vendredi 7 septembre 2018

Wargames

Scène d'époque en -28 avant Snapchat

(1983 - Réalisé par J. Badham) *****
A la recherche d'un serveur stockant des jeux vidéo pas encore sortis, David tombe sans le savoir sur WOPR, le système informatique ultra secret de l'armée Américaine. Après avoir trouvé le mot de passe permettant de contrôler la machine, David lance une partie intitulée "Guerre Thermonucléaire Globale", sous les yeux amusés de sa copine de classe.

Si Wargames est devenu instantanément un film culte auprès des pré-geeks des 80's, c'est parce qu'il décrit un monde rêvé par tous les pubères mordus de jeux vidéo de l'époque. Les ados ayant une console Atari 2600 ou une Colecovision, ou un micro Apple II ou Thomson TO7, trippent à donf en vivant l'histoire du jeune hacker qui va mettre la Terre en péril puis la sauver. Il a une antre pour lui tout seul, remplie d'une montagne de machines toutes plus hi-tech les unes que les autres : ordi 8080 dernier cri avec un écran énoooorme (17'), double-lecteur disquettes 8 pouces (le summum !), modem 1200 bauds avec une connexion illimitée, imprimante matricielle next-gen, haut-parleurs pour la synthèse vocale... le prix global pour un pareil matos doit s'approcher du PIB de l'Allemagne de l'Est. 
Mais toute cette débauche technologique n'est rien comparé à l'exploit réalisé par notre ami le jeune. Non pas de pirater le super-computer du NORAD, ça c'est facile. Pour tous les nerds spectateurs en 1983, le tour de force le plus incroyable est que David ramène une FILLE dans sa chambre ;-)

Soyons sérieux deux minutes. Wargames a fait date car il montre, sans doute pour la première fois dans un film grand public, un ado adepte des nouvelles technologies bien dans sa peau, loin du cliché du coincé à lunettes, pédant et mal fagoté. David est un gars intelligent avec toute la fraicheur naïve de sa jeunesse, un sacré débrouillard qui ne baisse jamais les bras dans sa lutte contre des adultes bornés ou dépassés. Son aventure est palpitante, avec ses rebondissements parfois trop gros (il s'évade tout seul du bunker le plus sécurisé des USA !) mais toujours rythmés, et se conclut de façon attendue mais pleinement satisfaisante (spoiler : le gars bat WOPR et gagne la fille, youpi !)
D'une manière plus générale, le film sort dans un contexte de guerre froide encore très vivace entre les USA et l'URSS. L'intro montre comment l'escalade soudaine du conflit peut déterminer en quelques minutes le sort de l'humanité. Cette menace nucléaire planant constamment est heureusement désamorcée par le personnage du Général Beringer, l'élément comique caricatural qui balance des punchlines et ne cesse de modifier l'état d'alerte nationale DefCon tout au long du film comme s'il s'agissait d'un jouet. Les autres protagonistes restent crédibles, Jennifer la future girlfriend endosse le rôle ingrat mais indispensable de la candide à qui David doit expliquer le jargon abscons. L'ingénieur Mc Kittric, qui a rendu autonome WOPR, et le professeur Falken, celui qui l'a créé, vont chacun évoluer dans leur point de vue au fil des événements.

Le commentaire sur les dangers des nouvelles technologies trouve un écho aujourd'hui. Même si la bombe atomique est encore un sujet d'inquiétude, la problématique s'est déplacée sur la manipulation de masse permise par le traitement des données à grande échelle. La question principale de Wargames dans les 80's, peut-on confier notre destin aux super-calculateurs, a depuis été réglée par la génération 2K : oui, les algorithmes de Google, Amazon et Apple peuvent gérer notre vie.
Flippant, non ?

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