vendredi 15 février 2019

Gone girl

Chacun cherche sa femme

(2014 - Réalisé par D. Fincher) ****
Amy et Nick forment un couple en apparence uni. Elle est une auteure à succès de livres pour enfants, lui est prof à la fac. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, en rentrant à la maison, Nick découvre que le salon est saccagé et que sa femme a disparu. L'enquête qui suit va révéler les tensions qui existaient entre eux.

Cliquez sur la suite pour être sauvagement spoilé.


mercredi 13 février 2019

Millenium - Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Cherchez le tatouage
(The Girl with the Dragon Tattoo - 2011 - Réalisé par D. Fincher) ****
A Stockholm, le journaliste Mikael Blomkvist fait face à un procès intenté par un puissant homme d'affaires. C'est alors qu'un membre d'une riche famille le contacte : il lui offre des preuves contre son ennemi en échange d'une investigation sur la disparition de sa nièce. Il sera aidé dans sa tâche par une jeune hackeuse punk : Lisbeth Salander.

Sachant que David Fincher, bien-aimé spécialiste es serial killers, a déjà réalisé une liste conséquente de films brillants sur les psychopathes peuplant notre terre, sachant aussi que le sujet dont il s'empare est un roman qui a déjà été adapté sur petit et grand écran, qu'est-ce qui a poussé notre réalisateur maniaque à remettre le couvert ? Sans doute parce que derrière cette histoire d'inexplicable disparition se montre une étude de deux caractères. 
Mikael est un journaliste à l'ancienne, aux méthodes respectant scrupuleusement la loi, avec une vie plutôt classique, divorcé et couchant avec la directrice en chef de son journal (bref, la routine). Lisbeth est une jeune femme sous tutelle à cause de ces antécédents "problématiques" (elle a foutu le feu à son père quand elle était ado), look goth, asociale, bisexuelle et informaticienne de génie gagnant sa vie en hackant illégalement des informations pour monter des dossiers sur ces cibles (dont, notamment, Mikael lui-même).
Un duo pas banal qui va s'apprivoiser pour résoudre une affaire tordue, après avoir affronté un drame chacun de son coté, moral pour Mikael et (douloureusement) physique pour Lisbeth. Ce n'est pas un hasard si Fincher s'attarde plus sur les problèmes personnels de ces deux-là que sur l'intrigue solide mais déjà vue de la recherche d'Harriet, jeune ado volatilisée depuis 40 ans. Les deux personnages principaux ont autant de défauts que de qualités, ce qui les placent dans la zone grise qui les rend humains et fait qu'on s'attache à eux. Et même lorsque le mystère se résout enfin, le film se poursuit dans un long épilogue dévoilant ce qu'il advient de nos deux protagonistes. 
Mais quelle est la différence avec la série TV produite un an auparavant (3 films suédois remontés en 6 épisodes) ? un réalisateur surdoué et motivé, avec des moyens conséquents. Que ce soit sur les plans visuels ou sonores, dans l'ambiance en général et dans le choix des cadrages en particulier, la sélection des rôles principaux et secondaires, pour la reconstitution minutieuse des 60's et le design audacieux de la maison de verre moderne, Mister Fincher est un des grands pros de sa génération. Il le prouve une fois de plus avec Millenium.

vendredi 1 février 2019

Kingsman - Services secrets

Un seul des trois a la Classe.
(Kingsman: The Secret Service - 2015 - Réalisé par M. Vaughn) ****
Des années après la mort de son père Agent Secret, le jeune Eggsy gâche son potentiel en traînant dans la banlieue Londonienne. Un jour, pour se sortir d'un mauvais coup, il décide de contacter le numéro inscrit sur une médaille, le seul souvenir qu'il a gardé de son géniteur. L'organisation Kingsman se présente à lui.

Quand tous les J.B. (James, Jason, Jack) se prennent trop au sérieux et quand les parodies sont très gentilles (Johnny English, Max la menace) ou très oubliées (Spy, UNCLE), il reste une place pour les petits malins qui veulent mêler espionnage, humour et action. 
Première étape, revenir à la source : l'espion Anglais c'est le flegme assuré. Deuxième point, un méchant original et moderne, un mix entre Mark Zuckerberg et Steve Jobs avec un léger zozotement pour le rendre plus humain tout en renforçant l'aspect comique. Troisièmement, raconter l'histoire d'un mentor et de son élève pour présenter au public l'organisation Kingsman et suivre la formation du jeune Eggsy. Dernière phase, affecter au bad guy une femme de main mémorable et ajouter des séquences d'action délirantes avec des types coupés en deux (dans le sens vertical), des explosions de têtes style champignons atomiques, des gadgets parapluie pare-balles et chaussure cran-d'arrêt, et surtout un massacre de masse hyper gore qui se conclu par une scène encore plus choquante (qu'on ne va pas révéler !).
Si le film est un bouton de manchette au dessus des concurrents c'est grâce au soin apporté par un réalisateur qui maîtrise son sujet et sa technique. C'est surtout à cause du casting surprenant posté là où on ne l'attend pas : Un inconnu qui assure dans le rôle titre (Taron Egerton), Colin Firth (plutôt habitué des rôles "intello", King's Speech ou A single man) exécutant avec brio des séquences très physiques, Samuel L Jackson qui compose un personnage à la fois risible et froidement crapuleux et Sofia Boutella qui met à profit sa formation de danseuse pour crédibiliser sa "Gazelle", mélange stupéfiant de Terminatrice avec ses jambes-prothèses et d'acrobate-tueuse à la "Pris" de Blade Runner. 
La comédie alterne entre gags attendus mais bien exécutés (les conflits entre les Kingmen et Eggsy) et humour noir à froid (les speech glaçants mais ironiques de Valentine, le milliardaire qui veut éliminer la population mondiale pour sauver la planète). Le contrat de départ est donc respecté et le film créé un univers neuf en recyclant de l'ancien, de quoi lancer une nouvelle franchise.

jeudi 31 janvier 2019

Les 8 Salopards

Le beau et la bête

(2015 - Réalisé par Q. Tarantino) ***
Sur la route enneigée menant à Red Rock, deux chasseurs de primes se rencontrent. L'un trimbale les trois corps des hors-la-loi qui lui feront toucher la récompense en ville, l'autre escorte en diligence la dangereuse criminelle Daisy Domergue, pour la même raison.

Encore un Western du Tarantino juste après son Django, ne risque-t-on pas l'overdose ? Surtout si on s'amuse à compiler toutes les séquences se référant au genre dans les productions du bonhomme. De Reservoir Dogs à Inglourious Basterds en traversant par Kill Bill, les évocations sont légions. C'est pourquoi, rusé comme il est, Môssieur Quentin a bien pris soin de proposer autre chose. 
Évidemment sur le papier, ça sent fortement le gunfighting dans l'ouest sauvage : du casting divin de "gueules" à admirer en gros plan façon Sergio Leone, du Morricone sacré à la partition musicale, du paysage sublime à vivre en format scope comme dans les Classiques des 50's, du dialogue ciselé made in... Tarantino, of course.
Et puis soudain, après une demi-heure de mise en place, tout s'arrête.
Voilà notre diligence forcée de s'arrêter dans la mercerie de Minnie, petit relais paumé dans les montagnes et le blizzard. Et le Western bascule vers un huis-clos claustro. Bye bye la chevauchée héroïque dans les sommets glacés, tout ce beau monde se calfeutre dans un lieu unique, une cabane perdue au milieu de nulle part. Nous sommes donc à présent dans un autre film de genre, du style "Cabin in the woods", mais sans la forêt !
Le pari de l'auteur, maintenir la tension pendant les deux heures qui suivent, s'avère risqué. De fait il n'évite pas les longueurs et les redites, en mettant en scène comme dans une pièce de théâtre les huit protagonistes qui s'affrontent. Les deux chasseurs de primes, John Ruth et le Major Warren, assurent le show. Ils vont devoir patiemment relever les indices pour trouver le ou les traîtres chargés de libérer la hors-la-loi dès que l'opportunité se présentera. Du patibulaire Joe Cage, du trop poli Oswaldo, du silencieux Général Sudiste Smithers, du bizarre Bob le Mexicain, du soit-disant nouveau Sheriff Mannix ou du cocher O.B., qui est là pour sauver Daisy de la pendaison ?
Les numéros des actrices et acteurs parviennent à capter l'attention mais l'ensemble aurait mérité une coupe franche dans les scènes pour gagner 15 bonnes minutes. QT s'est fait plaisir, trop à mon goût, en allongeant exagérément certaines confrontations. Cela reste un bel hommage, sincère, avec des passages exquis qu'on déguste avec plaisir et d'autres où on frôle la touche "avance rapide" de sa télécommande. 

mercredi 30 janvier 2019

Django unchained

Deux chasseurs de primes et un "Wanted"

(2012 - Réalisé par Q. Tarantino) ****
Libéré de ses chaînes par un chasseur de primes Allemand se faisant passer pour un dentiste, l'ex-esclave Django va pouvoir entreprendre sa quête : retrouver sa bien-aimée Broomhilda.

Si Django, héros flingueur des années 60 et 70, est resté  populaire chez les mordus de ciné Spaghetti, le grand public l'a oublié depuis belle lurette. Tarantino a donc exhumé ce personnage et a repris les grandes lignes de son caractère, un desperado se battant contre le racisme ambiant, incarné par le Ku Klux Klan, pour sauver une damoiselle en détresse. 
Evidemment avec QT, il y a un twist : dans sa version, Django est un esclave noir lancé dans une quête vengeresse, sa promise étant asservie dans une plantation de coton. Toutes les épreuves classiques sont franchies par le héros, et dans l'ordre (ce qui est rare dans les productions Tarantinesques, où flashbacks et flashforwards pullulent). La libération par le mentor, l'apprentissage, la recherche de la dulcinée, les épreuves physiques et psychologiques et la vengeance finale. Check-list au complet.
C'est comme souvent dans les soubresauts stylistiques et les rôles gravitant autour du personnage principal qu'on trouve matière à se délecter. Le volubile et très Européen Docteur King Schultz, le salopard et très distingué membre du KKK Big Daddy, le raffiné et tout aussi raciste Calvin Candie à la tête de son "Candie land" où il organise des combats de Mandingos, esclaves devant se battre entre eux pour le plaisir de leurs propriétaires, le traître serviteur Stephen (Samuel L. Jackson, comme d'hab impeccable, avec un rôle ambigu de petite vipère vendue aux maîtres blancs). La galerie vaut la visite. Tous ces personnages, sous le vernis d'une soi-disant culture évoluée, sont plus sauvages que celles et ceux qu'ils traitent comme tels.
Les citations musicales et cinématographiques sont trop nombreuses et trop pointues pour que j'en dresse une liste, la plupart m'étant passées au dessus du crâne. Mais il reste toujours cette mécanique savamment dosée, ce surplus de coolitude qui n'appartient qu'à ce réalisateur passionné par son art. Parfois il se perd dans des clins d’œil trop appuyés, comme par exemple lors de la séquence gag étirée de l'attaque des neuneus du KKK, ou la rencontre des transporteurs de la Compagnie Minière (avec un caméo poussif de Mister Quentin) qui casse le rythme emballé de la dernière partie du film. Cependant l'ultime fusillade, savoureuse et libératrice, permet de finir en beauté !