lundi 11 janvier 2021

PAX PAMIR - Seconde édition (Jeu de société)

Pax Pamir (2e édition) - Wehrlegig/2 Tomatoes
 
Pax Pamir ressemble à son nom, un jeu multiple, à tiroirs, empli de surprises et de contradictions. Pax signifie à la fois Paix et Domination, Pamir est en même temps une chaîne de montagnes et une rivière marquant une frontière d'Afghanistan. Ce pays sert justement de lieu unique où se situe l'action du jeu, à un moment chaotique de son Histoire. 
 
Sur le papier ça ressemble à un Wargame austère, avec une large part accordée à la vérité historique. Au XIXe siècle, les événements s'étant déroulés dans cette région du globe offrent une incroyable richesse : coincée entre les puissants empires Russe et Britannique, la coalition Afghane à utilisé leur rivalité à son avantage. 
Mais plutôt que de proposer un traditionnel jeu de plateau guerrier où s'affrontent des armées, avec son lot de petites troupes à déplacer et ses règles de combat déjà vues mille fois, Pax emprunte une autre voie et devient l'une des productions les plus originales de l'époque.
 
Jeu d'opportunité, d'intrigues diplomatiques et de coups politiques, son auteur Cole Wehrle nous embarque dans une simulation machiavélique. En s'appuyant sur des personnages, des lieux et des événements réels, les joueurs vont devoir s'adapter au flot imprévisible de l'Histoire, saisir leur chance et faire triompher un camp. Le coup de génie ? vous pouvez changer d'allégeance à tout moment !

samedi 9 janvier 2021

Tenet

Tenet tatât Xanax

 (2020 - Réalisé par C. Nolan) ***
Après une intervention lors d'une prise d'otages dans un opéra, un agent secret est capturé et torturé. Il tente de mettre fin à ses jours pendant son interrogatoire. Il se réveille sur un cargo en pleine mer où un homme lui propose d'intégrer une organisation secrète. Un seul indice sur sa fonction : Tenet.

Christopher Nolan a constamment abordé le thème du temps. Dans Memento, Inception, Dunkerque ou Interstellar, le passage du temps est trituré mais sans toutefois être le sujet principal de l'histoire. Avec Tenet il se confronte à nouveau à son obsession, cette fois frontalement puisqu'elle devient centrale dans l'intrigue. Et le réalisateur cérébral ne se contente pas d'un énième film sur le voyage dans le temps, on embarque ici pour une aventure dans le temps inversé ! Si l'on parle de "cérébralité", c'est que Nolan prend le pari de raconter une histoire tellement compliquée (impossible à piger à la première vision) que l'émotion qu'il essaie de distiller est ensevelie sous les dialogues abscons et l'avalanche d'indices qui ne seront assimilés qu'après une analyse détaillée du chaos apparent.
Les spectateurs peinent à appréhender
le postulat de départ, pourtant basique. Un méchant veut déclencher la fin du monde. Le problème est que l'histoire est tellement complexe qu'on ne prend jamais la menace au sérieux, elle n'est pas représentée concrètement à l'écran. L'arc narratif de Katherine avec son fils et son histoire avec Sator est censé nous impliquer émotionnellement mais il est trop décousu à cause du découpage temporel imposé par le thème. Plus encore que dans les films précédents, Tenet réclame une attention permanente,
une seule ligne de dialogue ou un plan de deux secondes expliquant des pans entiers du scénario.
Le plaisir se situe donc dans le décorticage maniaque de la chronologie de cette aventure en forme de boucle temporelle, avec ses inévitables paradoxes insolubles. Un roman d'espionnage qui nous balade dans le monde à grand coup de séquences spectaculaires, où les héros -pardon, les protagonistes- interviennent à reculons dans leur passé. L'idée d'inversion du temps créée par Nolan produit un effet de cinéma aussi stupéfiant que Matrix en son temps. Ce n'est pas Marty McFly retournant deux fois en 1955, ce sont des personnages qui interagissent directement mais "à l'envers" avec des événements passés. Si cela donne des images incroyables (le combat du héros contre lui-même, les "étaux temporels"), l'auteur sait qu'il va perdre en chemin bon nombre de spectateurs. A ce sujet, peut-être que la séquence de départ à l'opéra (où un public entier est endormi) est un clin d’œil malicieux à ce postulat : laissez-vous embarquer dans mon récit qui ressemble à un trip à la Inception !

Le puzzle façon carré SATOR est froid et lisse vu de l'extérieur mais son exploration s'avère passionnante pour les fondus d'énigmes sur pellicule. A ce propos je vous laisse avec mon analyse de la chronologie du film, qui tente de résumer l'intrigue de TENET.



jeudi 12 novembre 2020

SPACECORP 2025-2300 (Jeu de société)

SpaceCorp 2025-2300 - GMT Games

La conquête spatiale, ça fait toujours rêver. Et encore plus ces temps-ci. Lever les yeux vers les étoiles, quitter le berceau et s'aérer les muqueuses, laisser loin derrière soi la médiocrité ambiante, respirer de nouveaux horizons. Dans SpaceCorp, inspiré d'un livre écrit par un ancien de la NASA, le but est d'explorer le vaste univers à la recherche de sites remarquables et de découvertes phénoménales pour y implanter nos bases et prospérer. 
Surtout prospérer d'ailleurs, jeu états-uniens oblige. 

Toute la philosophie nord-américaine est résumée dans l'objectif d'une partie qui tient en un mot : Profit. Oui, nous partons à l'aventure, à l'assaut des planètes du cosmos dans une saga qui s'étend sur près de 300 ans. Mais au passage il faut absolument se faire de la maille et écraser la concurrence. Et on ne parle pas de simples milliards d'Euros-Dollars. Non, en l'an 2025 on gagne des trillions, soit des milliers de milliers de milliards (de mille sabords, comme dit l'ami de Tintin).

Objectif tunes !

samedi 17 octobre 2020

AEON'S END - OUTCASTS (Jeu de société)

Aeon's End Outcasts - Indie Boards & Cards
 
Une Cité en danger, des Mages qui la protège des Némésis et leurs cohortes à coups de Sorts destructeurs, on ne peut pas dire que AEON'S END brille par son originalité. Pourtant ce jeu de Deckbuilding ne cesse de gagner en notoriété d'année en année, au fil des add-on autonomes et des extensions qui sortent avec la régularité d'un coucou Suisse.

Avec OUTCASTS, l'extension Kickstarter arrivée en cette rentrée 2020, les auteurs prolongent le système de Campagne qu'ils ont inauguré avec la boite indépendante Legacy. Soit une entrée en douceur dans un univers en perpétuelle évolution, permettant aux néophytes d'appréhender les quelques concepts clés indispensables. 

Affûtez les Cristaux, faites chauffer les Sparks, direction Gravehold.

jeudi 17 septembre 2020

TOO MANY BONES (Jeu de société)

Too Many Bones - Chip Theory Games

La gamme des jeux Chip Theory est basée sur un concept singulier : remplacer les figurines par des jetons de Poker et le traditionnel plateau cartonné par un tapis souple en néoprène, le tout saupoudré d'une tonne de dés multicolores. Vous pouvez simuler des combats de gladiateurs dans des arènes Romaines (Hoplomachus), des batailles entre armées façon Tower Defense (Cloudspire), ou résoudre des puzzles en duel (Triplock).
Vous pouvez aussi basculer dans l'Heroic-Fantasy tragicomique avec Too Many Bones, la friandise de notre billet du jour. Sous-titré "A Dice Builder RPG" (un Jeu de Rôle basé sur des Dés) TMB est surtout un croisement réussi entre la nouvelle génération des Jeux de plateau et les vieux scénarios AD&D des 80's, connus sous le sobriquet "Porte-Monstre-Trésor". 

Plongeons de suite dans ce gros tas d'os !

lundi 31 août 2020

Watchmen (Ultimate cut)

Wolverine, Wonder Woman, Hulk, Mr Fantastic, Batman et l'Homme Invisible

(2009 - Réalisé par Z. Snyder) ****
Dans les années 80, un homme est brutalement assassiné dans son appartement. Il faisait secrètement partie des Watchmen, un ancien groupe de Super-Héros qui marqua une Histoire alternative des États-Unis.
 
Comme V pour Vendetta, l'autre Roman Graphique culte adapté au cinéma dans les années 2000, Watchmen est la fidèle transposition d'une histoire complexe. Certes, de subtils détails sont occultés dans le film et des ellipses de la version papier sont extrapolées lors du passage entre images figées et animées. Mais de la même façon que le roman graphique emprunte aux techniques cinématographiques pour raconter un récit et faire naitre l'émotion, le film copie brillamment et quasiment plan pour plan chaque planche de la BD en ajoutant le mouvement et le son (avec une pluie de tubes en B.O.). 
La version "Ultimate" de Watchmen dure 3h30, dont 30 mns assez dispensables du dessin animé "Black Freighter". Existant par petites touches dans le Comics d'origine, comme une mise en abîme avec un garçon lisant une BD dans la BD, cela devient une aventure racontée in-extenso en parallèle à l'histoire déjà riche en péripéties de Watchmen. Disséminé tout au long de l'histoire, cet ajout alourdi le propos et ralenti l'action principale.
Sur le plan purement technique, l'adaptation est une réussite. Le choix des actrices et acteurs est parfait, l'incarnation des rôles marquants comme Sally, Rorschach ou le Dr Manhattan, est maitrisée de bout en bout. Dans cette Amérique du Nord fictive, où Nixon est réélu après avoir gagné au Vietnam grâce à l'intervention de quelques surhommes, par ailleurs responsables de l'assassinat de Kennedy, on ressent cette décrépitude généralisée où justice se confond avec vengeance, où ordre et chaos sont également problématiques. L'intrigue principale, une enquête dans un style Néo-Noir, est le prétexte pour dépeindre notre époque et poser quelques questions existentielles. Entre l'expéditif Rorschach, l'éthéré Manhattan, les idéalistes Spectre Soyeux et Hibou, le cynique Comédien et le froid calculateur Ozymandias, chacun représente une voie possible au destin de l'Humanité.

mardi 4 août 2020

CHAMPIONS OF HARA (Jeu de société, en anglais)

Champions of Hara - Greenbrier Games

De nos jours il est difficile de suivre le rythme des sorties de jeux de société, même si l'on se cantonne à la niche de ceux destinés aux "experts". On peut suivre la frénésie des sorties en s'obligeant à expérimenter chaque nouveauté pour les remiser rapidement sur une étagère poussiéreuse. On peut aussi se forcer à des choix douloureux, délaissant les productions ressemblant trop à celles qu'on possède déjà, paraissant trop simplistes, trop alambiquées ou n'ayant pas la hype.
CHAMPIONS OF HARA est un de ces cas typiques. Révélé confidentiellement il y a plusieurs années en Kickstart, il a bénéficié d'une sortie "officielle" dans le commerce en 2018 par l'éditeur Greenbrier Games sans jamais percer au delà du succès restreint de son cercle de fans, malgré une nouvelle extension sortie dans la foulée.

Pourtant, un jeu mêlant des mécaniques de Mage Knight, Spirit Island et Gloomhaven, dans un univers original richement illustré, avec de chouettes figurines sur de larges hexagones, ça aurait dû tilter, non ?

vendredi 31 juillet 2020

Joker

Don't forget to SMILE
(2019 - Réalisé par T. Philips) ***
Dans une ville de Gotham ravagée par le chômage et l'insécurité, Arthur Fleck vit de son petit boulot de Clown par intérim. Embauché pour faire la pub d'un magasin sur le trottoir, il est violemment pris à partie par une bande d'adolescents.

Le rôle du Joker est toujours l'occasion pour l'acteur qui l'incarne de repousser les limites. On a connu la démesure bouffonne de Nicholson, la performance torturée d'Heath Ledger et l'extravagance sabotée au montage de Jared Leto dans Suicide Squad. Il fallait un type de la trempe de Joaquin Phoenix pour oser reprendre le costume, dans un film entièrement dédié au cabotin psychopathe.
Dans la veine des productions sombres et réalistes façon Dark Knight ou Logan, Joker décrit un monde en décrépitude, violent et sans espoir, le notre. Le commentaire social et politique sur notre époque est tellement surligné que le film perd un peu de sa force si on le compare à ses modèles : The King of Comedy, où De Niro joue le comique prêt à tout pour percer, Taxi Driver, le parcours chaotique d'un type seul dans une ville en perdition, et Les Temps Modernes (dont un extrait est vu dans Joker), avec Charlot en lutte contre le Système. Le souci vient du fait que le réalisateur veut à tout prix garder des références lourdingues à Batman en liant son intrigue à la famille Wayne (et on a droit à la millième version sur écran de la mort des parents). Il manipule aussi des sujets hautement casse-gueules, le ressentiment généralisé contre les riches et l'ère Trump qui exacerbe la division entre communautés, en terminant son film sur le triomphe de la fin des idéaux.
Reste Joaquin Phoenix, qui tient tout le film sur sa maigre carcasse, dans ce rôle difficile où il doit rendre crédible un homme luttant contre tout : sa maladie mentale, sa frustration de célébrité, le cynisme ambiant, sa mère, sa place dans une société qui le rejette. Oscillant constamment entre folie et désir de "normalité", notamment avec sa voisine, Arthur glisse vers une logique criminelle pour prendre sa revanche sur le monde. Pas franchement un message d'espoir mais comme le dit Joker, la vie n'est qu'une putain de comédie.

jeudi 30 juillet 2020

Us

Une famille très unie
(2019 - Réalisé par J. Peele) ***
Dans les années 80, la petite Adélaïde vit une expérience traumatisante dans une fête foraine. S'étant perdue, elle se retrouve face à une fillette lui ressemblant trait pour trait. Devenue adulte, mariée et deux enfants, elle revient sur les lieux avec toute sa famille.

Plus encore que dans son film précédent (Get Out), le réalisateur Jordan Peele pousse sa démonstration jusqu'à l'absurde. La logique de Us, prise au pied de la lettre, ne tient pas debout. Il faut donc y voir une métaphore. Le problème est que le message politique et l'intrigue classique de film d'horreur sont totalement déconnectés l'un de l'autre, là où Get Out parvenait à lier les deux niveaux de lectures.
Le thème des Doppelgängers a été maintes fois traité au cinéma et en littérature. Une famille Noire Nord-Américaine se retrouve confrontée à ses doubles sauvages, sans savoir d'où ils viennent ni ce qu'ils veulent précisément.
Le problème est que le réalisateur va justement nous expliquer dans les moindres détails la provenance et l'objectif de ses sosies maléfiques, brisant l'aura mystérieuse qui les entourait pendant la première partie du film. Le côté slasher horrifique fonctionne mais se trouve inutilement alourdi d'un commentaire politico-social qui ne tient pas la distance. On ne peut évidemment pas gâcher les multiples révélations disséminées dans le récit de cette lutte des Classes au pays du Capitalisme Roi, mon seul conseil pour apprécier Us est de ne pas l'analyser trop profondément et de profiter de son excellente mise en scène et de l'impressionnante performance de son actrice principale, Lupita Nyong'o.

samedi 13 juin 2020

Star Wars IX: L'ascension de Skywalker

(Star Wars IX: The Rise of Skywalker - 2019 - Réalisé par J.J. Abrams) ***
Sith Rey, une des nombreuses fausses pistes du film

Il y a pas très longtemps,
dans une galaxie proche, très très proche...
Après avoir saccagé ce qui restait de dignité à la saga,
la fin du calvaire semble imminente et tout l'univers s'en réjouit.
Dans un soubresaut de lucidité, Mickey le Sith ressuscite Jar Jar Abrams.
Car personne jamais vraiment ne meurt, comme disent les clones de l'Empereur.

Si vous avez manqué le début...
L'ami J.J. avait plutôt habilement résumé toute la trilogie Classique en un seul épisode (VII : Le Réveil de la Nostalgie), photocopie confortablement rassurante. L'Empire Disney et Kathleen Kennedy la productrice prirent ensuite le risque de confier l'écriture et la réalisation de sa suite à l'auteur de Looper, avec pour mission de bouleverser les attentes du public. On peut dire que le pari fut réussi, mais pas dans le sens attendu (VIII : Les Derniers Outrages).

Se retrouvant avec le lourd fardeau de non seulement conclure la troisième trilogie Star Wars mais surtout de clore l'intégralité de la saga "Skywalker" commencée il y a plus de quarante années, les quatre scénaristes crédités de "L'Ascension" avaient deux choix. Soit ils prolongeaient la déconstruction brutale amorcée par l'épisode précédent "Les derniers Jedi", soit ils revenaient à la structure déjà-vue du "Réveil de la Force". Dans les deux cas, ils allaient dans le mur.
Car continuer à piétiner les fondamentaux du culte Starwarien aurait été un cadeau d'adieu bien médiocre pour les fanatiques. Mais, à l'inverse, terminer sur l'attendu duel Rey-Kylo n'aurait été qu'une redite du N°8. Impasse.

Dans notre précédent billet, nous étions nous-même dubitatif (pour rester poli). Comment les auteurs allaient-ils recoller les morceaux du puzzle et proposer une conclusion crédible ?
Ils ont opté pour la méthode la moins subtile en fonçant tels de gros morses sur un banc de mollusques. Dès l'intro et son générique déroulant, l'incroyable coup de théâtre est affiché : l'Empereur is back. Oui, celui-là même qui avait été désintégré il y a 35 ans dans l'épisode VI et auquel aucun des films suivants n'a fait la moindre allusion. Pour être plus précis, le mega-spoil avait déjà été balancé dans le teaser, où le rire de Papy Palpatine résonnait.

A partir de cet instant on sait que le grand thème final de la saga tient sur cette ligne de dialogue entendue dans la pré bande-annonce : No one's ever really gone (personne n'est jamais vraiment disparu).
L'empereur dissout dans un réacteur énergétique ? même pas mal ! Rien n'est éphémère, tout est sans conséquence, les actions et les convictions des protagonistes sont sans valeur.

Alors que "Les Derniers Jedi" mettait l'accent sur l'échec de tous ses héros et héroïnes, "L'ascension de Skywalker" s'emploie à démontrer que tout cela n'est pas grave car rien n'a d'importance.
Le casque que Kylo Ren avait pulvérisé de rage est réparé, une manière pour le réalisateur J. J. Abrams de désavouer les choix de son prédécesseur. De façon similaire, le geste sacrilège de Luke jetant son sabre laser avec désinvolture est corrigé dans le nouveau film lorsque son fantôme empêche Rey de faire la même chose. C'est aussi l'apparition de Luke qui va convaincre Rey de reprendre confiance pour aller accomplir l'affrontement final contre Palpatine, lui qui tenait un discours autrement plus fataliste dans "Les Derniers Jedi".

L'impact de la mort de Chewbacca est rapidement désamorcé. En dix minutes nous perdons un des piliers de Star Wars dans un accident provoqué par l'héroïne principale puis nous retrouvons notre fidèle boule de poils géante bien vivante, Chewie avait tout simplement été embarqué sur un autre vaisseau ! Un bien cruel yoyo émotionnel pour Rey, qui n'est qu'une occasion de plus pour J.J. de scruter plein cadre le visage hautement cinégénique de l'actrice Daisy Ridley, qui reste le meilleur choix de casting de cette ultime trilogie tant son jeu en surtension permanente crédibilise son personnage.

Autre acte sans conséquence, le sacrifice de C3PO acceptant d'effacer sa mémoire. Cette bravoure soudaine pour un couard notoire et capitale pour l'intrigue est annihilée lors de la conclusion : son pote R2 avait une sauvegarde ! Du coup, son speech où il "regarde une dernière fois ses amis" avant de subir sa remise à zéro est beaucoup moins poignant. Notre sympathique androïde récupère ses souvenirs, personne n'est jamais vraiment parti...
Comme Han Solo, qui revient d'entre les morts pour délivrer son fils Ben, alias Kylo, de son tourment. C'est au terme de son duel contre Rey que Kylo est proche de renoncer au côté obscur. Il a pourtant le dessus mais sa mère Leia intervient par le pouvoir de la Force et le fait douter. Rey profite de cette hésitation pour toucher mortellement Kylo. Sentant qu'elle vient non seulement de tuer sa "dyade", l'entité unique de deux éléments distincts qu'elle forme avec ce double maléfique, mais que Leia succombe également à ce coup fatal, Rey décide de soigner Kylo avant de partir en exile, tournant le dos à son destin.
Han apparaît alors à son fils, bien que n'ayant jamais maitrisé la Force. Oui, même les gens "ordinaires" ne sont pas vraiment morts ! Il le convainc de rejeter les préceptes Sith, Ben balance son sabre laser. Cette séquence fait de Han celui qui a libéré son fiston du mal, faisant passer au second plan le sacrifice crucial de sa mère Leia.

Le film compacte une suite de péripéties sans tenir compte des événements précédents, comme si les auteurs voulaient à tout prix faire table rase des "Derniers Jedi". La romance entre Finn et Rose ? oubliée ! La dévotion du Général Hux au Premier Ordre ? il trahit son camp dès que l'occasion de se débarrasser de Kylo se présente. La puissance suggérée des Chevaliers de Ren ? les pauvres sont pliés en une minute chrono par Ben Solo. Au fait, qui était le Suprême Leader Snoke ? un simple petit clone !
Certaines ficelles de l'intrigue s'apparentent à des raccourcis scénaristiques trop faciles, masqués par le rythme emballé. Par exemple lorsque le groupe est poursuivi par les Stormtroopers sur la planète Pasaana, dans leur fuite les héros tombent dans des sables mouvants et se retrouvent miraculeusement pile à l'endroit où est l'objet convoité : la Dague Sith.
On ne commentera pas davantage l'assaut final à dos de chevaux sur un Croiseur en plein vide intersidéral, séquence que j'ai intégralement contemplé, bouche béé et en apnée, sans pouvoir déterminer si les auteurs se foutaient ouvertement de nous ou pensaient tenir là une conclusion incroyablement cool à la saga.

Le pire concerne le point central de la trilogie : les origines de Rey. Elle ne cesse de chercher à savoir qui sont ses parents. Elle va découvrir qu'elle est la petite fille de Palpatine ! Ce dernier a eu un fils (avec qui ? l'enfant est-il un clone ? on ne saura jamais). Le fiston a désavoué son père maléfique, ce qui semble improbable vu les incroyables pouvoirs du papa 'lpatine. Le fils trouva l'âme sœur et de leur union naquit Rey, que ses parents s'empressèrent de cacher sur la planète Jakku sachant que le grand-père la chercherait sûrement.
Cela ne vous rappelle rien ? Évidemment Leia et Luke, qui furent dissimulés aux yeux de Dark Vador de la même façon. Et le destin de Rey Palpatine est identique, elle affronte son ascendance comme jadis Luke Skywalker affronta son père. On va même jusqu'à plagier fidèlement les événements de l'épisode VI, lorsque l'Empereur dévoile à Rey ses Croiseurs écrasant la Résistance dans l'espace, comme il le fit en montrant à Luke sa flotte de vaisseaux en train d'écraser la Rébellion.

Le résultat du combat est similaire : l'Empereur Palpatine est vaporisé par la dyade Rey/Ben.

Mais comme vous le savez, personne n'est jamais vraiment disparu...

mardi 26 mai 2020

ON MARS (Jeu de Société)

On Mars (Eagle-Gryphon Games)

Ne vous laissez pas abuser par l'image sur la boite : On Mars n'est pas le jeu qui vous fera revivre l'aventure très solitaire de Matt Damon sur la planète rouge. Il s'agit au contraire de vous faire une place sur un sol Martien plus encombré qu'un salon de coiffure post-confinement. A la tête d'une entreprise spécialisée dans la colonisation spatiale, votre but est de réaliser l'expansion de la plus grande base humaine sur la quatrième planète de notre système solaire.

Évidemment vous n'êtes pas l'unique société présente, et c'est là tout le problème. Il va falloir trouver un subtil équilibre entre la coopération indispensable avec vos concurrents pour développer la colonie et la compétition farouche pour remplir les missions qui feront de vous la meilleure compagnie.
Entre l'orbite et la surface, vos neurones vont chauffer pour tout gérer avec efficacité : exploiter correctement le cycle des ressources, développer intelligemment vos Technologies, explorer la planète avec vos Robots, construire les bâtiments indispensables (Abris, Générateurs, Serres, etc.), recruter les scientifiques utiles à vos objectifs et gérer les colons (surtout les gros).
Pas de trace de super-espions ni de mutants, on n'est pas dans Total Recall. Et pour rencontrer les petits hommes verts, voyez avec Mars Attacks!

Paré pour l'amarssissage ? (non, ce mot n'existe pas)

lundi 4 mai 2020

L'OMBRE DE KILFORTH (Jeu de société)

L'Ombre de Kilforth (Nuts!)
Ce n'est pas la première fois qu'un jeu de société tente de simuler un Jeu de Rôle Heroïc-Fantasy, certains le font plus simplement que d'autres (de Runebound à Gloomhaven). L'ombre de Kilforth adopte une méthode originale en remplaçant par de simples cartes les plateaux de jeu, les fiches de personnages, les lieux à explorer et les quêtes à remplir.
Ceci offre une large flexibilité pour se mixer un cocktail à son goût : varier le combo Race/Classe de son Héros/Héroïne, choisir son aventure à vivre, disposer aléatoirement les territoires à parcourir, découvrir le Boss final qui conclura votre saga homérique.
Pour ne rien gâcher, et puisque nous sommes dans un univers fantastique nécessitant une vision éclatante, pour illustrer son monde l'auteur du jeu a eu l'excellente idée de s'adjoindre les services d'une artiste époustouflante nommée Ania Kryczkowska. Ses œuvres, malgré le format réduit des cartes standards, font beaucoup pour nous plonger dans l'ambiance et faire vivre les scénarios très conventionnels de Kilforth.

Dépêchons-nous d'examiner en détail le pays de Kilforth, nous n'avons que 25 jours avant que l'Ombre nous engloutisse.


mercredi 8 avril 2020

Get out


Un dîner pas franchement parfait
(2017 - Réalisé par J. Peele) ***
Chris est nerveux. Il doit rencontrer les parents de sa fiancée pour la première fois et se demande comment il va être accueilli en tant que Noir Américain.

Les thrillers avec un vrai commentaire sociétal ne sont pas légions, Get Out fait partie des bonnes surprises. Sous couvert d'une intrigue principale manquant d'un brin de subtilité, le scénariste et réalisateur Jordan Peele arrive à glisser des messages sur les sujets sensibles tout en assurant quelques séquences assez mémorables. Il attaque frontalement l'idéal d'une société occidentale lavée de tout racisme après huit années de présidence Obama. D'abord accueilli tout en douceur et en paroles souvent maladroites, les attitudes et les gestes se font de plus en plus malaisants vis à vis de Chris lors de cette "garden party" de la haute société blanche et vieillissante. Côté suspens, on l'a dit, il n'est pas difficile de percer le mystère avec tous les indices bien surlignés. Quelque chose cloche, c'est évident dès la rencontre avec les seuls autres noirs, une bonne trop souriante, un jardinier trop flippant et un invité bien trop docile.
Heureusement le couple central est excellemment interprété. Le drame d'enfance du héros remonte en surface au cours d'une séance d'hypnose génialement mise en scène. Cela donne une épaisseur plutôt inhabituelle au protagoniste de ce film d'angoisse, genre dans lequel, généralement, on se fout du passé des victimes. La fiancée n'est pas en reste, en lutte contre les clichés subis par son boyfriend, essayant de maintenir un semblant d'humour entre un père faussement accomodant et un frangin bien lourd. En définitive seul le final déçoit par son manque d'audace, la fin alternative montre un dénouement plus ambigu.

mercredi 25 mars 2020

Incassable / Split / Glass, la trilogie

Le bon, la brute et le truand

Incassable (2000 - Réalisé par M. Night Shyamalan) **** + Split (2016 - Réalisé par M. Night Shyamalan) **** + Glass (2019 - Réalisé par M. Night Shyamalan) **

Incassable : Dans les 60's à Philadelphie, une mère accouche dans un magasin. Le nouveau-né a les bras et les jambes brisés. Plusieurs dizaines d'années plus tard, un certain David Dunn est le seul survivant d'une terrible catastrophe ferroviaire.

Après que son "Sixième sens" ait surpris le monde, M. Night remet le couvert avec le même Bruce Willis. Conservant son jeu tout en silences et en regards perçants, l'acteur fait à nouveau face à un enfant. On sait combien les rôles principaux tenus par des gamins peuvent être casse-gueule, il faut reconnaître à Shyamalan sa maitrise parfaite du casting. Robin Wright et Samuel L. Jackson complètent le quatuor, pour une histoire qui en surface ressemble à une "Origin story". On assiste à la naissance d'un super-héros traitée avec réalisme, méthode qu'on retrouvera plus tard dans le Batman de Christopher Nolan. Pas de pouvoirs incroyables, pas d'effets spéciaux qui éclaboussent, on reste ancré dans le réel pour observer comment un homme va reconstruire un mariage mal-en-point et se redécouvrir en héros aux yeux de son fils, poussé par un adulte fondu de Comics qui cherche un sens à sa vie. Tout cela dans le style impeccable de l'auteur et sa mise en scène au carré qui prend le temps de créer l'atmosphère de chaque séquence.

Split : Rentrant d'un anniversaire, trois adolescentes se font kidnapper par un inconnu. Elles se retrouvent enfermées dans une pièce où l'homme tente de les agresser. Plus tard, il revient en se comportant comme un enfant de 9 ans.

16 ans après Incassable, suivi de plusieurs films en demi-teinte (voire sans teinte du tout), le réalisateur maître ès-twists revient. Si dans sa forme le film est très différent, dans le fond il se rapproche d'Incassable dans sa thématique : la révélation de la nature profonde d'un homme. Sauf qu'ici il est question d'un Super-Vilain aux personnalités multiples, toutes lancées dans une quête morbide. Shyamalan y ajoute sa touche "psychologique", une thérapeute qui cherche à valider sa théorie sur les capacités hors normes des patients atteints de troubles identitaires et surtout Casey, une des trois prisonnières devant lutter contre un passé qui la hante.
Cela donne une production qui oscille entre la performance d'acteur (James McAvoy incarne une dizaine de "rôles", du gamin espiègle à la femme sophistiquée), le drame psychologique (le duo étrange entre le ravisseur et sa victime) et le thriller pur (le suspens sur le réveil de l'identité surhumaine du criminel). Avec en guise de twist ultime, une dernière séquence qui nous mène tout droit vers l'épisode suivant.

Glass : Le Vigile, un justicier aidé par son fils, traque secrètement les criminels grâce à ses extraordinaires capacités physiques. Il recherche particulièrement un ravisseur dont on parle dans les médias depuis quelques temps.

L'idée avait du sens : réunir les trois (super-)héros d'Incassable et Split et conclure leur histoire. Mais le père Shyamalan ne pouvait évidemment pas se la jouer Marvel, ce n'est d'ailleurs pas ce qu'on lui demande. Dunn a finalement divorcé, Price est bourré de calmants en prison et La Bête fini par se faire capturer. On est au point mort et le film s'enlise un peu plus à partir du moment où les trois se retrouvent confinés sous la garde d'une intrigante psychiatre qui veut leur démontrer qu'ils n'ont aucun pouvoir surnaturel. Le rythme se perd alors en circonvolutions vers une résolution attendue, la confrontation des marginaux de la société. Ce sont donc les seules personnes qui croient en eux, le fils Joseph Dunn, la mère d'Elijah et Casey, la victime empathique de La Bête, qui vont les aider à révéler la vérité. On ne va pas donner les clés du final à tiroir mais pour ma part j'ai trouvé le retournement de situation hautement improbable. Dommage, ça gâche l'ensemble de ce qui aurait pu être une excellente trilogie.

dimanche 15 mars 2020

ANACHRONY (Jeu de société)

Anachrony - Essential edition (Mindclash Games)
Un monde futuriste où l'Humanité se reconstruit après qu'un mystérieux cataclysme l'ait presque éradiquée, quatre factions survivantes qui font une découverte majeure leur ouvrant les portes du voyage dans le temps, l'univers d'Anachrony propose de riches perspectives en terme de jouabilité.

Mais il y a un twist. Les aller-retours spatio-temporels pour se gaver des ressources du futur afin de reconstruire le présent révèlent une terrible vérité. L'ancienne catastrophe planétaire est la conséquence d'une des failles temporelles créées, qui a répliqué vers le passé le crash d'une météorite sur notre terre qui aura lieu dans un avenir proche.
Dès lors, l'objectif du Conseil des Voies devient clair : se préparer à cet impact dévastateur en mobilisant toutes les ressources disponibles pour lancer l'évacuation de la population. Chaque faction s'engage dans une compétition farouche pour être nommée à la tête du Conseil.
Tout cela en évitant, si possible, d'engendrer de nouveaux paradoxes dans le temps, sources d'anomalies anachroniques annihilantes à n'y rien comprendre.

Nom de Zeus, Marty ! Démarre la DeLorean !