jeudi 22 août 2019

Coffret Robocop, la trilogie

"Your move, creep"
Robocop, la trilogie : Robocop (1987 - Réalisé par P. Verhoeven) **** + Robocop 2 (1990 - Réalisé par I. Kershner) ** + Robocop 3 (1993 - Réalisé par F. Dekker) * (3 Blu-Ray - 2014)

Robocop : L'officier de police Anne Lewis patrouille dans Detroit avec Alex Murphy, son collègue fraîchement débarqué. Pendant ce temps, la corporation OCP présente une solution révolutionnaire pour aider les forces de l'ordre : ED-209, un robot chargé du maintien de la loi.

Il fallait au moins un Paul Verhoeven pour transformer ce scénar de série Z en film d'action marquant. Sur le papier, l'histoire basique de Robocop ne tient pas la distance. Heureusement le réalisateur apporte sa touche habituelle d'images chocs, montrant les vrais effets d'une fusillade plutôt qu'une version édulcorée. Il garde sa vision cynique qu'il affiche dans tous ses films, avec une peinture peu agréable de notre société dans un futur proche, quitte à grossir le trait et caricaturer les personnages. Toute la clique d'OCP est corrompue, la pègre est constituée de psychopathes qui flinguent en ricanant et Murphy est d'une naïveté qui confine à la connerie lorsqu'il prend d'assaut en solo le repaire des méchants. Ceci lui vaudra une des plus mémorables morts au cinéma, abattu à bout portant par une demi-douzaine de tarés. Ainsi va naître Robocop.
Le film trouve son rythme dans les extraits télévisés qui le parcourent : un journal listant les catastrophes quotidiennes, 
des pubs délicieusement débiles et une émission comique vulgaire qui indiquent le niveau intellectuel ambiant. Une sacré dose d'humour noir qui injecte un commentaire social très malin. Mais il reste de l'espoir avec le personnage de Lewis, une femme flic intelligente et pugnace. Et surtout Robocop, cette machine programmée pour obéir aux directives (y compris celle qui est cachée ;-). La persistance de son esprit, ou son âme, est un message qui prouve que tout n'est pas perdu.

Robocop 2 : Les choses ne s'améliorent guère à Detroit. Une nouvelle drogue redoutable a fait son apparition sur le marché, la police fait grève contre la baisse des salaires imposée par OCP et les tentatives pour produire des Robocops supplémentaires se soldent toutes par des fiascos.

On pouvait espérer une suite digne de ce nom, avec l'auteur adulé de Comics, Frank Miller, au scénario et le réalisateur du meilleur épisode de Star Wars, le V, aux commandes de ce Robocop 2. Hélas, des producteurs incompétents ont remanié l'histoire et changé les personnages pour aboutir à un truc informe qui se moque de son sujet. Continuer dans la veine comique caricaturale du premier, d'accord. Encore fallait-il conserver son second degré subtil. Conserver une histoire simple, OK. Mais il fallait inclure quelques niveaux de lectures supplémentaires, comme son aîné avait su faire. On se retrouve avec une bande de malfrats dirigée par un gamin de 10 ans, bonjour la crédibilité, et le reste du casting est également grotesque. Le maire de Detroit est juste un bouffon, Faxx la scientifique manipulatrice n'a pas la prestance de Jones et Morton, les deux Yuppies méchamment ambitieux de Robocop 1, et Cain le baron de la drogue n'a même pas le charisme d'un ED-209 ! Les quelques pistes intéressantes sont balayées en deux minutes chrono, comme l'ancienne femme de Murphy qui revient puis repart, ou les versions ratées des nouveaux Robocops, et les personnages à développer restent au second plan (la policière Lewis, les membres du culte de Cain). C'est gâché, dommage.

Robocop 3 : La société OCP va enfin mettre en œuvre son projet de nouveau quartier pour Detroit. Pour cela une escouade est chargée d'évacuer les habitants. Poursuivant des émeutiers qui viennent de dévaliser une armurerie, Lewis se retrouve en mauvaise posture. Mais que fait Robocop ?

Honteux.

jeudi 15 août 2019

WARHAMMER QUEST: BLACKSTONE FORTRESS (Jeu de société)

Warhammer Quest: Blackstone Fortress - Publié par Games Workshop
Games Workshop et sa licence Warhammer sont dans notre paysage depuis des décennies, le wargame Warhammer 40,000 est l'un de ses représentants les plus connus. Avec sa série Blackstone Fortress, l'éditeur nous propose un jeu de plateau alliant sa maîtrise du design de figurines à sa science des mécaniques d'un jeu de guerre tactique, emballé dans son univers à base de Space Marines psychotiques affrontant aussi bien des factions de drones futuristes que des groupes de goules ancestrales. 

Ce mélange détonnant emprunte aussi aux genres à la mode ces dernières années : jouable en solo et jusqu'à cinq, personnages avec des stats gérées par des lancers de dés, choix entre session de jeu courte ou mode Legacy
La campagne est une aventure complète sur plusieurs dizaines d'heures se concluant par la révélation d'un secret enfoui dans un crypte cachée. Il faudra mener une troupe de quatre personnages dans les méandres d'une Forteresse Noire, une mystérieuse et gargantuesque station spatiale apparue aux confins de la galaxie, regorgeant de trésors technologiques et de dangers fatals qui évoluent au fil des explorations. 

Paré pour l'expédition ? Go, go, go !

vendredi 9 août 2019

Crazy Kung-Fu

Même pas mal
(Kung Fu Hustle - 2004 - Réalisé par S. Chow) *****
Le Gang des Haches terrifie la population et la police en faisant main basse sur le Shanghai des années 30. Sing et son pote Bone, apprentis truands minables, ont l'idée de se faire passer pour membres des Haches et de s'attaquer à la Porcherie, le quartier le plus pourri de la cité.

Voici la pépite qui mixe tous les genres avec jubilation : Film Noir et cartoon, arts martiaux et comédie musicale, Buster Keaton et Bruce Lee, Scorsese et Leone, Matrix et Drunken Master. On savait Stephen Chow, déjà auteur de Shaolin Soccer, capable du meilleur. Mais avec Crazy Kung-Fu il s'est surpassé, tout en assurant sa triple casquette de scénariste, réalisateur et acteur principal de cette énorme production Hongkongaise. 
Il y a ce goût merveilleux pour les "gueules" de cinéma, que Chow partage avec Sergio Leone ou Tarantino. Le couple des propriétaires de la Porcherie en est l'exemple le plus éclatant : un frêle bonhomme gominé sapé comme un macro et sa femme, solide mégère avec bigoudis et clope au bec, qui pratiquent un kung-fu de haute volée. Tout le petit monde qui peuple le quartier est mémorable : l'ahuri qui fait sa toilette au milieu de la cour, la miss grande bouche qui se balade en nuisette et surtout les trois maîtres incognito, qui attendent leur heure au sein de la populace. 
L'auteur s'autorise toutes les folies, sans retenue : coups violents (jambe hachée, couteaux plantés, broyages de visages et de pieds), séquences surréalistes (course-poursuite comme dans un Tex Avery) ou poétiques (l'attaque des Harpistes), caricature extrême de personnages (le Maître Gay, genre Cage aux Folles), sans oublier les nombreux passages de purs combats boostés à l'image de synthèse qui deviennent de plus en plus grotesques et poilants, jusqu'au summum final contre La Bête.
Crazy Kung Fu perd rarement son rythme, sauf lorsqu'il évoque le trauma d'enfance du héros, encore qu'on peut y voir une caricature de plus, dans le style larmoyant. Mais le principal est là : un sens aigu du timing pour les gags, des visuels marquants, des références qui font plaisir (la proprio qui fait du Bruce Lee dans la bagnole du chef du gang, magique !) et plusieurs visionnages nécessaires pour voir chaque détail.

jeudi 1 août 2019

Rollerball (1975)

Jonathan E file droit au but
(1975 - Réalisé par N. Jewison) ***
Jonathan E est un champion adulé de Rollerball, sport futuriste ultra-violent mêlant hockey et foot américain. Sur la piste l'athlète doit affronter les équipes adverses avec l'aide de ses coéquipiers, au péril de leur vie. Mais en dehors du stade le combat continue pour Jonathan, contre la toute-puissante corporation qui veut régenter sa vie.

Film d'anticipation parmi tant d'autres issus du cinéma des années 70, la version originale de Rollerball est un mélange d'action, avec une retranscription en détail des matchs chaotiques de ce sport intense, et de message politique où l'on découvre une société contrôlée par des corporations planétaires ayant mis fin à la pauvreté et aux guerres. Les chants corporatistes ont remplacé les hymnes nationaux.  
Mais derrière cette apparence idyllique, l'humanité se défoule devant le spectacle affligeant des gladiateurs du Rollerball. Ce sport est spécialement étudié pour être un programme abrutissant, créé pour assouvir notre soif d'hémoglobine en cachant la réalité glaçante du contrôle des masses. Tout est fait pour que la classe dominante maintienne le peuple dans l'illusion du bonheur... ça ne vous rappelle rien ? 
Le fait que les événements décrits se déroulent en 2018 ajoute un sentiment trouble, puisque notre actualité réelle se calque presque parfaitement avec ce rétro-futur : omniprésence des écrans, GAFA qui survolent nos gouvernements et combattants de MMA qui ne sont certes pas en rollers mais qui se défoncent dans des cages grillagées pour notre plaisir. 

Le film alterne entre longues séquences au cœur des matchs et coulisses du show, où les décideurs font et défont les stars de leur jeu. Ceci entraîne des soucis de rythme et, production américaine oblige, une morale où triomphe l'individu contre le collectif. Bien sûr Jonathan a toutes les raisons de remettre en question l'ordre établi : on l'a obligé à divorcer, on le pousse à la retraite alors qu'il est en pleine gloire et on met en danger sa vie et celle des autres joueurs en mettant en place des règles de jeu de plus en plus dangereuses. Certains passages de Rollerball basculent dans le comique volontaire, comme cette séquence de la visite du centre abritant l'ordinateur ultime, genre de google omnipotent qui a oublié toute l'histoire Humaine du XIIIe siècle et refuse de fournir les infos. Mais le contraste entre l'action pure brutale et les soirées feutrées de la haute société se répète pendant tout le film, occasionnant un sentiment de redite. 
Rollerball conserve quand même son statut culte, avec de vraies cascades sans écran vert. Grâce surtout à James Caan, tout en testostérone, même sur des patins à roulettes ! Il incarne parfaitement ce sportif dont l'avenir pourrait être radieux, mais qui doit "choisir entre une vie de rêve et la liberté", comme le dit le cynique grand patron de la société d'énergie. Notre héros restera sans aide extérieure, ses seuls véritables amis demeurent ses coéquipiers, qu'il mènera vers la lutte finale !

mardi 25 juin 2019

Guide MAGE KNIGHT ULTIMATE à destination des profanes : une étude sobre mais instructive des mécaniques implacables de ce jeu de plateau

par votre dévoué Tonio "Réputation 0" Lagoule

La vaste contrée Atlante vous tend les bras. Pour vous éclater.
Mage Knight est comme un jeu d'échec où pièces et plateau changent à chaque tour... C'est pas ça.
Mage Knight, c'est un wargame avec des cartes sur une map aléatoire... Oui, mais non.
Mage Knight, genre de Deckbuilder Eurotrash-Puzzle à Scoring... wtf?!

Difficile de catégoriser Mage Knight. Tout ce que vous savez après votre première "Conquête", c'est qu'il vous a mis minable. Séchez vos larmes, Chevalier Mage déchu. Et mouchez-vous, y'en a partout. Votre amer échec n'est dû qu'à l'inexpérience et votre complète candeur face aux engrenages discrets destinés à vous pulvériser.

Voici une analyse du système de jeu de Mage Knight. Les professionnels du score à 250 n'apprendront rien de ce guide, pas plus que celles et ceux venant tout juste d'ouvrir la boîte pour la première fois. Il s'adresse en priorité aux joueuses et joueurs maîtrisant les bases (touffues), sans toutefois saisir les subtilités (touffues aussi) d'un jeu dont la FAQ fait 130 pages.

Ce guide est principalement dédié au jeu solo. Pour les astuces coop' ou compét' contactez votre moteur de recherche.



Cliquez sur la suite pour gagner 1 Gloire.

samedi 8 juin 2019

Playlist Cooool (80's style)



Eyes without a face (Billy Idol - 1984)
I'm Diggin' You (Meshell Ndegeocello - 1993)
Big Time (Peter Gabriel - 1986)
Ti Sento (Matia Bazar - 1985)
Hang on to your Love (Sade - 1984)
Election day (Arcadia - 1985)
Living in another world (Talk Talk -1986)
Just another story (Jamiroquai - 1994) 
Head over heels (Tears for Fears - 1985)
Forever young (Alphaville - 1984)
I got the... (Labi Siffre - 1975)
Turn on, tune in, cop out (Freak Power - 1993)
History repeating (Propellerheads - 1998)
Avalon (Roxy Music - 1982)
Naufrage en hiver (Mikado - 1985)
Once in a lifetime (Talking Heads - 1981)

vendredi 19 avril 2019

LEGENDARY ENCOUNTERS: An ALIEN Deck Building Game (Jeu de société, en anglais)


Legendary Encounters : ALIEN - Publié par Upper Deck
Les jeux de cartes "Legendary Encounters" disposent d'une solide notoriété grâce aux licences qu'ils proposent : Marvel (réputé pour ses films d'auteurs confidentiels), X-Files (demandez à vos parents) ou encore Alien, le cas qui nous préoccupe présentement. La recette de l'éditeur "Upper Deck" est toujours la même : une mécanique de jeu unique qui s'adapte à l'univers qu'elle propose. Ce système, introduit par Dominion et consorts, consiste à améliorer son paquet de cartes non pas avant de commencer une partie, mais pendant le jeu.
Avec Alien on est servi, les quatre films originaux offrent un univers complet avec des scénarios distincts, peuplé de personnages forts, de l'incontournable Ripley aux rôles marquants comme Bishop, Hicks ou Johner, sans oublier les véritables stars de la saga, nos amis les aliens.

Voyons donc ce qui se cache dans cet œuf énigmatique...

                                                                                   (spoiler : un facehugger pour ta tronche)


mercredi 27 février 2019

HORREUR A ARKHAM - 3e Edition (Jeu de société)

Horreur à Arkham (3e Edition) - Publié par FFG
La licence Cthulhu continue d'étendre ses appendices dans le monde du jeu, qu'il soit de société ou vidéo. Jeux de cartes, de dés, de plateau se succèdent, où des investigateurs de tout poil et toutes époques explorent le globe et les lieux fictifs du mythe. Lovecraft envahit même d'autres productions, comme Pandemic. Mais jusqu'où s'arrêtera-t-il ?

Dans le genre, "Horreur à Arkham" fait partie des piliers. Et patatras voilà que l'édition 3 déploie l'effroi et son sournois désarroi. Joie ! 

Au menu : ambiance années folles, enquêtes dans les quartiers cosmopolites, phénomènes indicibles et anomalies dimensionnelles, affrontements de cauchemardesques Cultistes à capuches et autres tentacules qui t’acculent.

Si vous craignez pour votre santé mentale, ne cliquez pas sur la suite.

vendredi 15 février 2019

Gone girl

Chacun cherche sa femme

(2014 - Réalisé par D. Fincher) ****
Amy et Nick forment un couple en apparence uni. Elle est une auteure à succès de livres pour enfants, lui est prof à la fac. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, en rentrant à la maison, Nick découvre que le salon est saccagé et que sa femme a disparu. L'enquête qui suit va révéler les tensions qui existaient entre eux.

Cliquez sur la suite pour être sauvagement spoilé.


mercredi 13 février 2019

Millenium - Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Cherchez le tatouage
(The Girl with the Dragon Tattoo - 2011 - Réalisé par D. Fincher) ****
A Stockholm, le journaliste Mikael Blomkvist fait face à un procès intenté par un puissant homme d'affaires. C'est alors qu'un membre d'une riche famille le contacte : il lui offre des preuves contre son ennemi en échange d'une investigation sur la disparition de sa nièce. Il sera aidé dans sa tâche par une jeune hackeuse punk : Lisbeth Salander.

Sachant que David Fincher, bien-aimé spécialiste es serial killers, a déjà réalisé une liste conséquente de films brillants sur les psychopathes peuplant notre terre, sachant aussi que le sujet dont il s'empare est un roman qui a déjà été adapté sur petit et grand écran, qu'est-ce qui a poussé notre réalisateur maniaque à remettre le couvert ? Sans doute parce que derrière cette histoire d'inexplicable disparition se montre une étude de deux caractères. 
Mikael est un journaliste à l'ancienne, aux méthodes respectant scrupuleusement la loi, avec une vie plutôt classique, divorcé et couchant avec la directrice en chef de son journal (bref, la routine). Lisbeth est une jeune femme sous tutelle à cause de ces antécédents "problématiques" (elle a foutu le feu à son père quand elle était ado), look goth, asociale, bisexuelle et informaticienne de génie gagnant sa vie en hackant illégalement des informations pour monter des dossiers sur ces cibles (dont, notamment, Mikael lui-même).
Un duo pas banal qui va s'apprivoiser pour résoudre une affaire tordue, après avoir affronté un drame chacun de son coté, moral pour Mikael et (douloureusement) physique pour Lisbeth. Ce n'est pas un hasard si Fincher s'attarde plus sur les problèmes personnels de ces deux-là que sur l'intrigue solide mais déjà vue de la recherche d'Harriet, jeune ado volatilisée depuis 40 ans. Les deux personnages principaux ont autant de défauts que de qualités, ce qui les placent dans la zone grise qui les rend humains et fait qu'on s'attache à eux. Et même lorsque le mystère se résout enfin, le film se poursuit dans un long épilogue dévoilant ce qu'il advient de nos deux protagonistes. 
Mais quelle est la différence avec la série TV produite un an auparavant (3 films suédois remontés en 6 épisodes) ? un réalisateur surdoué et motivé, avec des moyens conséquents. Que ce soit sur les plans visuels ou sonores, dans l'ambiance en général et dans le choix des cadrages en particulier, la sélection des rôles principaux et secondaires, pour la reconstitution minutieuse des 60's et le design audacieux de la maison de verre moderne, Mister Fincher est un des grands pros de sa génération. Il le prouve une fois de plus avec Millenium.

vendredi 1 février 2019

Kingsman - Services secrets

Un seul des trois a la Classe.
(Kingsman: The Secret Service - 2015 - Réalisé par M. Vaughn) ****
Des années après la mort de son père Agent Secret, le jeune Eggsy gâche son potentiel en traînant dans la banlieue Londonienne. Un jour, pour se sortir d'un mauvais coup, il décide de contacter le numéro inscrit sur une médaille, le seul souvenir qu'il a gardé de son géniteur. L'organisation Kingsman se présente à lui.

Quand tous les J.B. (James, Jason, Jack) se prennent trop au sérieux et quand les parodies sont très gentilles (Johnny English, Max la menace) ou très oubliées (Spy, UNCLE), il reste une place pour les petits malins qui veulent mêler espionnage, humour et action. 
Première étape, revenir à la source : l'espion Anglais c'est le flegme assuré. Deuxième point, un méchant original et moderne, un mix entre Mark Zuckerberg et Steve Jobs avec un léger zozotement pour le rendre plus humain tout en renforçant l'aspect comique. Troisièmement, raconter l'histoire d'un mentor et de son élève pour présenter au public l'organisation Kingsman et suivre la formation du jeune Eggsy. Dernière phase, affecter au bad guy une femme de main mémorable et ajouter des séquences d'action délirantes avec des types coupés en deux (dans le sens vertical), des explosions de têtes style champignons atomiques, des gadgets parapluie pare-balles et chaussure cran-d'arrêt, et surtout un massacre de masse hyper gore qui se conclu par une scène encore plus choquante (qu'on ne va pas révéler !).
Si le film est un bouton de manchette au dessus des concurrents c'est grâce au soin apporté par un réalisateur qui maîtrise son sujet et sa technique. C'est surtout à cause du casting surprenant posté là où on ne l'attend pas : Un inconnu qui assure dans le rôle titre (Taron Egerton), Colin Firth (plutôt habitué des rôles "intello", King's Speech ou A single man) exécutant avec brio des séquences très physiques, Samuel L Jackson qui compose un personnage à la fois risible et froidement crapuleux et Sofia Boutella qui met à profit sa formation de danseuse pour crédibiliser sa "Gazelle", mélange stupéfiant de Terminatrice avec ses jambes-prothèses et d'acrobate-tueuse à la "Pris" de Blade Runner. 
La comédie alterne entre gags attendus mais bien exécutés (les conflits entre les Kingmen et Eggsy) et humour noir à froid (les speech glaçants mais ironiques de Valentine, le milliardaire qui veut éliminer la population mondiale pour sauver la planète). Le contrat de départ est donc respecté et le film créé un univers neuf en recyclant de l'ancien, de quoi lancer une nouvelle franchise.

jeudi 31 janvier 2019

Les 8 Salopards

Le beau et la bête

(2015 - Réalisé par Q. Tarantino) ***
Sur la route enneigée menant à Red Rock, deux chasseurs de primes se rencontrent. L'un trimbale les trois corps des hors-la-loi qui lui feront toucher la récompense en ville, l'autre escorte en diligence la dangereuse criminelle Daisy Domergue, pour la même raison.

Encore un Western du Tarantino juste après son Django, ne risque-t-on pas l'overdose ? Surtout si on s'amuse à compiler toutes les séquences se référant au genre dans les productions du bonhomme. De Reservoir Dogs à Inglourious Basterds en traversant par Kill Bill, les évocations sont légions. C'est pourquoi, rusé comme il est, Môssieur Quentin a bien pris soin de proposer autre chose. 
Évidemment sur le papier, ça sent fortement le gunfighting dans l'ouest sauvage : du casting divin de "gueules" à admirer en gros plan façon Sergio Leone, du Morricone sacré à la partition musicale, du paysage sublime à vivre en format scope comme dans les Classiques des 50's, du dialogue ciselé made in... Tarantino, of course.
Et puis soudain, après une demi-heure de mise en place, tout s'arrête.
Voilà notre diligence forcée de s'arrêter dans la mercerie de Minnie, petit relais paumé dans les montagnes et le blizzard. Et le Western bascule vers un huis-clos claustro. Bye bye la chevauchée héroïque dans les sommets glacés, tout ce beau monde se calfeutre dans un lieu unique, une cabane perdue au milieu de nulle part. Nous sommes donc à présent dans un autre film de genre, du style "Cabin in the woods", mais sans la forêt !
Le pari de l'auteur, maintenir la tension pendant les deux heures qui suivent, s'avère risqué. De fait il n'évite pas les longueurs et les redites, en mettant en scène comme dans une pièce de théâtre les huit protagonistes qui s'affrontent. Les deux chasseurs de primes, John Ruth et le Major Warren, assurent le show. Ils vont devoir patiemment relever les indices pour trouver le ou les traîtres chargés de libérer la hors-la-loi dès que l'opportunité se présentera. Du patibulaire Joe Cage, du trop poli Oswaldo, du silencieux Général Sudiste Smithers, du bizarre Bob le Mexicain, du soit-disant nouveau Sheriff Mannix ou du cocher O.B., qui est là pour sauver Daisy de la pendaison ?
Les numéros des actrices et acteurs parviennent à capter l'attention mais l'ensemble aurait mérité une coupe franche dans les scènes pour gagner 15 bonnes minutes. QT s'est fait plaisir, trop à mon goût, en allongeant exagérément certaines confrontations. Cela reste un bel hommage, sincère, avec des passages exquis qu'on déguste avec plaisir et d'autres où on frôle la touche "avance rapide" de sa télécommande. 

mercredi 30 janvier 2019

Django unchained

Deux chasseurs de primes et un "Wanted"

(2012 - Réalisé par Q. Tarantino) ****
Libéré de ses chaînes par un chasseur de primes Allemand se faisant passer pour un dentiste, l'ex-esclave Django va pouvoir entreprendre sa quête : retrouver sa bien-aimée Broomhilda.

Si Django, héros flingueur des années 60 et 70, est resté  populaire chez les mordus de ciné Spaghetti, le grand public l'a oublié depuis belle lurette. Tarantino a donc exhumé ce personnage et a repris les grandes lignes de son caractère, un desperado se battant contre le racisme ambiant, incarné par le Ku Klux Klan, pour sauver une damoiselle en détresse. 
Evidemment avec QT, il y a un twist : dans sa version, Django est un esclave noir lancé dans une quête vengeresse, sa promise étant asservie dans une plantation de coton. Toutes les épreuves classiques sont franchies par le héros, et dans l'ordre (ce qui est rare dans les productions Tarantinesques, où flashbacks et flashforwards pullulent). La libération par le mentor, l'apprentissage, la recherche de la dulcinée, les épreuves physiques et psychologiques et la vengeance finale. Check-list au complet.
C'est comme souvent dans les soubresauts stylistiques et les rôles gravitant autour du personnage principal qu'on trouve matière à se délecter. Le volubile et très Européen Docteur King Schultz, le salopard et très distingué membre du KKK Big Daddy, le raffiné et tout aussi raciste Calvin Candie à la tête de son "Candie land" où il organise des combats de Mandingos, esclaves devant se battre entre eux pour le plaisir de leurs propriétaires, le traître serviteur Stephen (Samuel L. Jackson, comme d'hab impeccable, avec un rôle ambigu de petite vipère vendue aux maîtres blancs). La galerie vaut la visite. Tous ces personnages, sous le vernis d'une soi-disant culture évoluée, sont plus sauvages que celles et ceux qu'ils traitent comme tels.
Les citations musicales et cinématographiques sont trop nombreuses et trop pointues pour que j'en dresse une liste, la plupart m'étant passées au dessus du crâne. Mais il reste toujours cette mécanique savamment dosée, ce surplus de coolitude qui n'appartient qu'à ce réalisateur passionné par son art. Parfois il se perd dans des clins d’œil trop appuyés, comme par exemple lors de la séquence gag étirée de l'attaque des neuneus du KKK, ou la rencontre des transporteurs de la Compagnie Minière (avec un caméo poussif de Mister Quentin) qui casse le rythme emballé de la dernière partie du film. Cependant l'ultime fusillade, savoureuse et libératrice, permet de finir en beauté !