dimanche 2 novembre 2008

The Truth (1998)

Dans notre série "Et si on écoutait du Prince en acoustique ?", voici venu le temps de...


CRYSTAL BALL: THE TRUTH (1998)

The Truth
Don't play me
Circle of Amour
3rd Eye
Dionne
Man in a uniform
Animal kingdom
The other side of the pillow
Fascination
One of your tears
Comeback
Welcome 2 the Dawn (Acoustic)


L'album acoustique.
Prince succombe à la mode de l'album acoustique en 1998. Il profite de la sortie de sa compilation "Crystal Ball", recueil de tous les titres qu'il a autorisé à s'évader de son Vault, pour y adjoindre "The Truth", 12 chansons majoritairement composées à la guitare acoustique. Evidemment ce projet Princier n'est pas un traditionnel Best Of de Hits tous nus mais des titres inédits spécialement écrits pour l'occasion intégrant parfaitement le concept.
Cela donne un album folk et blues se focalisant sur les mélodies, obligeant les auditeurs à se concentrer sur cette voix indéfinissable à laquelle nous sommes habitués depuis 20 ans mais que nous oublions parfois face à la virtuosité du gars lorsqu'il aligne les démonstrations de solos de guitare électrique et empile les harmonies complexes dans ses compositions. Cela permet aussi de redécouvrir la qualité de parolier du bonhomme, rarement soulignée dans son oeuvre.
Comme notre homme est espiègle il change les règles au fil des chansons, rajoutant parfois des percutions, voire de discrètes incursions d'autres instruments ou effets vocaux. Mais pour l'essentiel il s'en tient à la promesse de départ : sa voix seule, soulignée par une guitare sèche.

"The Truth" abordent des thématiques habituelles chez Prince, une part importante est accordée à l'amour sous des formes tour à tour romantiques et bien sûr sexuelles. Des Ballades caliente comme "The Other side of the Pillow" dans lequel il se sent tel Clyde avec Bonny ("Bad as Bonny when she ran with Barrow (Clyde), When U kiss me, feels like I'm committing a crime") ou dans "Circle of Amour" où il narre les après-midis chauds de quatre lycéennes -ou peut-être même collégiennes- lorsqu'elles sèchent l'école pour s'adonner aux plaisirs saphiques ("4 hands in the place where the feet connect, Gang of 4, Circle of sex, In the vicious race 2 maturity, They're almost phased from ecstasy"). 
La dose de lyrics osées ne s'arrête pas là. Dans la série des amours contrariées Prince livre quelques témoignages tragi-comiques sur une relation piteuse dans "One of your tears" ("Did U get the tape I sent U? I thought it be better in a song, Better than the used condom U sent me, Baby that was wrong") et sur certaines pratiques originales dans "Man in a Uniform" ("She said 2night I want your violent tongue 2 swallow my stench and be loyal 2 me, She'll never be free, Until U do me like a man in a uniform").

"Comeback" est peut-être un des titres les plus personnels jamais sorti par Prince, en ce sens que les paroles peuvent être interprétées comme un hommage à son bébé décédé quelques jours après sa naissance, en 1996. Prenant la forme d'une courte ballade mélancolique, l'artiste évoque le souvenir d'un être disparu ("Walking up the stairs, Just the afternoon, Sweet wind blew, Not a moment 2 soon, I cry when I realized, That sweet wind was U"). Prince a probablement considéré cette épreuve comme un signe divin, un test de sa Foi face à une douleur qu'on imagine incommensurable. Lorsqu'une personne pense que sa vie est gouvernée par une entité omnipotente, la seule interprétation possible d'un tel drame est limpide : un message clair lui interdisant d'avoir une descendance et la certitude de le revoir dans l'au-delà ("If U ever lose someone dear 2 U, Never say the words their gone, They'll come back").

Dans un versant plus "sociétal", notre Prince quarantenaire assume sa maturité dans "Don't play me", rappelant qui est le Boss ("I've been to the mountain top and it aint what U say, Don't play me, Don't play me, I'm the wrong color and I play guitar, My only competition is, well, me in the past"). Faut pas le chercher, le vieux kid. Il est croyant ("Ultimately the only one That can save U is U, Your God is inside", dans "3rd Eye"), Végétalien ("We're all members of the animal kingdom, Leave your brothers and sisters in the sea", dans "Animal Kingdom") et tout va très bien pour lui, merci, contrairement à l'état global du monde ("The dream U keep dreaming, is better than the life U lead", dans "Fascination").

Tout est résumé dans les titres d'ouverture et de clôture de l'album. Dans la chanson "The Truth" l'auteur nous questionne sur nos paroles et de nos actes, sur notre besoin perpétuel de réponses à des interrogations mystiques insolubles ("What If time's only reason Was to give us all somethin' 2 fear?"). Dans la conclusion "Welcome 2 the Dawn", il nous livre son interprétation, religieuse évidemment, que notre vie sur Terre n'est qu'un passage dont l'issue ne dépend que de notre honnêteté et notre responsabilité ("Every pieces a puzzle and every name a clue, Every charge U make is karma, So be careful what U do").