mercredi 2 juillet 2003

Irréversible

(2002 - Réalisé par Gaspar Noé) *****

Marcus et son ami Pierre, visiblement très nerveux, se présentent à l'entrée de la boite homo "Le Rectum". Ils cherchent un certain Ténia.

On a beaucoup parlé de la violence inouïe et de la durée des scènes du viol et du meurtre. J'aimerai croire que les personnes choquées par ces séquences ont la même réaction lorsqu'elles le lisent dans la rubrique "faits divers" de leur journal... Le fait est que si le film est si dérangeant c'est qu'il montre une violence réelle, aussi bien physique que psychologique, à des années-lumière de ce qu'on nous vend aujourd'hui comme de la réalité (real-tv pré-fabriquée). Il y a tellement plus à dire sur ce film, qu'il soit raconté "à l'envers" est à la fois sa force et son point faible. Sur un plan purement esthétique, le film est une véritable réussite. La première demi-heure chaotique et très sombre est une épreuve filmée par une caméra sans cesse en mouvement, provoquant un malaise physique, renforcé par les infra-basses de la bande son. Au fur et à mesure de la progression dans l'intrigue tout s'apaise pour se terminer sur une vision lumineuse et sereine, éminemment banale si l'on avait pas vu tout ce qui précédait. Il faut un second visionnage pour voir toutes les subtilités. On pense à la place de la femme dans notre société occidentale (Monica Bellucci, icône sexuelle médiatique), à ce qu'est la justice aujourd'hui (le violeur dit à sa victime "Appelle-moi papa", indiquant qu'il fût -peut-être- violé par son père. Dans ce cas a-t-il des circonstances atténuantes ?), au destin, à la vengeance, à l'homophobie. 
Des codes religieux symbolisent les trois étapes que les personnages traversent. Chronologiquement on débute par la nudité d'Adam et Eve et le jardin d'Eden verdoyant qui les entoure. Suivi de la confusion du purgatoire lors de la séquence de la fête, les plaisirs terrestres (musique, dance, fruit défendu sous la forme de la drogue prise par Marcus). Enfin, le rouge infernal dans le passage souterrain, la recherche du ténia motivée par le sentiment de vengeance (un droit de l'Homme, dixit le film) et le club homo dans les entrailles, en somme ultime de tous les péchés et représentation de l'enfer dans la plupart des religions.
La prémonition est un élément-clé dans la narration : au début de l'histoire, Marcus est au lit et se plaint d'avoir le bras engourdi, il fait une confession grivoise à sa femme sur la sodomie. Il terminera sa journée avec le bras cassé, sa compagne aura subit son fantasme et lui-même aura faillit en être aussi victime. Alex lit un livre expliquant une théorie selon laquelle notre destin est déjà écrit, le matin elle dit avoir rêvé d'un tunnel rouge. Pierre, l'ami du couple et ex d'alex, est l'intellectuel qui analyse les situations et cherche toujours une explication rationnelle. C'est la voix de la raison quand il essaie de stopper son ami qui descend dans sa spirale vengeresse. Auparavant, il aura fait mention de manière ironique, à plusieurs reprises, du côté "bestial" de Marcus dans la séquence du métro.
La vision la plus marquante du film est pour moi celle de cette ombre qui s'éloigne, au fond du tunnel, lorsque le viol commence. La présence du miraculeux Albert Dupontel fait aussi beaucoup, il apporte dans les scènes improvisées les vrais moments de vérité du film, et attire à son niveau le couple Cassel/Bellucci. Et puis pour celles et ceux qui n'y voit qu'une bestiale histoire de vengeance gratuite rappelez-vous ceci : qui pousse Marcus à se venger ? qui croit tuer le violeur et se trompe ?

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