dimanche 22 mars 2026

Dredd (2012)

 

Les Juges vont tout cramer

(2012 - Réalisé par P. Travis) ***
Mega-City One est une mégalopole babylonienne ravagée par la violence. Le Juge Dredd et la jeune recrue mutante Anderson doivent enquêter sur un triple meurtre lié au trafic d'une nouvelle drogue, le Slo-Mo. 

Sorti un an après The Raid, film d'action indonésien ultra-nerveux avec une intrigue très similaire (forces de l'ordre prises au piège dans un immeuble aux mains des truands), Dredd a une approche esthétique radicalement différente. Son univers S-F et ses thématiques mettent en scène une vision délibérément provocatrice de la justice expéditive, incarnée par un "flic" qui fait passer Dirty Harry pour un aimable agent de surveillance de la voie publique. Un antihéros facho qui fait face à une bande de criminels sanguinaires, dans une ville-monde post-apocalyptique faite de milliers de mega-buildings où la misère consume l'humanité. Bref, un fantasme d’extrême-droite dans lequel la police applique sur le champ les sentences qu'elle proclame (généralement, la peine de mort). 
Nous avions déjà eu une version édulcorée au cinéma avec Stallone dans le rôle de Dredd, mais ici le propos est plus radical. Visuellement le film nous donne des séquences gores très graphiques, amplifiées par les ralentis surréels impliqués par la drogue Slo-Mo, puissante substance hallucinogène qui fait vivre les événements vécus à 1% de leur vitesse réelle. Les carnages des fusillades sont ainsi détaillés avec une précision maniaque et morbide, avec un rendu éclatant hypnotique. Le monolithique Dredd et sa comparse télépathe Anderson n'ont pas grand chose à jouer dans cette production purement "action", mais ils s'en tirent bien, notamment l'antagoniste Ma-Ma, la cheffe junkie impitoyable qui veut protéger à tout prix son juteux trafic. Et derrière une façade très premier-degré opposant la Loi au Chaos, le scénario dévoile que la droiture d'une justice affichant des symboles de force et pureté (l'aigle Romain repris par les fascistes et la croix sur le casque des Juges, proche d'une swastika), n'est en vérité qu'une apparence : certains Juges sont aussi corrompus que leurs victimes.