1981), les auteurs choisissent comme lieu unique une maison moderne tout confort (enfin, il y a quand même un arbre maléfique dans le jardin ;-)
Pour la partie politiquement incorrecte, le père Tobe délivre un message édifiant sur l'Histoire des États-Unis, littéralement bâtie sur les cadavres des natifs Amérindiens. Il glisse aussi dans cette aventure surnaturelle une multitude de petites allusions sur la schizophrénie de ce peuple : la télé est le support involontaire des esprits mauvais (le film s'ouvre sur l'hymne américain diffusé à la TV devant la famille qui roupille, message compris ?), les parents fument un joint tout en lisant la biographie du président Reagan, la chambre des enfants est proprement noyée sous les jouets plus ou moins grotesques, symbole d'un consumérisme maladif, et les "experts" para-psychologues restent impuissants malgré leurs gadgets high-tech. C'est toute une vision idyllique du mode de vie Américain qui est gentiment malmenée.
Si Poltergeist a tant marqué les esprits des ados des années 80, c'est aussi grâce à l'interprétation sans faille des actrices et acteurs. Que ce soit les adultes ou les enfants, le casting est en or massif. En particulier Diane la maman, qui crédibilise toutes les scènes d'émotions et vous colle des frissons lorsque l'esprit de sa fille la "traverse". C'est aussi une action-girl qui va chercher sa gosse perdue dans l'au-delà, tout en gardant son sex-appeal en affrontant l'esprit frappeur en petite culotte. Elle sera par ailleurs principalement aidée par deux autres femmes, la scientifique "Docteur Lesh" et Tengina, la médium responsable de la ligne de dialogue la plus célèbre du film ("This house is clean"), peu avant le déferlement final !

vendredi 7 septembre 2018

Wargames

Scène d'époque en -28 avant Snapchat

(1983 - Réalisé par J. Badham) *****
A la recherche d'un serveur stockant des jeux vidéo pas encore sortis, David tombe sans le savoir sur WOPR, le système informatique ultra secret de l'armée Américaine. Après avoir trouvé le mot de passe permettant de contrôler la machine, David lance une partie intitulée "Guerre Thermonucléaire Globale", sous les yeux amusés de sa copine de classe.

Si Wargames est devenu instantanément un film culte auprès des pré-geeks des 80's, c'est parce qu'il décrit un monde rêvé par tous les pubères mordus de jeux vidéo de l'époque. Les ados ayant une console Atari 2600 ou une Colecovision, ou un micro Apple II ou Thomson TO7, trippent à donf en vivant l'histoire du jeune hacker qui va mettre la Terre en péril puis la sauver. Il a une antre pour lui tout seul, remplie d'une montagne de machines toutes plus hi-tech les unes que les autres : ordi 8080 dernier cri avec un écran énoooorme (17'), double-lecteur disquettes 8 pouces (le summum !), modem 1200 bauds avec une connexion illimitée, imprimante matricielle next-gen, haut-parleurs pour la synthèse vocale... le prix global pour un pareil matos doit s'approcher du PIB de l'Allemagne de l'Est. 
Mais toute cette débauche technologique n'est rien comparé à l'exploit réalisé par notre ami le jeune. Non pas de pirater le super-computer du NORAD, ça c'est facile. Pour tous les nerds spectateurs en 1983, le tour de force le plus incroyable est que David ramène une FILLE dans sa chambre ;-)

Soyons sérieux deux minutes. Wargames a fait date car il montre, sans doute pour la première fois dans un film grand public, un ado adepte des nouvelles technologies bien dans sa peau, loin du cliché du coincé à lunettes, pédant et mal fagoté. David est un gars intelligent avec toute la fraicheur naïve de sa jeunesse, un sacré débrouillard qui ne baisse jamais les bras dans sa lutte contre des adultes bornés ou dépassés. Son aventure est palpitante, avec ses rebondissements parfois trop gros (il s'évade tout seul du bunker le plus sécurisé des USA !) mais toujours rythmés, et se conclut de façon attendue mais pleinement satisfaisante (spoiler : le gars bat WOPR et gagne la fille, youpi !)
D'une manière plus générale, le film sort dans un contexte de guerre froide encore très vivace entre les USA et l'URSS. L'intro montre comment l'escalade soudaine du conflit peut déterminer en quelques minutes le sort de l'humanité. Cette menace nucléaire planant constamment est heureusement désamorcée par le personnage du Général Beringer, l'élément comique caricatural qui balance des punchlines et ne cesse de modifier l'état d'alerte nationale DefCon tout au long du film comme s'il s'agissait d'un jouet. Les autres protagonistes restent crédibles, Jennifer la future girlfriend endosse le rôle ingrat mais indispensable de la candide à qui David doit expliquer le jargon abscons. L'ingénieur Mc Kittric, qui a rendu autonome WOPR, et le professeur Falken, celui qui l'a créé, vont chacun évoluer dans leur point de vue au fil des événements.

Le commentaire sur les dangers des nouvelles technologies trouve un écho aujourd'hui. Même si la bombe atomique est encore un sujet d'inquiétude, la problématique s'est déplacée sur la manipulation de masse permise par le traitement des données à grande échelle. La question principale de Wargames dans les 80's, peut-on confier notre destin aux super-calculateurs, a depuis été réglée par la génération 2K : oui, les algorithmes de Google, Amazon et Apple peuvent gérer notre vie.
Flippant, non ?

samedi 4 août 2018

The Revenant

"I'm the king of the world !"

(2016 - Réalisé par A. G. Iñárritu) ****
Dans les années 1820 l'explorateur Hugh Glass et son fils Indien guident les trappeurs sur les territoires sauvages le long de la rivière Missouri. Lorsque le camp est soudainement attaqué par une tribu indienne, chacun tente de sauver sa vie tout en préservant le précieux stock de fourrures.

Depuis des années le réalisateur et sa star avaient dans les mains cette histoire de revanche homérique. Il leur manquait juste les moyens financiers pour tourner l'épopée en décors naturels et un scénario qui aille au-delà d'une simple course-poursuite à travers l’Amérique naissante. Après avoir suivi Michael Keaton dans "Birdman", Alejandro Iñárritu réutilise sa caméra baladeuse pour filmer les grands espaces de la conquête de l'ouest et un DiCaprio en mode "performance d'acteur". Fort heureusement le projet ne se limite pas à observer combien Leonardo vit intensément les terribles épreuves que le destin lui envoi lors de sa longue quête vengeresse. The Revenant montre un contexte, ses pionniers issus de l’immigration Européenne face aux natifs Américains qu'on appelle toujours Indiens, ce choc de cultures diamétralement opposées entre des tribus en compétition pour le contrôle de territoires et l'Homme Blanc principalement préoccupé par le profit qu'il peut tirer de cette nature vierge.
L'histoire vraie de Hugh Glass, laissé pour mort dans un environnement hostile après avoir subi des tourments autant physiques que psychologiques, sert de fil rouge vers une rédemption finale. Sa longue traversée hivernale est ponctuée de rencontres tantôt funestes tantôt favorables. En parallèle on suit le trajet de son bourreau, celui qui lui a tout pris, autant par cupidité que par instinct de survie dans des circonstances imprévisibles et un contexte franchement inhospitalier. 
Le style fluide du film est parfaitement adapté à son propos. Pas de frénésie, des plans-séquence souples et étirés embrassant la totalité d'un paysage magnifique et s'approchant au plus près des personnages dans un souffle ample, qui impliquent émotionnellement le spectateur comme peu de films, toujours au cœur d'une action chorégraphiée de main de maître. Même si certaines envolées mystiques auraient pu être un chouia raccourcies, l'odyssée mérite d'être vécue.

jeudi 2 août 2018

The Social Network


"Bientôt, vous aurez tous une page Facebook..."

(2010 - Réalisé par D. Fincher) *****

L'histoire de la création de Facebook en 2004 par Mark Zuckerberg et Eduardo Saverin. L'ascension fulgurante du premier réseau social à l'échelle mondiale, les conflits internes et les procès qui ont suivi.

Si aujourd'hui Facebook n'est plus utilisé que par votre mère et votre oncle, le réseau social revendique tout de même 2,2 milliards de comptes actifs en 2018. Cette entreprise fait partie de l'Histoire, David Fincher et le scénariste Aaron Sorkin s'emparent dès 2010 d'une biographie intitulée "Les milliardaires accidentels" pour réaliser le film qui va cristalliser l'esprit d'une génération. Comment Zuckerberg et quelques collègues doués, étudiants de la prestigieuse université Harvard, vont transgresser le code d'honneur implicite de l'école. D'abord en hackant les trombinoscopes des élèves des campus aux alentours pour créer Facemash, un moteur de vote comparant des photos de filles (Vraiment classe, les gars). Mais surtout en bousculant les traditions, incarnées notamment par les riches frères Winklevoss, prototypes de la classe dominante : jeunes loups premiers de la classe, sportifs exemplaires et membres de la plus select fraternité d'Harvard.
Comme il le dit lui-même, Mark Zuckerberg ne sait pas vraiment ce qu'il tient dans ses lignes de codes lorsqu'il fait financer son portail social avec les 1000 dollars de son pote, mais il a l'intuition qu'il doit laisser son monstre grandir en même temps que la jeunesse, adaptant le concept avec des flashs d'inventivité, comme lors de la séquence sur la création du statut relationnel.
Fincher le montre parfaitement avec plusieurs analogies tout au long du film : pendant que l'ancien monde s'éclate avec des putes payées dans des soirées élitistes, le nouveau prend possession de la zone virtuelle où se noueront les relations sociales du peuple. Pendant que les fils de bonne famille rament en ligne droite dans leur couloir d'aviron étriqué, les codeurs pissent les lignes de programmes qui captureront notre intimité pour mieux la marchander. Pendant qu'Eduardo s'échine à trouver de maigres financements publicitaires, Zuckerberg recrute le créateur de Napster qui lui décroche son premier gros investissement. Et tandis que les hordes d'avocats perdent leur temps en négociations juridiques, Facebook investit ses nouveaux bureaux et fête son millionième membre.
Le film explique parfaitement le fonctionnement intellectuel du jeune businessman, prototype du geek à une époque où ce terme n'est pas encore sexy pour les séries TV et Hollywood. Il a toujours un coup d'avance, quitte à sacrifier au passage son amitié et poursuivre en vain sa copine qui l'a largué. Cette difficulté à communiquer est excellemment rendue par l'acteur Jesse Eisenberg : un peu autiste dans ses sentiments mais avec un mental constamment fixé sur un objectif dont les limites sont sans cesse repoussées. Un portrait tellement précis que l'actualité nous indique que le bonhomme n'a pas changé : en 2018 il balade les gouvernements comme jadis les Winklevoss, en produisant régulièrement les mêmes excuses bidons concernant son redoutable outil d'influence planétaire.

mercredi 18 juillet 2018

Alien Covenant

Les androïdes Walter et David pipeautent. 
(2017 - Réalisé par R. Scott) **

Le vaisseau spatial "Covenant" voyage à destination d'une planète fertile, dans le but de la coloniser. A son bord, un équipage composé de couples et 2000 embryons cryogénisés pour peupler ce nouveau paradis. Et aussi Walter l'androïde.

En 2012 on attendait tellement de Prometheus, avec le Sieur Scott aux manettes et l'alléchante promesse de découvrir les "space jockeys" du film originel, que la chute n'en fut que plus vertigineuse et l'atterrissage douloureux. Un film avec des personnages mal construits aux motivations peu claires, dans une histoire remplie de questions sans aucune réponse.
Et quand, cinq ans plus tard, Mister Ridley remet le couvert avec Covenant, les plus naïfs des fans (dont votre serviteur) se font encore avoir : ils espèrent une suite comblant tous les trous narratifs, des héros et héroïnes enfin crédibles, et des aliens pas relégués au banal rôle de machines à "jump-scare".

Las. Les auteurs recommencent leur remake du film de 1979, en beaucoup moins bien. Soit un équipage en état d'hibernation voguant vers sa destination, interrompu par un événement extérieur, recevant un message mystérieux, partant à sa source et, se faisant, courant à sa perte à la suite de décisions stupides. Le challenge étant d'inclure toutes les intrigues amorcées dans Prometheus et jamais résolues. 
Pour ce dernier point, la solution fut de reprendre patiemment tous les éléments développés précédemment pour sublimer l'ensemble par une astucieuse remise en perspective.
Non, j'déconne. 

Elizabeth est morte après avoir remis en état son ennemi David. Et tous les Ingénieurs sont crevés aussi. On se débarrasse des seuls éléments intéressants de Prometheus en ne gardant que le plus plat, celui dont on sait qu'il est un androïde psychopathe se prenant pour Dieu. Et au cas où on l'aurait oublié on vous le rappelle lors de l'intro, avec une discussion pas du tout subtile entre le robot et son créateur, Peter Weyland, lors d'un flashback. 
Tout est bâclé dans Covenant : la présentation de l'équipage (sans relief), l'arc narratif de l'héroïne (un mix entre Ripley et Shaw, donc déjà vu), la découverte de la planète des Ingénieurs (désespérément vide), l'apparition des Xénomorphes (trop rapide, aucune montée de tension) et le faux suspens sur le rôle de David (tout le monde sait qu'il est fou, sauf les protagonistes du film malgré toutes les preuves sous leurs yeux). 
Les seules pistes novatrices introduites dans Covenant sont seulement effleurées, le concept des couples de colons, sensé renforcer leur lien affectif mais insuffisamment traité, et la relation entre Walter et David (les premiers homo dans un film S-F grand public ?).
Autrement, le film tourne sur lui-même, s'auto-référençant en balançant les mêmes séquences qu'il y a 40 ans, copiées à l'identique : bébés aliens s'éjectant des corps, face-huggers dans leurs œufs, Xéno massacreurs. A tel point qu'on en vient à se demander si, à l'instar de Star Wars (lui aussi né à la fin des 70's), l'univers "Alien" est assez riche pour fournir autre chose qu'une trilogie. La saga de Lucas est condamnée à ressasser ad nauseam ses Jedis et ses Stormtroopers, celle créée par Dan O'Bannon, Ridley Scott et James Cameron semble avoir fait le tour de son sujet dès son 3e épisode en 1992. Les oeufs et leurs face-huggers, les Xénomorphes et leurs mâchoires, les équipages sacrifiés à la chaîne, la formule peine à se renouveler. 

jeudi 12 juillet 2018

GLOOMHAVEN (Jeu de société, en anglais)


Gloomhaven - Publié par Cephalofair Games

Avec Gloomhaven, l'auteur Isaac Childres a voulu recréer le feeling d'un Dungeon Crawler au tour par tour doublé d'un jeu de rôle à l'ancienne. Soit d'un coté la grille d'hexagones avec ses figurines et de l'autre une fine équipe autour d'une table, écoutant le Maître du Jeu conter une aventure épique en jetant frénétiquement des tonnes de dés. Cette joie de voir son avatar grandir au fil des semaines, acquérir fortune et gloire en traversant le continent et les adversaires. Puis terminer sa carrière au terme d'une épique épopée, triomphant sur un trône royal ou agonisant dans une fosse commune.
L'auteur s'est donc mis en tête de construire un jeu de plateau avec les mécaniques maniaques d'un jeu de stratégie tout en recréant ce sentiment de croissance, un monde qui évolue sur le long terme. Et plus qu'un système dans lequel les héro(ïne)s deviennent des Dieux et Déesses surpuissant(e)s au fil de leur montée de niveau, les doter chacun d'une quête personnelle au terme de laquelle ils prendront leur retraite pour laisser la place à des personnages inédits aux motivations différentes, qui continueront la saga. La garantie qu'on ne laissera pas une mortelle routine s'installer et que les joueuses et joueurs devront sortir de leur zone de confort pour découvrir de nouvelles façons de jouer pour franchir les obstacles.
Le tout sans recourir aux sacro-saints dés du hasard pour simuler le destin, mais avec des cartes pour tout gérer à la place d'un Maître du jeu démiurge.

Oui, le pari de Monsieur Childres était insensé. Et vous savez quoi ? Le bougre a réussi.