samedi 4 août 2018

The Revenant

"I'm the king of the world !"

(2016 - Réalisé par A. G. Iñárritu) ****
Dans les années 1820 l'explorateur Hugh Glass et son fils Indien guident les trappeurs sur les territoires sauvages le long de la rivière Missouri. Lorsque le camp est soudainement attaqué par une tribu indienne, chacun tente de sauver sa vie tout en préservant le précieux stock de fourrures.

Depuis des années le réalisateur et sa star avaient dans les mains cette histoire de revanche homérique. Il leur manquait juste les moyens financiers pour tourner l'épopée en décors naturels et un scénario qui aille au-delà d'une simple course-poursuite à travers l’Amérique naissante. Après avoir suivi Michael Keaton dans "Birdman", Alejandro Iñárritu réutilise sa caméra baladeuse pour filmer les grands espaces de la conquête de l'ouest et un DiCaprio en mode "performance d'acteur". Fort heureusement le projet ne se limite pas à observer combien Leonardo vit intensément les terribles épreuves que le destin lui envoi lors de sa longue quête vengeresse. The Revenant montre un contexte, ses pionniers issus de l’immigration Européenne face aux natifs Américains qu'on appelle toujours Indiens, ce choc de cultures diamétralement opposées entre des tribus en compétition pour le contrôle de territoires et l'Homme Blanc principalement préoccupé par le profit qu'il peut tirer de cette nature vierge.
L'histoire vraie de Hugh Glass, laissé pour mort dans un environnement hostile après avoir subi des tourments autant physiques que psychologiques, sert de fil rouge vers une rédemption finale. Sa longue traversée hivernale est ponctuée de rencontres tantôt funestes tantôt favorables. En parallèle on suit le trajet de son bourreau, celui qui lui a tout pris, autant par cupidité que par instinct de survie dans des circonstances imprévisibles et un contexte franchement inhospitalier. 
Le style fluide du film est parfaitement adapté à son propos. Pas de frénésie, des plans-séquence souples et étirés embrassant la totalité d'un paysage magnifique et s'approchant au plus près des personnages dans un souffle ample, qui impliquent émotionnellement le spectateur comme peu de films, toujours au cœur d'une action chorégraphiée de main de maître. Même si certaines envolées mystiques auraient pu être un chouia raccourcies, l'odyssée mérite d'être vécue.

jeudi 2 août 2018

The Social Network


"Bientôt, vous aurez tous une page Facebook..."

(2010 - Réalisé par D. Fincher) *****

L'histoire de la création de Facebook en 2004 par Mark Zuckerberg et Eduardo Saverin. L'ascension fulgurante du premier réseau social à l'échelle mondiale, les conflits internes et les procès qui ont suivi.

Si aujourd'hui Facebook n'est plus utilisé que par votre mère et votre oncle, le réseau social revendique tout de même 2,2 milliards de comptes actifs en 2018. Cette entreprise fait partie de l'Histoire, David Fincher et le scénariste Aaron Sorkin s'emparent dès 2010 d'une biographie intitulée "Les milliardaires accidentels" pour réaliser le film qui va cristalliser l'esprit d'une génération. Comment Zuckerberg et quelques collègues doués, étudiants de la prestigieuse université Harvard, vont transgresser le code d'honneur implicite de l'école. D'abord en hackant les trombinoscopes des élèves des campus aux alentours pour créer Facemash, un moteur de vote comparant des photos de filles (Vraiment classe, les gars). Mais surtout en bousculant les traditions, incarnées notamment par les riches frères Winklevoss, prototypes de la classe dominante : jeunes loups premiers de la classe, sportifs exemplaires et membres de la plus select fraternité d'Harvard.
Comme il le dit lui-même, Mark Zuckerberg ne sait pas vraiment ce qu'il tient dans ses lignes de codes lorsqu'il fait financer son portail social avec les 1000 dollars de son pote, mais il a l'intuition qu'il doit laisser son monstre grandir en même temps que la jeunesse, adaptant le concept avec des flashs d'inventivité, comme lors de la séquence sur la création du statut relationnel.
Fincher le montre parfaitement avec plusieurs analogies tout au long du film : pendant que l'ancien monde s'éclate avec des putes payées dans des soirées élitistes, le nouveau prend possession de la zone virtuelle où se noueront les relations sociales du peuple. Pendant que les fils de bonne famille rament en ligne droite dans leur couloir d'aviron étriqué, les codeurs pissent les lignes de programmes qui captureront notre intimité pour mieux la marchander. Pendant qu'Eduardo s'échine à trouver de maigres financements publicitaires, Zuckerberg recrute le créateur de Napster qui lui décroche son premier gros investissement. Et tandis que les hordes d'avocats perdent leur temps en négociations juridiques, Facebook investit ses nouveaux bureaux et fête son millionième membre.
Le film explique parfaitement le fonctionnement intellectuel du jeune businessman, prototype du geek à une époque où ce terme n'est pas encore sexy pour les séries TV et Hollywood. Il a toujours un coup d'avance, quitte à sacrifier au passage son amitié et poursuivre en vain sa copine qui l'a largué. Cette difficulté à communiquer est excellemment rendue par l'acteur Jesse Eisenberg : un peu autiste dans ses sentiments mais avec un mental constamment fixé sur un objectif dont les limites sont sans cesse repoussées. Un portrait tellement précis que l'actualité nous indique que le bonhomme n'a pas changé : en 2018 il balade les gouvernements comme jadis les Winklevoss, en produisant régulièrement les mêmes excuses bidons concernant son redoutable outil d'influence planétaire.