vendredi 14 novembre 2008

La Cité de la peur, Une comédie familiale


(1994 - Réalisé par A. Berberian) ***** Edition Collector 2 DVD Remasterisée 2008

"Red is dead", film de série Z, bénéficie d'une publicité inattendue en plein festival de Cannes, un meurtre sauvage copiant ceux du Serial Killer du nanard endeuille la Croisette. L'attachée de presse Odile Deray est aux anges, elle ne pouvait espérer meilleure promotion. Elle organise la venue de la vedette du film, aussi crétin que dans son rôle à l'écran, et lui flanque un garde du corps un peu aux fraises.

Le premier (et unique) film de Les Nuls est une vraie réussite de comédie nouvelle vague, se démarquant de la grosse rigolade "à la française" par le prolongement de l'univers Nul venu de Canal+. Le trio Nuls est au top dans des rôles en adéquation avec leurs personnages qu'on croisait sur petit écran. Des acteurs impeccables viennent donner du relief à l'ensemble, M. Darmon reste irrésistible en commissaire Bialès roi de la frime, surtout lorsqu'il se trimbale dans un string sur lequel on peut lire "y'a du tonus dans mes pruneaux". Valérie Lemercier en veuve pas triste fait aussi plusieurs apparitions pas piquées des hannetons (oui, cette expression ne veut rien dire). Et puis, évidemment, Sam Karmann en Emile le "Sirieule Kila" (le quoi ?!).
Humour Z-A-Z, dialogues cultes, parodies de Hits US, délires plus ou moins cachés dans des scènes qu'on revoit avec jubilation (pour ma part, la séquence du restaurant entre Odile et Bialès reste mon plus grand fou-rire en salle), La Cité de la Peur fait office de référence dans un genre qui réclame un second degré subtil, une certaine complicité avec le spectateur. C'est justement la spécialité de Les Nuls.

mardi 4 novembre 2008

Pi

(1997 - Réalisé par D. Aronofsky) **

Un mathématicien met au point un ordinateur capable de synthétiser la clé ultime de la connaissance. Plusieurs individus se montrent très intéressés par cette découverte primordiale sur le plan philosophique, mais aussi financier.

La forme très abrupte et le fil parfois dur à suivre font de ce film une expérience assez désagréable. C'est ce qu'on appelle une œuvre sans concession, qui met parfois nos sens à rude épreuve avec son noir et blanc asséché, ses démonstrations mathématiques absconses, ses bizarreries sonores et ses références Kabbalistiques de haut vol. Mais l'homme qui nous donnera plus tard "Requiem for a dream" applique déjà un style reconnaissable, impose un rythme personnel, même si le prix à payer pour le spectateur est un mal de crâne identique à celui du héros du film.

dimanche 2 novembre 2008

The Truth (1998)

Dans notre série "Et si on écoutait du Prince en acoustique ?", voici venu le temps de...


CRYSTAL BALL: THE TRUTH (1998)

The Truth
Don't play me
Circle of Amour
3rd Eye
Dionne
Man in a uniform
Animal kingdom
The other side of the pillow
Fascination
One of your tears
Comeback
Welcome 2 the Dawn (Acoustic)


L'album acoustique.
Prince succombe à la mode de l'album acoustique en 1998. Il profite de la sortie de sa compilation "Crystal Ball", recueil de tous les titres qu'il a autorisé à s'évader de son Vault, pour y adjoindre "The Truth", 12 chansons majoritairement composées à la guitare acoustique. Evidemment ce projet Princier n'est pas un traditionnel Best Of de Hits tous nus mais des titres inédits spécialement écrits pour l'occasion intégrant parfaitement le concept.
Cela donne un album folk et blues se focalisant sur les mélodies, obligeant les auditeurs à se concentrer sur cette voix indéfinissable à laquelle nous sommes habitués depuis 20 ans mais que nous oublions parfois face à la virtuosité du gars lorsqu'il aligne les démonstrations de solos de guitare électrique et empile les harmonies complexes dans ses compositions. Cela permet aussi de redécouvrir la qualité de parolier du bonhomme, rarement soulignée dans son oeuvre.
Comme notre homme est espiègle il change les règles au fil des chansons, rajoutant parfois des percutions, voire de discrètes incursions d'autres instruments ou effets vocaux. Mais pour l'essentiel il s'en tient à la promesse de départ : sa voix seule, soulignée par une guitare sèche.

"The Truth" abordent des thématiques habituelles chez Prince, une part importante est accordée à l'amour sous des formes tour à tour romantiques et bien sûr sexuelles. Des Ballades caliente comme "The Other side of the Pillow" dans lequel il se sent tel Clyde avec Bonny ("Bad as Bonny when she ran with Barrow (Clyde), When U kiss me, feels like I'm committing a crime") ou dans "Circle of Amour" où il narre les après-midis chauds de quatre lycéennes -ou peut-être même collégiennes- lorsqu'elles sèchent l'école pour s'adonner aux plaisirs saphiques ("4 hands in the place where the feet connect, Gang of 4, Circle of sex, In the vicious race 2 maturity, They're almost phased from ecstasy"). 
La dose de lyrics osées ne s'arrête pas là. Dans la série des amours contrariées Prince livre quelques témoignages tragi-comiques sur une relation piteuse dans "One of your tears" ("Did U get the tape I sent U? I thought it be better in a song, Better than the used condom U sent me, Baby that was wrong") et sur certaines pratiques originales dans "Man in a Uniform" ("She said 2night I want your violent tongue 2 swallow my stench and be loyal 2 me, She'll never be free, Until U do me like a man in a uniform").

"Comeback" est peut-être un des titres les plus personnels jamais sorti par Prince, en ce sens que les paroles peuvent être interprétées comme un hommage à son bébé décédé quelques jours après sa naissance, en 1996. Prenant la forme d'une courte ballade mélancolique, l'artiste évoque le souvenir d'un être disparu ("Walking up the stairs, Just the afternoon, Sweet wind blew, Not a moment 2 soon, I cry when I realized, That sweet wind was U"). Prince a probablement considéré cette épreuve comme un signe divin, un test de sa Foi face à une douleur qu'on imagine incommensurable. Lorsqu'une personne pense que sa vie est gouvernée par une entité omnipotente, la seule interprétation possible d'un tel drame est limpide : un message clair lui interdisant d'avoir une descendance et la certitude de le revoir dans l'au-delà ("If U ever lose someone dear 2 U, Never say the words their gone, They'll come back").

Dans un versant plus "sociétal", notre Prince quarantenaire assume sa maturité dans "Don't play me", rappelant qui est le Boss ("I've been to the mountain top and it aint what U say, Don't play me, Don't play me, I'm the wrong color and I play guitar, My only competition is, well, me in the past"). Faut pas le chercher, le vieux kid. Il est croyant ("Ultimately the only one That can save U is U, Your God is inside", dans "3rd Eye"), Végétalien ("We're all members of the animal kingdom, Leave your brothers and sisters in the sea", dans "Animal Kingdom") et tout va très bien pour lui, merci, contrairement à l'état global du monde ("The dream U keep dreaming, is better than the life U lead", dans "Fascination").

Tout est résumé dans les titres d'ouverture et de clôture de l'album. Dans la chanson "The Truth" l'auteur nous questionne sur nos paroles et de nos actes, sur notre besoin perpétuel de réponses à des interrogations mystiques insolubles ("What If time's only reason Was to give us all somethin' 2 fear?"). Dans la conclusion "Welcome 2 the Dawn", il nous livre son interprétation, religieuse évidemment, que notre vie sur Terre n'est qu'un passage dont l'issue ne dépend que de notre honnêteté et notre responsabilité ("Every pieces a puzzle and every name a clue, Every charge U make is karma, So be careful what U do"). 

vendredi 4 juillet 2008

Dieudonné : Dépôt de bilan

(Spectacle - 2008) **

Dieudonné nous parle de Dieudonné. Encore.

J'espérais que le dernier spectacle en date de Dieudo (2006) serait celui du renouveau, je peux dire que mes attentes n'ont pas été comblées. L'ami Chocolat arrive vraiment en bout de piste, ressassant ses thèmes de prédilection comme dans son précédent show (Mes Excuses). Pire, il recycle ses meilleures vannes qui, du coup, tombent à plat car on les connait déjà. On imagine que pour les comiques à la mode les fans adorent réentendre les mêmes gags régurgités jusqu'à la nausée, mais concernant Dieudo on s'attend à mieux, beaucoup mieux, tellement mieux. Aucun thème porteur dans ce "Dépôt de bilan" aux allures de chant du cygne (la pochette du DVD montre la pierre tombale de l'auteur). Les mêmes noms reviennent hanter la scène (BHL, Arthur, Palestine, Jésus, Bush) avec des sous-entendus très lourdingues que jadis on entendait que chez ses adversaires politiques (les médias contrôlés, la vérité bâillonnée, bla bla bla).
L'égo de l'auteur semble occuper tout l'espace, il nous parle de lui (l'Enculé Number One, dit-il) pendant les trois quarts du show. Evidemment c'est toujours 100 fois mieux que de nous parler de son téléphone portable ou de la dernière star jetable -laissons cela aux mesquins du quotidien-, mais le problème majeur est qu'il n'y a rien de neuf, la galerie de personnages ronronne. Même la traditionnelle réunion de groupe qui marquait habituellement le point d'orgue des shows Dieudo est ici bâclée et fade.
Reste un petit sketch écolo plutôt réussi perdu dans 1h30 de "Me Myself and I". L'auto-proclamé libre-penseur, celui qui avait placé le One-man-show si haut dans "Cocorico" ou "Le Divorce", a basculé du coté obscur. Dieudo annonce dans l'interview livrée avec le DVD que ce spectacle est la conclusion d'une trilogie, je souhaite vraiment qu'il prenne le temps nécessaire pour prendre du recul et retrouver l'inspiration, qu'il chasse définitivement ses blessures profondes qui ont fait de lui l'ombre du Dieudonné qu'on aimait, qu'il choisisse de nouvelles cibles et revienne en penseur libéré.

samedi 10 mai 2008

Lovesexy (1988)

Dans notre série "Chroniquons un album de Prince 20 ans après sa sortie", voici venu le temps de...



Lovesexy (1988)

Eye No
Alphabet St.
Glam Slam
Anna Stesia
Dance On
Lovesexy
When 2 R in Love
I wish you Heaven
Positivity


Euphorie mystique.
Enregistré dans la foulée de la crise de conscience après l'abandon du "Black Album" (voir Chronique précédente), l'album "Lovesexy" en est l'exact antithèse. Loin du bruit et de la fureur de sa production avortée, Prince y dévoile une vision glorifiant la pensée positive par le prisme religieux. Pour cela il abandonne tous les codes, en s'éloignant des genres musicaux "classiques" (pas de titres Rock ou Funk) pour inventer une Pop orchestrale mystique, et en osant casser son image pour s'acheter une pureté virginale. Le top du kitch s'affiche sur la pochette, un Prince nu et apaisé, posant parmi les orchidées, masquant un sein comme la Vénus de Botticelli. 

Cette production est parmi les plus personnelles de Prince. Dès le premier morceau, "Eye No", il fait le trait d'union avec ses "égarements" passés et chante sa foi, "I know there was confusion lightnin' all around me, That's when I called His Name, don't you know he found me". On retrouve ces confessions dans "Anna Stesia" ("Save me Jesus, I've been a fool, How could I forget that You are the rule"), titre encore plus intime puisqu'il narre en filigrane l'épisode de sa rencontre avec Ingrid Chavez, sa muse l'ayant convaincu de renoncer au "Black Album" ("And then a beautiful girl the most, Wets her lips 2 say, We could live 4 a little while, If U could just learn 2 smile, U and I could fly away, fly away").

Les mélodies se font complexes, une symphonie de cuivres accompagne des violons synthétisés, souvent rejoints par de bonnes rasades de guitares. Cette fusion explose avec le single de l'album, "Alphabet St.", brillante parodie Pop avec son gimmick Yeah-Yeah-Yeah, élaborée sur une ligne rythmique très travaillée. C'est surtout avec son clip volontairement ringard, où l'on voit Prince danser sur le toit de sa voiture Thunderbird, bardé de signes Peace and Love et de trucages old school, qu'on se dit que cet artiste est définitivement à part. A ce sujet les amateurs auront remarqué ce texte passant de manière subliminale dans la vidéo : "Don't buy the Black Album, I'm sorry".
Les fulgurances harmoniques de "Glam Slam" confirment qu'on est bien en présence d'un concept-album. Mêmes sonorités, mêmes cadences et paroles de prédicateur en extase qu'on retrouvera dans les titres "Lovesexy" et "Positivity". L'artiste loue l'inspiration divine qui le transcende, reprenant ses monologues de personnages aux voix modifiées pour instaurer un dialogue avec son auditoire ("This thing we got - it's alive! It seems 2 transcend the physical", "This feeling's so good in every single way, I want it morning, noon and night of every day"). Ces trois titres sont l'ossature de l'album, une célébration dévote de la joie, qui parcoure l'ensemble de l'oeuvre en mêlant allègrement guitare électrique en sous-main et synthés rappelant un ensemble tantôt Classique, tantôt Jazz.
Le monde extérieur n'apparaît que lointainement, dans l'électrique "Dance On". Et le constat est amère, Prince y condamne l'hyper-violence ("Grenade Launcher roars in a television sky, Tell me how many young brothers must die") et propose de changer la société ("It's time 4 new education, The former rules don't apply").

A noter que dans sa version CD originale, "Lovesexy" n'a qu'une seule plage musicale de 46 mns. C'est une volonté de l'artiste, ayant conçu l'album comme un tout, une épopée cohérente aux enchaînements subtils. A ce sujet l'inclusion de "When 2 R in Love", déjà présent dans le "Black Album" mais évidemment plus à sa place ici, perfectionne le projet. Ce slow romantico-sexuel célèbre l'union physique dans un style Princier comme d'habitude très équivoque ("Let me touch your body 'til your river's an ocean"), signifiant que même si Prince est touché par une épiphanie sur la signification de sa vie il n'en reste pas moins toujours très porté sur la chose.
Avec cette production en dehors des courants musicaux à la mode, Prince s'éloigne du grand public mais gagne en sincérité. Sur "Alphabet St." il parvient une nouvelle fois à sortir un single imparable et unique, une porte d'entrée pour un univers Pop-Culte foisonnant. Le genre d'album-concept qu'on réécoute, encore et toujours, pour découvrir à chaque fois quelque chose d'inédit. C'est suffisamment rare pour faire de "Lovesexy" un album exceptionnel.

dimanche 13 avril 2008

Last action hero

(1993 - Réalisé par J. McTiernan) ****

Le jeune Danny est fan du héros musclé du grand écran, Jack Slater alias Arnold Schwarzenegger. Par le truchement d'un ticket de cinéma magique Danny va vivre une aventure hors du commun en rejoignant la Star directement dans son film.

L'idée de McTierman et Schwarzy tient toute entièrement dans la promesse du titre du film : faire de Last Action Hero le témoignage définitif sur le cinéma d'action des 80's, Die Hard et autres Lethal Weapon, ces buddy-movies qui mêlent si habilement gun-fight et humour second degré. Le pari est gagné : tout les mécanismes du Film d'Action made in Hollywood sont démontés, scénar cliché, personnages superficiels et dialogues attendus (il faut entendre Schwarzy sortir son célèbre "I'll be back" qui tombe à plat). Pendant tout le film les références pleuvent, et il faut évidemment une bonne connaissance du genre pour les apprécier. Les petits foutages de gueule à la concurrence passent bien (Stallone apparaît sur une affiche de Terminator !) et les hommages au "7éme art" élèvent l'ensemble de la démonstration à un niveau inhabituel : on revisite ainsi Hamlet dans une mémorable séquence où Jack Slater balance la réponse au fameux "To be or not to be" ("NOT to be"), et la Mort elle-même sort du "Septième Sceau" de Bergman pour devenir le Bad Guy ultime. Bref, la conclusion en beauté d'un pan de cinéma qui n'a plus d'équivalent aujourd'hui, et c'est bien dommage.

jeudi 13 mars 2008

Les Simpson Le Film

(The Simpsons Movie - 2007 - Réalisé par D. Silverman) ****

Les Simpsons représentent les américains moyens depuis près de 20 ans sur nos écrans TV. Les voila aujourd'hui "on the big screen" et le fameux Homer va être au cœur d'une catastrophe écologique qui fera de lui et de sa famille des parias dans la grande communauté de Springfield.

Même si d'autres séries animées US ont repris brillamment le flambeau de l'humour acide politiquement incorrect (je pense notamment à South Park, largement plus rythmée, actuelle et trash que les Simpsons), je garde cependant une tendresse pour tous ses personnages qui font partie du décor depuis tellement d'années. Nos amis jaunâtres vivent leurs aventures à Spingfield depuis si longtemps qu'on connaît quasiment toute la ville, et en plus, contrairement à nos artistes de chair et d'os, Homer, Marge, Lisa, Bart et Maggie ne vieillissent pas, eux.
"The Movie" est comme un gros épisode TV, l'intrigue est anecdotique et pour un néophyte ne connaissant pas la série il n'y a quasiment aucun intérêt à la voir en film. Mais les auteurs ont largement amélioré le dessin, et concentré leurs gags de telle manière que chaque séquence reste un régal pour les fans, avec quasiment une référence à chaque plan : allusions culturelles et politiques, apparitions de personnages secondaires connus ou inédits (SpiderPig, SpiderPig…), etc. Homer reste l'attraction principale de cet épisode ciné, et c'est tant mieux car c'est lui qui représente le mieux l'esprit Simpsonesque, en caricature généreuse, attachante et délicieusement naze de ce qu'il reste du Rêve Américain. Cet humour "Simpsons" est universel car il peut être apprécié à (presque) tous les âges, loin des facilités des teenage-movies, sans gras inutile mais pas pour autant "allégé". En clair, de la Connerie estampillée pure régalade !

samedi 9 février 2008

Sur un arbre perché

(1971 - Réalisé par S. Korber) **

Alors qu'il vient de conclure un important accord commercial, l'industriel Henri Roubier est contraint de prendre deux auto-stoppeurs sur le chemin du retour. Et tandis qu'il roule à vive allure sur les routes du midi, une embardée propulse la voiture et ses trois occupants sur un pin parasol planté au beau milieu d'une gigantesque falaise.

Une curiosité dans la filmographie de De Funès, comme l'a été "l'Homme Orchestre" du même Serge Korber l'année précédente. Cette tentative de faire du cinéma branché en s'éloignant des codes de la comédie Française grand public prouve que le grand Louis n'était pas à son affaire lorsque le scénario n'était pas à la hauteur. Tenir une heure de film avec des personnages aux caractères aussi étriqués que la voiture dans laquelle ils sont coincés, le pari était intéressant sur le papier. Mais à opposer l'éternel Chefaillon survolté à une auto-stoppeuse nunuche et au fiston Olivier dans un personnage sans relief, on tourne bien vite en rond. Pour les amateurs quelques séquences sont heureusement sauvées par l'abattage habituel de Fufu et par ses seconds rôles attitrés : Paul Préboist, Alice Sapritch et Armontel en Curé voltigeur.

samedi 2 février 2008

Donnie Darko

(2001 - Réalisé par R. Kelly) ****

Adolescent mal dans sa peau, Donnie Darko a pour seuls confidents sa psy et Franck, un ami déguisé en lapin macabre que lui seul peut voir. Une nuit, après une nouvelle insomnie, Donnie échappe à un spectaculaire accident.

Ça commence comme une comédie dramatique sur le mal-être adolescent. Ça bifurque rapidement sur un conte mâtiné de science-fiction dans une ambiance surnaturelle à la Lewis Caroll, avec un soupçon de thriller. Et ça retombe finalement sur ses pattes lors du final où toutes les pièces du puzzle se mettent en place pour former une histoire sur le sens de la vie et le sacrifice. 
Voila la force de ce film, un croisement des genres soutenu par une bande-son 80's nostalgique au possible. Avec son intrigue qui semble partir dans tous les sens, on aime ses personnages mélancoliques ou obsédés par leur lubies et surtout cet ado qui questionne l'autorité, le destin et les artifices de la société, cherchant des réponses que personne ne peut lui fournir. Il ne faut donc pas chercher à rationaliser l'histoire, plutôt à interpréter ses symboles. Le réalisateur prend bien soin de n'apporter aucune explication définitive afin que chacun voit ce qu'il est venu chercher, un conclusion spirituelle, mystique, scientifique... ou autre. 

samedi 29 décembre 2007

Rencontres du troisième type

(Edition Ultimate 30eme anniversaire)
(2007 - 3 DVD) (Close encounter of the third kind - Réalisé par S. Spielberg) ****
Versions: Originale (1977), Edition Spéciale (1981), Director's cut (1998)

Dans les 70's, en plein désert mexicain une organisation gouvernementale découvre des avions de la seconde guerre mondiale abandonnés, en parfait état de marche. L'escadrille avait disparue sans laisser de trace plus de trente ans auparavant. Bientôt des évènements liés aux OVNI perturbent la vie de plusieurs citoyens américains.

S'il est un thème récurrent dans l'univers de Tonton Spielberg en tant que réalisateur, c'est bien celui de la rencontre avec l'inconnu. Avec "Close Encounters" il aborde frontalement le sujet, en prenant soin d'éviter de jouer sur l'ambigüité (les E.T. existent-ils vraiment ? Oui). La première partie du film est pour moi la plus passionnante, celle où l'on suit d'un coté la progression de l'enquête coté "officiel" et les évènements spectaculaires qui touchent deux citoyens lambda. Un américain moyen va vivre bien malgré lui un contact "intense" avec les E.T. et une mère va voir son enfant enlevé sous ses yeux.
Les interprétations de Richard Dreyfuss (le père de famille tranquille) et Guilian Guiler (la maman seule avec son gamin) font beaucoup pour l'identification du spectateur à cette histoire Fantastique, ils restent exemplaires de naturel et nous impliquent directement dans l'aventure. J'ai ressenti une légère baisse de rythme dans le tempo du film le temps que les protagonistes mettent en forme leur obsession commune (le fameux Mont Devil's Tower). Mais cela est nettement compensé par le final symphonique magnifique, presque uniquement musical pendant le dernier quart d'heure. Et une fin surprenante venant de Monsieur Spielberg, puisque le père de famille choisi d'abandonner femme et enfants pour plonger dans l'inconnu.

jeudi 27 décembre 2007

Playlist Annie Lennox / Eurythmics



Little Bird   (Diva - 1992)
Why   (Diva - 1992)
SexCrime (Nineteen Eighty-Four)   (Eurythmics, "1984" soundtrack)
Here Comes The Rain Again   (Eurythmics "Touch" - 1983)
No More I Love You's   (Medusa - 1995)
Dark Road   (Songs of Mass Destruction - 2007)
Would I lie to you   (Eurythmics "Be yourself tonight" - 1985)
Love Song For A Vampire   ("Bram Stoker's Dracula" soundtrack - 1993)
It's alright (Baby's coming back)  (Eurythmics "Be yourself tonight" - 1985)
Missionary Man   (Eurythmics "Revenge" - 1986)
Into The West   ("The Return of the King" soundtrack - 2003)
Precious   (Diva - 1992)
Power to the Meek  (Eurythmics "Peace" - 1999)
There Must Be An Angel (Playin with my heart)   (Eurythmics "Be Yourself Tonight" - 1985)
Don't Ask Me Why   (Eurythmics "We Too Are One" - 1989)
Cold   (Diva - 1992)
The Hurting Time  (Bare - 2003)
Sweet Dreams (Are Made of This)   (Eurythmics "Sweet Dreams (Are Made of This)" - 1983)

dimanche 9 décembre 2007

Blade Runner

(Edition 5 DVD)
(1982 - Réalisé par R. Scott) *****
Versions: Final Cut (2007), USA (1982), International (1982), Director's Cut (1992), Workprint (1982)

Dans le futur, le détective Rick Deckard traque les "Replicants", des androïdes à l'apparence humaine.

Adapté d'un livre de Philip K. Dick dont il reprend seulement quelques éléments, Blade Runner fait figure de référence du film SF (à juste titre) depuis 25 ans. Ridley Scott prouve une fois de plus, après Alien, sa remarquable touche esthétique, sa maitrise du rythme et son sens du détail qui tue. Sa mise en scène impeccable qui n'hésite pas à mettre le paquet sur les effets de lumière dans des décors somptueux (et on ne parle pas seulement des intérieurs) est au service d'une histoire forte qui mêle l'ambiance des polars américains des années 40 au look le plus futuriste pionnier du Cyberpunk, avec cette crasse, cette fumée et cette pluie qui envahissent tout, objets et humains. L'ensemble donne un suspens haletant (la résolution de l'enquête) tout en disséminant de multiples questions qui pourrait tomber au bac philo : qu'est-ce qui définit l'être humain ? Si l'être humain peut créer des androïdes si parfaits, est-il Dieu ?
Ce film intemporel reste aussi dans les mémoires grâce à son interprétation, avec des pointures du genre. L'ami Harrison Ford est comme souvent exemplaire, Rutger Hauer donne toute sa mesure au redoutable Roy Batty, Sean Young est l'interprète idéale d'une femme fatale sans passé . La musique synthétique planante de Vangelis fait beaucoup pour l'atmosphère contemplative de film noir japanisant qui imprègne "Blade Runner". Toute la culture cyber-manga de la fin des 80's/début 90's s'en est largement inspiré d'ailleurs. La fameuse version "Director's Cut" du film donne plusieurs indications sur une possible identité du détective et remet tout le film dans une nouvelle perspective, mais toutes les hypothèses restent ouvertes. Elle est aujourd'hui complétée par un Final Cut aux images sublimement retravaillées et un trésor inestimable pour les fans : la "version de travail" de monsieur Scott.

samedi 8 décembre 2007

Black Album (1987 et 1994)

Dans notre série "Chroniquons un album de Prince qui aurait dû sortir il y a 20 ans", voici venu le temps de...




The Black Album (1987 et 1994)

Le Grind
Cindy C.
Dead on it
When 2 R in Love
Bob George
Superfunkycalifragisexy
2 Nigs united 4 West Compton
Rockhard in a Funky Place

Le coté Obscur.
Après avoir triomphé auprès du public et des critiques, restait encore un élément pour parfaire la légende de Prince. Il lui manquait l'album maudit, l'inaccessible au commun des mortels, le fantasme ultime du Fan. Ce sera chose faite fin 87, où la Warner s’apprête à faire un coup Marketing en sortant le nouveau Prince en mode furtif, une pochette noire sans annotation -pas même le nom de l'artiste-, et avec un soutien promotionnel minimal. 
L'excitation est à son comble, des "fuites" d'extraits de l'album sont savamment organisées, son nom de code est "The Funk Bible". Et puis, à une semaine de la sortie, pschitt ! Disparition ! "Circulez, y'a rien à voir", nous dit-on chez Warner. 
De là naît le mythique "Black Album".

Les raisons pour lesquelles Prince demanda son retrait restent encore aujourd'hui obscures. Si l'on s'en tient à la version officielle, il s'agit d'une soudaine prise de conscience que cette production était trop négative et que l'artiste ne souhaitait pas la laisser comme dernier témoignage de son oeuvre si jamais il devait disparaître. Un coup de fil au patron de Warner et voila les quelques centaines de milliers de CD et Vinyles déjà pressés qui se retrouvent à la benne.
La version officieuse est plus savoureuse, un bad trip à l'Ecstasy qui aurait donné un gros coup de flippe au Prince, lui collant des visions apocalyptiques seulement calmée par une poétesse du nom d'Ingrid Chavez, qui l'aurait convaincu de se débarrasser de l'oeuvre démoniaque. 

Le résultat est un énorme coup de pub et un des albums les plus bootleggés de tous les temps. Les versions Vinyle et CD originales sont très rares et les faux très nombreux. On ne verra sa sortie officielle qu'en 1994 chez Warner ("The Legendary Black Album") en édition limitée. 

Le "Black Album" est une réponse à la sophistication et à la préciosité empruntés des productions Princières précédentes, de "Around the World" à "Sign 'O'" en passant par "Parade". L'artiste se sentait-il débordé par la vivacité fracassante de la culture Hip Hop et Rap ? Nombre de ses collaborateurs disent qu'il a conçu cet album pour répondre aux critiques disant qu'il s'était éloigné de ses racines noires américaines. Ses rencontres avec des sommités du Jazz comme Miles Davis l'ont sans doute poussé à moins se "contrôler", laisser libre cours au feeling, ce qui donne une de ses productions les plus dépouillées et intenses.

Ce retour au Funk débridé mâtiné d'effluves Jazz s'accompagne de textes régressifs. On quitte le sérieux philosophique de "Sign 'O' the Times" pour replonger, avec une certaine jouissance disons-le, dans le festif et la provoc salace. "Le Grind", exemple parfait de party song, lance le méchant tempo. Il est suivi de "Cindy C.", une supplique groovy au Mannequin Cindy Crawford, auquel Prince promet de payer "le tarif habituel" pour "jouer" avec elle, autant la traiter de pute, direct. Il en rajoute dans le coté pervers-pépère : "I'm sure you're quite intelligent, A whiz at math and all that shit, But I'm a tad more interested in flyin' your kite tonight". 

Dans un autre versant de l'album Prince se fout carrément du Gangsta-Rap, avec un mépris affiché pour la plupart des rappeurs dans "Dead on it", et une parodie de films de mafia ambiancée avec fusillades en fond sonore, "Bob George". Ces compositions minimalistes, mécaniques presque uniquement basées sur les rythmiques, sont des charges musclées envers un courant musical totalement occulté par Prince. 
Dans "Dead on it" on l'entend se moquer des rappeurs "sourds comme des pots" incapables de chanter, qui déservent la cause ("What does that have 2 do with the funk ? Nothing, but who's paying the bills ?"). "Bob George" est un monologue de petite frappe qui s'en prend à sa petite amie (ou est-ce un tapin ?) de manière ultra-violente, pour une sordide histoire (elle a rencontré le Manager d'un certain... Prince, "That skinny motherfucker with the high voice"). La dispute dégénère en échanges de coups de feu avec la Police.

Les titres les plus excitants sur le plan musical sont les déjantés "2 Nigs United 4 West Compton", instrumental hommage sous acide à Miles Davis période "Bitches Brew" et "Superfunkycalifragisexy", qui semble être un compte-rendu de la fameuse première et unique expérience de Prince avec la drogue (la raison officieuse de l'abandon du "Black Album"). On y entend cette confession azimutée : "If u do 2 much, your skin'll be sensitive 2 the touch, The first person that touch u, u want 2 fuck / U take them 2 your crib and u tie them 2 a chair, Then u make funny faces til they get real scared / Then u turn on the neon, then u play with yourself, Til u turn them on".
La seule ballade de l'album est "When 2 R in Love", décevante et déplacée dans cette production rageuse. "Rockhard in a Funky Place" conclut l'album. Il s'agit d'un outtake du projet "Camille", on reconnaît la voix trafiquée speed up. Le style nonchalamment cool, passant des cuivres Jazz à la guitare électrisée, termine en beauté la sombre odyssée sur un bilan édifiant : "I just hate 2 see an erection go 2 waste". Voilà, tout est dit.

Le "Black" est une curiosité dans la trajectoire discographique Princière. C'est le premier "accroc" dans une ascension jusqu'alors maîtrisée et il sera suivi de beaucoup d'autres. 
D'un accès difficile, du fait de son aspect brut sans concession, avec son message anti-rap aujourd'hui démodé, l'album est communément désigné comme le "coté obscur" de l'artiste et celui-ci dit regretter l'avoir enregistré. Les fans ne regrettent pas de l'écouter, c'est le principal.

jeudi 22 novembre 2007

THE WITCHER

Fun 9/10
Technique 8/10
Style RPG Médiéval Fantastique
Infos Editeur : CDProjekt / Atari
Config minimum : Pentium 4, 2.4 Ghz (1 Go Ram), Carte graphique 128 Mo
Config recommandée : Core2Duo (2 Go Ram), Carte graphique 256 Mo
Solo uniquement
Version testée : 1.1a
Les captures d'écran proviennent du site de l'éditeur
Testé sur : Intel Core2Duo E6750 (2.66 Ghz) / 2 Go DDR2 Ram / ATI Radeon X1950 Pro (512 Mo) / Chipset P35 (LGA775) / Windows Vista (32 bits)


Gégé l'embrouille chez les bouseux

"Witcher, sa reum, il ambiance trop !" me soufflait encore hier ma concierge. Qu'elle a raison, la bougresse. Il faut dire que depuis quelque temps une douce routine berce le Rôliste PC : attendre le nouveau "Elder Scrolls" made in Bethesda, s'y plonger avec délice (souvent) ou déception (parfois), puis passer le reste de l'année à jouer aux adaptions de RPG XBox de Bioware, toujours plus ou moins mal fichues pour le combo clavier-souris. Parfois une surprise survient, une production indépendante pleine de bonne volonté mais bugée jusqu'à l'os qui empêche de pleinement l'apprécier (Two Worlds, pour ne citer que la plus récente).

Mais aujourd'hui l'affaire qui nous concerne est différente. "The Witcher", que l'on surveillait du coin de l'oeil sans trop y croire, est clairement ce qui est arrivé de mieux dans le Jeu de Rôle PC depuis des lustres. Non pas que ce jeu révolutionne en quoi que ce soit le genre très codifié du RPG Médiéval-fantastique. Mais "The Witcher" est tout simplement un cran au dessus à tous les niveaux : gameplay audacieux, interface efficace, univers original, histoire passionnante, technique solide (performances et stabilité). A tel point que l'amateur, pris au dépourvu, se retrouve tremblant d'émotion, les mains moites et les pieds poites, tout frétillant de tomber sur cette production épatante face à la déferlante de FPS envahissant nos machines octo-processeurs quadri-SLI de cette fin 2007.

Le scénario d'abord, tiré d'une collection de nouvelles d'un auteur Polonais (Andrzej Sapkowski). Une saga moyenâgeuse mettant en scène un redoutable guerrier mutant nommé Geralt, un des plus puissants "Witchers" de la contrée. Cette caste d'humains surentraînés et dopés comme des joueurs de foot est censée s'occuper de toute la vermine du pays : goules putrides, insectes géants, monstres fantomatiques et candidats de télé-réalité. Petit problème pour les Witchers : ils sont eux même catalogués par la population comme éléments hautement subversifs, donc infréquentables.
Et le look général de l'ami gégé n'arrange pas les choses : un mâle musculeux armé jusqu'aux chicots, aux cheveux blancs et aux yeux jaunes, le visage balafré et la voix caverneuse. De quoi foutre les jetons à tous les péquenots du coin et accessoirement charmer leurs filles en âge de procréer.

Notre héros Geralt commence l'aventure par une bonne petite amnésie comme seuls les Japonais osent encore en proposer dans tous leurs RPG. Non, ne partez pas ! ça s'arrange rapidement par la suite. Le prologue est l'occasion de prendre en main son personnage, sans passer par la case "création" puisqu'on incarne un homme au vécu déjà conséquent. L'intro nous montre Geralt affrontant une créature morte-vivante issue du croisement entre un crapaud, une hyène et Geneviève de Fontenay. Revenue d'entre les morts, la bestiole peu aimable au saut du lit ne se gène pas pour taillader délicatement la tronche de notre aventurier, le laissant sur le carreau. C'est sûr, question ambiance on n'est pas chez les Pokemons.




Réveil difficile

On prend les rênes après cet épisode douloureux, alors que la forteresse servant de Q.G. aux Witchers du pays est prise d'assaut par de mystérieux agresseurs. Gégé a un réveil pénible, la trogne comme un compteur, il n'a aucun souvenir récent et en plus son scooter est en panne. Pire, il a perdu la maîtrise de son légendaire maniement d'épée ainsi que toutes les recettes de mère-grand pour lancer ses sorts destructeurs. Il est entraîné urgemment par de prétendus amis dans la défense du château, dans une guerre opposant les humains à tous ceux d'en face. Bref, Geralt est mal.

L'occasion pour le joueur de se lancer dans un didacticiel bien mené, de découvrir toute la beauté de ses décors et toutes les subtilités du gameplay. "The Witcher" offre un graphisme magnifique, évidemment pas du niveau des derniers FPS à la mode sur PC (Crysis, Timeshift, CoD4, Gears of War), ni même aussi sublime que pouvait l'être Oblivion en son temps. Mais le studio polonais de CDProjekt tire pleinement partie du moteur utilisé (celui de Neverwinter Nights 2) pour que l'environnement et les habitants soient vraiment bien détaillés, riches en couleurs, avec tous les effets tendance qui vont bien : ombres et lumières dynamiques, animations ragdoll, variations atmosphériques, textures riches, petits lapins courants dans la luzerne. La vue "isométrique" à la 3e personne est réglable sur deux hauteurs (caméra éloignée ou proche), complétée par une vue "par-dessus l'épaule", genre FPS console, qui s'avère peu pratique si on n'est pas habitué à ce mode de vision.
On se déplace en cliquant simplement là oà on veut se rendre et le pointeur de la souris indique les interactions possibles suivant l'endroit que l'on désigne : parler à une personne, attaquer un ennemi, ramasser un objet, ouvrir une porte, baisser un levier, etc. Les dialogues se déroulent de manière classique mais fluide, en sélectionnant des thèmes de conversation (sans qu'on se retrouve face à 150 sujets inutiles).

Les auteurs ont pris le parti de proposer une aventure assez linéaire, cadrant avec le choix de conter le destin d'un être unique. C'est donc le récit qui est privilégié au détriment de la liberté d'action. Les premières heures de l'aventure sont très encadrées, impossible de quitter les sentiers pour batifoler dans les champs, et interdiction de franchir certaines portes verrouillées tant qu'on a pas rempli les conditions pour avancer. Cela refroidira à coup sûr les chantres du droit de circuler à sa guise.
Cependant les lieux sont vastes, et plutôt que de proposer des centaines de petites quêtes pas toujours intéressantes, The Witcher se concentre sur l'essentiel, une narration solide, tout en offrant en option des missions annexes pour satisfaire l'amateur. Un journal permet de suivre l'évolution de chaque requête que vos rencontres vous confient : gagner la confiance des autochtones en les débarrassant des monstres noctambules qui pullulent, explorer des donjons pour en piller les reliques, partir à la recherche de disparus, etc. Plus tard on devra effectuer de véritables enquêtes policières dignes des meilleurs épisodes de Columbo et dénouer des intrigues politiques de haute volée. Et aussi séduire de jeunes gourgandines, armé d'une bouteille de pinard ou d'une rose pour faire romantique. Le jeu s'adresse clairement aux adultes, et aussi aux ados en manque puisque des petites vignettes de vos conquêtes dénudées vous seront données en guise de récompense !




Killer Witcher

La causerie, ça va cinq minutes, mais à un moment faut sortir le matos. Coté fritage les auteurs ont opté pour un système basé sur trois styles de combat différents à utiliser selon le profil de l'affrontement. Lorsqu'on tombe face à une brute épaisse, poussive mais puissante, on sélectionne d'un clic le mode "Strong" (mouvements amples plus lents mais percutants). Devant une petite teigne nerveuse, on bascule en "Fast" (gestes rapides pour prendre l'adversaire de vitesse). Enfin, quand on se retrouve seul contre un groupe, le bien nommé "group style" permet de faire virevolter son épée façon pales d'hélico.
Pour donner un coup il suffit de cliquer une fois sur la cible. Pas besoin de bourriner frénétiquement le bouton de la souris, cela n'entrainera qu'une fatigue du joueur et plein de loupés pour son perso (on n'est pas chez Diablo, faut pas déconner). Au contraire il faudra acquérir des compétences permettant d'enchaîner les coups avec panache, en étant synchro avec l'icône indiquant quand frapper. Et si cela ne suffit pas, agrémenter ses attaques de quelques sorts magiques bien placés. On dispose de cinq types de sorts, appelés "Signs", à faire évoluer comme ses compétences pour faire la misère aux assaillants : Onde de choc, vague de feu, contrôle mental et tutti quanti. On peut aussi obtenir des capacités permettant de "charger" une jauge pour augmenter fortement ses dégâts magiques.
Lors des batailles il est aussi important d'esquiver les frappes ennemies, là encore c'est enfantin puisqu'il suffit de cliquer rapidement à droite ou à gauche pour réaliser une jolie toupie, et même derrière son opposant pour lui sauter par-dessus, façon Jackie Chan. Tout cela donne une dynamique "arcade" aux affrontements, rapides et efficaces, donc plaisants.

Geralt est défini par la poignée de caractéristiques que chacun connaît : Force, Intelligence, Dextérité et toute la clique. Les trois principales jauges concernent la Vitalité (qui diminue à chaque dégât physique reçu), l'endurance (pour l'utilisation des "Signs") et la Toxicité (contre l'abus de Potions de dopage). Un ennemi tué ou une quête validée engrange des points d'expérience, comme depuis 1000 ans dans les jeux de rôle, et chaque niveau donne l'occasion de distribuer des points de compétences pour améliorer son perso, avec un classement de "Bronze" à "Gold" notant l'efficacité et la puissance.
On peut ainsi augmenter l'attaque et la parade en combat, apprendre de nouveaux coups dans chacun des trois styles, développer ses sorts magiques, ses talents et ses attributs. Pour valider ses choix il faudra passer une nuit au coin d'un bon feu de camp et méditer. La méditation permet aussi de fabriquer des potions, des huiles à appliquer sur ses armes (bonus en dégâts contre certains types d'ennemis) et même des bombes (à aire d'effet).

L'alchimie et l'herboristerie constituent deux excellents passe-temps. On écume les échoppes, les coffres des donjons et les armoires des maisons à la recherche de livres donnant les ingrédients des recettes ou décrivant les éléments à prélever sur les plantes et les cadavres des animaux tués. On peut tenter des expériences en mélangeant des trucs au pif, mais le résultat peut s'avérer catastrophique.
Quand une potion est réussie, Geralt voit sa force décuplée, devient nyctalope, ou régénère ses points de vie ou d'endurance plus vite. Indispensable pour découper du Boss, mais attention aux abus ! un excès et c'est l'intoxication : votre vue se trouble (des tâches rouges envahissent l'écran) et vous risquez l'overdose comme un Junkie. L'alcool frelaté trouble la vision et ralenti tous vos mouvements (on voit Geralt tituber comme un pochtron).




Finition exemplaire

Le jeu est remarquablement stable, du moins dans sa version patchée (1.1a au moment du test). Reste quelques soucis, notamment pour les temps de chargement assez pénibles dès qu'on quitte un bâtiment, ou la simplification extrême de la gestion de l'équipement (trois armes, une armure et deux accessoires, on se croirait vraiment sur console). L'inventaire est quelque peu bordélique avec ses petites cases carrées minuscules.
D'un autre coté, le travail accompli sur le reste de l'interface est impressionnant. A la fois clairs et très complets, les menus donnent accès à une masse d'infos dantesque : base de données sur les lieux, les personnages, les monstres et les recettes, ainsi qu'un glossaire des termes propres à l'univers du Witcher. L'œuvre originale est respectée, pour les passionnés on y gagne franchement en immersion dans l'histoire. La mini-map temps réel et la carte plein écran détaillée s'annotent automatiquement, avec des marqueurs indiquant la direction des quêtes actives et tous les endroits notoires.

Pour détendre le joueur stressé on nous propose un Poker se jouant avec cinq dés. Bien qu'il soit très soigné dans sa présentation et qu'il fasse l'objet d'une série de missions facultatives, ce mini-jeu reste anecdotique. Tout comme l'inscription aux "Fight Clubs" locaux, oà vous devrez battre à mains nues les Brad Pitt du coin. Marrant pour faire un break de deux minutes et gagner du fric facilement, ça ne va pas plus loin.

Grâce à son ambiance mature et profitant du manque flagrant de RPG solo sur PC en cette fin d'année, The Witcher ose des choix culottés en cette période oà l'on privilégie l'immensité et l'absence de dirigisme. Les auteurs ont choisi de faire exactement l'inverse, en s'appuyant sur une narration solide et en se concentrant sur l'essentiel : un jeu avec un vrai caractère, puisant son inspiration dans différents styles de jeux de rôle aussi bien PC que Consoles, Occidental que Japonais. Jamais manichéennes, les situations auxquelles nous sommes confronté réclament de faire des choix pas toujours évidents, avec en prime des commentaires très second degré de Geralt. Oscillant entre gris clair et gris foncé, le monde du Witcher est réaliste car ses habitants sont comme nous (mis à part quelques intrigues qui peuvent être vues comme des clins d'oeil satiriques aux autres productions Rolistiques PC, le choix "moral" se limitant à tuer un salaud ou le laisser vivre parce qu'il vous a aidé). Et en prime, il est impossible de jouer gagnant sur tous les tableaux, les indécis devront choisir leur camp.
La progression est fluide, avec les points de passage obligatoires que sont les batailles contre les Boss. Impressionnants et bien costauds, les fumiers : potions d'E.P.O. obligatoires ;-). Certes il faut aimer écouter de longs dialogues, et se plonger pleinement dans le scénario afin d'en apprécier les subtilités et complications (beaucoup d'intervenants, plein d'intrigues parallèles). Ce n'est donc clairement pas un jeu sur lequel on passera une heure par semaine, un investissement en temps et en cellules grises est nécessaire. De même celles et ceux qui ne jurent que par WoW ou "Elder Scrolls" seront probablement déçus par les barrières artificielles mise en place. Tous les autres trouveront en "The Witcher" le RPG solo qui leur manquait depuis des semaines, des mois, des années !

mercredi 14 novembre 2007

Voyage au bout de l'enfer

(The Deer Hunter - 1978 - Réalisé par M. Cimino) ***** (2 DVD)

La vie d'un groupe d'amis, ouvriers travaillant dans l'aciérie de la ville, entre les parties de chasse, les soirées au pub et le futur mariage de Steven. Ce dernier doit ensuite partir avec Michael et Nick pour le Vietnam.

Une référence dans le genre encombré des témoignages sur le Vietnam. Une fresque de 3 heures qui va au cœur de l'Humain mais aussi au plus profond de la bestialité. Une première partie nous plonge dans le quotidien de ses hommes, dressant un portrait de la mentalité 70's par de subtiles touches. Passé cette première heure on quitte brutalement le monde civilisé pour découvrir la sauvagerie de la guerre.
Les scènes des soldats captifs dans le camp sont parmi les plus intenses jamais vues au cinéma. Quiconque a vu le film se rappellera éternellement les extraordinaires Walken, Savage et de Niro face au jeu morbide de la roulette russe imposé par l'ennemi. Le destin des 3 potes est dévoilé dans le dernier acte, le retour à la vie civile, avec toujours cette finesse d'analyse et le jeu parfait de cet incroyable casting. Chacun saura apprécier le final ambigu suivant ce qu'il aura compris du film, c'est la marque des grands réalisateurs que de laisser ce choix.