mercredi 25 mars 2020

Incassable / Split / Glass, la trilogie

Le bon, la brute et le truand

Incassable (2000 - Réalisé par M. Night Shyamalan) **** + Split (2016 - Réalisé par M. Night Shyamalan) **** + Glass (2019 - Réalisé par M. Night Shyamalan) **

Incassable : Dans les 60's à Philadelphie, une mère accouche dans un magasin. Le nouveau-né a les bras et les jambes brisés. Plusieurs dizaines d'années plus tard, un certain David Dunn est le seul survivant d'une terrible catastrophe ferroviaire.

Après que son "Sixième sens" ait surpris le monde, M. Night remet le couvert avec le même Bruce Willis. Conservant son jeu tout en silences et en regards perçants, l'acteur fait à nouveau face à un enfant. On sait combien les rôles principaux tenus par des gamins peuvent être casse-gueule, il faut reconnaître à Shyamalan sa maitrise parfaite du casting. Robin Wright et Samuel L. Jackson complètent le quatuor, pour une histoire qui en surface ressemble à une "Origin story". On assiste à la naissance d'un super-héros traitée avec réalisme, méthode qu'on retrouvera plus tard dans le Batman de Christopher Nolan. Pas de pouvoirs incroyables, pas d'effets spéciaux qui éclaboussent, on reste ancré dans le réel pour observer comment un homme va reconstruire un mariage mal-en-point et se redécouvrir en héros aux yeux de son fils, poussé par un adulte fondu de Comics qui cherche un sens à sa vie. Tout cela dans le style impeccable de l'auteur et sa mise en scène au carré qui prend le temps de créer l'atmosphère de chaque séquence.

Split : Rentrant d'un anniversaire, trois adolescentes se font kidnapper par un inconnu. Elles se retrouvent enfermées dans une pièce où l'homme tente de les agresser. Plus tard, il revient en se comportant comme un enfant de 9 ans.

16 ans après Incassable, suivi de plusieurs films en demi-teinte (voire sans teinte du tout), le réalisateur maître ès-twists revient. Si dans sa forme le film est très différent, dans le fond il se rapproche d'Incassable dans sa thématique : la révélation de la nature profonde d'un homme. Sauf qu'ici il est question d'un Super-Vilain aux personnalités multiples, toutes lancées dans une quête morbide. Shyamalan y ajoute sa touche "psychologique", une thérapeute qui cherche à valider sa théorie sur les capacités hors normes des patients atteints de troubles identitaires et surtout Casey, une des trois prisonnières devant lutter contre un passé qui la hante.
Cela donne une production qui oscille entre la performance d'acteur (James McAvoy incarne une dizaine de "rôles", du gamin espiègle à la femme sophistiquée), le drame psychologique (le duo étrange entre le ravisseur et sa victime) et le thriller pur (le suspens sur le réveil de l'identité surhumaine du criminel). Avec en guise de twist ultime, une dernière séquence qui nous mène tout droit vers l'épisode suivant.

Glass : Le Vigile, un justicier aidé par son fils, traque secrètement les criminels grâce à ses extraordinaires capacités physiques. Il recherche particulièrement un ravisseur dont on parle dans les médias depuis quelques temps.

L'idée avait du sens : réunir les trois (super-)héros d'Incassable et Split et conclure leur histoire. Mais le père Shyamalan ne pouvait évidemment pas se la jouer Marvel, ce n'est d'ailleurs pas ce qu'on lui demande. Dunn a finalement divorcé, Price est bourré de calmants en prison et La Bête fini par se faire capturer. On est au point mort et le film s'enlise un peu plus à partir du moment où les trois se retrouvent confinés sous la garde d'une intrigante psychiatre qui veut leur démontrer qu'ils n'ont aucun pouvoir surnaturel. Le rythme se perd alors en circonvolutions vers une résolution attendue, la confrontation des marginaux de la société. Ce sont donc les seules personnes qui croient en eux, le fils Joseph Dunn, la mère d'Elijah et Casey, la victime empathique de La Bête, qui vont les aider à révéler la vérité. On ne va pas donner les clés du final à tiroir mais pour ma part j'ai trouvé le retournement de situation hautement improbable. Dommage, ça gâche l'ensemble de ce qui aurait pu être une excellente trilogie.

dimanche 15 mars 2020

ANACHRONY (Jeu de société)

Anachrony - Essential edition (Mindclash Games)
Un monde futuriste où l'Humanité se reconstruit après qu'un mystérieux cataclysme l'ait presque éradiquée, quatre factions survivantes qui font une découverte majeure leur ouvrant les portes du voyage dans le temps, l'univers d'Anachrony propose de riches perspectives en terme de jouabilité.

Mais il y a un twist. Les aller-retours spatio-temporels pour se gaver des ressources du futur afin de reconstruire le présent révèlent une terrible vérité. L'ancienne catastrophe planétaire est la conséquence d'une des failles temporelles créées, qui a répliqué vers le passé le crash d'une météorite sur notre terre qui aura lieu dans un avenir proche.
Dès lors, l'objectif du Conseil des Voies devient clair : se préparer à cet impact dévastateur en mobilisant toutes les ressources disponibles pour lancer l'évacuation de la population. Chaque faction s'engage dans une compétition farouche pour être nommée à la tête du Conseil.
Tout cela en évitant, si possible, d'engendrer de nouveaux paradoxes dans le temps, sources d'anomalies anachroniques annihilantes à n'y rien comprendre.

Nom de Zeus, Marty ! Démarre la DeLorean !

dimanche 16 février 2020

SHADOWRUN CROSSFIRE - Prime Runner Edition (Jeu de société, en anglais)

Shadowrun Crossfire - Prime Runner (Catalyst Game Labs)
 
Quand on pense à Shadowrun, le jeu de rôle dont est tiré cette version en jeu de cartes, on se voit plongé au cœur d'une machinerie Cyberpunk dense. Cela fait 30 ans que cet univers peuplé d'humains mutés, de nains Hackers et de trolls magiciens nous balade dans sa Matrice informatique omnipotente et ses mégalopoles Blade-Runneriennes contrôlées par de malfaisantes Corporations.
On s'imagine remplir d'obscurs contrats en réalisant des missions d'infiltration avec son équipe de personnages supercools. Du Mage dégageant les obstacles à coups de fireballs au Street Samuraï affrontant l'adversité avec son gun dans une main et son Katana dans l'autre, en passant par le Decker piratant les implants ennemis, tout le monde trouve son compte dans ce show spectaculaire.

Est-ce qu'un "simple" jeu de cartes a pu simuler toute cette richesse de possibilités ? La réponse est non.
Faut-il pour autant oublier Crossfire et retourner jouer à Netrunner ? Que nenni, ma mie.

samedi 25 janvier 2020

Playlist Eiffel


Playlist on SPOTIFY

A tout moment la rue  (À tout moment - 2009) 
O Toi  (Abricotine - 2001)
Foule Monstre   (Foule monstre - 2012) 
Je m'obstine   (À tout moment - 2009) 
Cascade  (Stupor Machine - 2019)
Les Yeux Fermés   (Le Quart d'heure des ahuris - 2002)
Mort J’appelle   (À tout moment - 2009)
Belle de jour  (Tandoori - 2006)  
Sombre   (Le Quart d'heure des ahuris - 2002)
Terminus  (Stupor Machine - 2019)
Sous Ton Aile   (À tout moment - 2009) 
Hype  (Abricotine - 2001)
Place de mon Coeur   (Foule monstre - 2012) 
 Mille Voix Rauques   (À tout moment - 2009)
Tu Vois Loin   (Le Quart d'heure des ahuris - 2002)
Big Data  (Stupor Machine - 2019) 
Chanson Trouée   (Foule monstre - 2012)  

dimanche 19 janvier 2020

STAR WARS: BORDURE EXTERIEURE (Jeu de société)

Star Wars - Bordure Extérieure (Fantasy Flight Game)
Les jeux à grosses licences, comme notre candidat du jour Star Wars Bordure Extérieure, bénéficient d'un préjugé très positif auprès des fanboys & girls, mais très modéré pour les autres. Les premiers achètent tous les produits estampillés du logo de leur univers favori (même les boîtes de camembert), les seconds se méfient d'un jeu bâclé profitant du nom d'une marque (et ils ont vu les douloureux épisodes 8 et 9 de la saga).

Cette crainte légitime a poussé les auteurs de ce jeu de plateau Starwarien à exploiter uniquement un aspect de la série, son côté crapuleux intergalactique, plutôt que de nous resservir ce vieux plat congelé moribond de Jedi et de Sith dans une soupe de Force. Ils se sont donc intéressé à ce qui fait tourner tous les mondes existants et fictifs depuis la nuit des temps : le fric et la gloire.
Nous sommes aux confins de la galaxie, dans ce qui s'appelle la bordure extérieure, un Far Ouest cosmique où chasseurs de Primes et contrebandiers s'affrontent à coups de missions louches, de transports de cargaisons illégales et d'assassinats commandités par les factions. Un seul objectif : devenir le vaurien le plus connu de la région.

Chewie, hit the Hyperdrive... 

vendredi 17 janvier 2020

Midsommar

Un p'tit alcool de bienvenue, mademoiselle ?
(2019 - Edition Spéciale "Director's Cut" - Réalisé par A. Aster) ****
Un jeune couple d'américains, au bord de la rupture sentimentale, part faire le point après un terrible drame. Dani, Christian et leurs amis se retrouvent en Suède, pour un séjour au cœur d'un étrange festival d'été.

Après son premier film Hérédité, le réalisateur Ari Aster prolonge son exploration des relations humaines. Il conserve la forme, un film d'horreur basé sur un culte bien barré, mais quitte l'étouffant huis-clos familial précédent pour une nature ensoleillée plongée dans un été permanent. Un parfum de "The Wicker Man" (1973) plane sur le film, par son côté exploration d'un bizarre folklore. Mais le film est bien plus que cela. Le contraste entre les émotions violentes vécues par les protagonistes et le cadre paisible de cette campagne fleurie est la clé de voûte du récit. L'héroïne va traverser toutes les étapes des deuils qu'elle affronte, la perte d'êtres chers et la fin d'une relation amoureuse, qui vont prendre forme littéralement dans les agissements hallucinés de cette secte ancestrale.
Comme une métaphore de ses angoisses, Dani va faire un cheminement mental douloureux mais nécessaire pour vaincre sa dépression, en subissant les rites cruels d'une culture inconnue. La résolution de l'intrigue n'est pas l'intérêt principal du film. En effet dès le rituel initial de la communauté on devine le destin des "étrangers" présents. C'est tout le processus inéluctable qui se déroule pour l'héroïne et son compagnon qui est intrigant, avec une marque de fabrique de l'auteur déjà reconnaissable : symboles runiques mystiques et images subliminales dans le décor, idées surréalistes puissamment mises en images, goût pour la mise en scène des corps atypiques. Assurément différent.

vendredi 27 décembre 2019

Police Squad! - La série

Surely you can't be serious...

Police Squad! L'intégrale (TV - 1982 - 1 saison/6 épisodes, Créée par D. Zucker, J. Abrahams & J. Zucker). 2 DVD. Bonus : Essais des acteurs, Commentaires audio, Générique de fin inédit, Entretien avec Leslie Nielsen, Bêtisier.
Les enquêtes loufoques de deux officiers de police, le Lieutenant Drebin et le Capitaine Hocken.

La série Police Squad!, alias "Y-a-t-il un flic... ?" en France, est principalement connue pour ses 3 films sortis entre 1988 et 1994. Mais les auteurs s'étaient rodés dès 1982 avec cette série où l'on retrouve avec bonheur tout l'humour décalé et non-sensique des auteurs de "Y-a-t-il un pilote dans l'avion ?" et "Top Secret". Quand on pense que la série fut annulée dès sa première saison parce que les dirigeants de la chaine ABC trouvaient qu'elle demandait trop d'attention de la part des téléspectateurs, on mesure à quel point elle était en avance sur son temps.
Gags visuels, jeux de mots débiles, situations absurdes, tout est déjà là, dès le générique d'intro avec le narrateur qui se goure toujours de titre. Leslie Nielsen, alias Drebin, reste la pièce maîtresse de la série comme des films. Son attitude ultra sérieuse en toute circonstance, même dans les mises en scène les plus crétines, fait beaucoup pour la réussite de l'ensemble. Les dialogues sont une véritable régalade en V.O., certaines subtilités restant intraduisibles dans notre langue. On note aussi peu de références trop datées, ce qui rend la série intemporelle. 
Le format court des épisodes (20 mns) oblige les auteurs à un rythme soutenu. Ils arrivent tout de même à glisser des séquences récurrentes qu'on attend avec délectation : la guest start qui meurt dès le début, Al le grand flic dont on ne voit jamais la tête, l'indic cireur de chaussure, l'ascenseur du bureau de police, le scientifique du labo. Sans oublier le final hilarant pour chaque épisode, qui parodie l'arrêt sur image des séries à la mode de l'époque mais où les acteurs restent figés comme des cons ;-)

vendredi 22 novembre 2019

TAPESTRY (Jeu de société)

Tapestry - Édité par Matagot
Avec ses grosses figurines playskool et son titre évoquant la décoration d'intérieur, Tapestry a tout pour faire douter les amatrices/teurs de jeux élaborés. Mais après un coup d’œil aux noms des auteurs, la maison Stonemaier Games responsable de références comme Scythe ou plus récemment Wingspan, on comprend deux choses. Premièrement c'est du sérieux, et deuxièmement Stonemaier est le spécialiste des noms de jeux sibyllins.

Dans "Tapestry - La grande fresque des civilisations", vous allez mener votre peuple de la maîtrise du feu à la conquête de l'espace. C'est très ambitieux mais rassurez-vous, c'est aussi très simplifié. 
En solo ou jusqu'à cinq participant(e)s, chacun-chacune va se préoccuper de faire progresser sa civilisation en explorant le monde, en inventant de nouvelles technologies, en conquérant des territoires et en faisant avancer la science. Mais pour tout ça, va falloir du pognon, du savoir-faire, de la main-d'œuvre et de la bouffe...

dimanche 27 octobre 2019

Under the Silver Lake


Andrew Garfield, après avoir lu le scénario du film

(2018 - Réalisé par D. R. Mitchell) ***
Sam perd son temps à mater ses voisines. Il est fasciné par la divine Sarah. Lorsqu'elle disparaît, il part à sa recherche dans les quartiers d’Hollywood, là où sévissent un mystérieux "Tueur de chiens", un groupe de Rock à la mode et un dessinateur de BD amateur de légendes urbaines.

Exercice de style chic et clinquant, Silver Lake intéressera principalement les mordu(e)s d'Hitchcock qui s'amuseront à repérer chacune des références au maître et les amateurs/trices d'ambiances Lynchiennes qui "triperont" sur les séquences surréalistes. Comme chez Alfred, l'histoire n'est qu'un prétexte et comme chez David, tout se passe dans les émotions ressenties.
L'intrigue débute comme "Fenêtre sur cours", un gars désœuvré observant le voisinage avec ses jumelles ; ça continue comme dans Vertigo, notre bonhomme devient obsédé par une disparition ; et on conclut sur une fin ouverte à toutes les interprétations, "Les oiseaux" en cage délivrant des messages incompréhensibles. Entre temps on a droit à une scène de cul comique, à plusieurs détours dans les milieux branchouilles de Los Angeles, aux élucubrations d'un parano complotiste (pléonasme ?), à la découverte du Créateur (de tubes)... Bref, on comprend qu'il n'y a rien à comprendre, juste à se laisser porter par les hommages visuels et musicaux d'un temps révolu. Le rêve de passer sa vie comme dans un film Hollywoodien, où toutes les femmes sont top model et se laissent reluquer par des mâles losers, pygmalions ou sérieusement dérangés (parfois les trois à la fois). En 2018, faillait oser.

vendredi 18 octobre 2019

Bone Tomahawk

Urgence au bloc opératoire
(2015- Réalisé par S. Craig Zahler) ***
Dans l'ouest sauvage, deux criminels sont attaqués brutalement par un mystérieux troglodyte. Abandonnant son acolyte à un destin funeste, un des bandits s'échappe et va trouver refuge dans la ville de Bright Hope. Le shérif Hunt ne tarde pas à le capturer.

Le Western est peut-être le genre qui a été le plus représenté au cinéma, mélangé à tous les styles possibles et imaginables (vous vous rappelez de "Cowboys & envahisseurs" ? ;- ). Bone Tomahawk s'inscrit dans la veine de ce qui a été fait par Eastwood (Impitoyable) ou les Coen (No Country for old men), à savoir un tempo ralenti qui se focalise sur ses personnages. Mais ce qui différencie le film de tous ses prédécesseurs, c'est la présence de cette tribu cannibale. Même si la première séquence donne une indication de ce qui nous attends, personne n'est vraiment préparé à l'une des scènes les plus gores de l'Histoire, aussi soudaine que mémorable.
La lente progression du groupe vers son objectif est l'occasion de s'attacher aux "héros", le mari estropié au secours de sa femme, le baroudeur vengeur, le shérif endurci et son sage et vieil adjoint. Avec ses dialogues soignés et ses situations prenant à rebours les clichés, le scénario reste imprédictible pour le spectateur, tout en sachant pertinemment vers quoi se dirige le groupe. Tous ces gens soit disant civilisés, qui font pourtant peu de cas des Mexicains et des voleurs de chevaux qu'ils croisent, vont être confrontés à une sauvagerie d'un autre age. Un choc des civilisations dont aucun ne sortira indemne.

lundi 7 octobre 2019

SPIRIT ISLAND - 2e Edition (Jeu de société)

Spirit Island (2e édition) - Publié par Intrafin
La grande majorité des jeux de société vous demande de conquérir, que ce soit de l'espace dans Risk, des points dans le Scrabble ou la ligne d'arrivée dans les petits chevaux, en maravant au passage la tronche des adversaires. La mode du jeu en coop' n'y a rien changé : joueuses et joueurs doivent toujours marquer le plateau de leur empreinte (Carbone et autre).

Spirit Island renverse le paradigme. Vous incarnez des Esprits de la Nature, tranquilles pépères-mémères sur leur île perdue, avec rien d'autre à foutre que de maintenir l'équilibre subtil qu'ils ont patiemment établi avec les gentils autochtones.
Et voilà qu'un sale matin des envahisseurs débarquent, occupant les vastes déserts jadis paisibles, cueillant les fruits gorgés de sucre des arbres centenaires de vos jungles, colonisant les huttes de votre peuple dans les montagnes. Se comportant comme des touristes, ces explorateurs ne tardent pas à se croire chez eux. Ils parlent fort dans leur Smartphone, laissent traîner leurs trottinettes électriques n'importe où et louent des appart' AirBnB.

Allez-vous laisser ces gougnafiers ravager votre paradis ? 

jeudi 22 août 2019

Coffret Robocop, la trilogie

"Your move, creep"
Robocop, la trilogie : Robocop (1987 - Réalisé par P. Verhoeven) **** + Robocop 2 (1990 - Réalisé par I. Kershner) ** + Robocop 3 (1993 - Réalisé par F. Dekker) * (3 Blu-Ray - 2014)

Robocop : L'officier de police Anne Lewis patrouille dans Detroit avec Alex Murphy, son collègue fraîchement débarqué. Pendant ce temps, la corporation OCP présente une solution révolutionnaire pour aider les forces de l'ordre : ED-209, un robot chargé du maintien de la loi.

Il fallait au moins un Paul Verhoeven pour transformer ce scénar de série Z en film d'action marquant. Sur le papier, l'histoire basique de Robocop ne tient pas la distance. Heureusement le réalisateur apporte sa touche habituelle d'images chocs, montrant les vrais effets d'une fusillade plutôt qu'une version édulcorée. Il garde sa vision cynique qu'il affiche dans tous ses films, avec une peinture peu agréable de notre société dans un futur proche, quitte à grossir le trait et caricaturer les personnages. Toute la clique d'OCP est corrompue, la pègre est constituée de psychopathes qui flinguent en ricanant et Murphy est d'une naïveté qui confine à la connerie lorsqu'il prend d'assaut en solo le repaire des méchants. Ceci lui vaudra une des plus mémorables morts au cinéma, abattu à bout portant par une demi-douzaine de tarés. Ainsi va naître Robocop.
Le film trouve son rythme dans les extraits télévisés qui le parcourent : un journal listant les catastrophes quotidiennes, 
des pubs délicieusement débiles et une émission comique vulgaire qui indiquent le niveau intellectuel ambiant. Une sacré dose d'humour noir qui injecte un commentaire social très malin. Mais il reste de l'espoir avec le personnage de Lewis, une femme flic intelligente et pugnace. Et surtout Robocop, cette machine programmée pour obéir aux directives (y compris celle qui est cachée ;-). La persistance de son esprit, ou son âme, est un message qui prouve que tout n'est pas perdu.

Robocop 2 : Les choses ne s'améliorent guère à Detroit. Une nouvelle drogue redoutable a fait son apparition sur le marché, la police fait grève contre la baisse des salaires imposée par OCP et les tentatives pour produire des Robocops supplémentaires se soldent toutes par des fiascos.

On pouvait espérer une suite digne de ce nom, avec l'auteur adulé de Comics, Frank Miller, au scénario et le réalisateur du meilleur épisode de Star Wars, le V, aux commandes de ce Robocop 2. Hélas, des producteurs incompétents ont remanié l'histoire et changé les personnages pour aboutir à un truc informe qui se moque de son sujet. Continuer dans la veine comique caricaturale du premier, d'accord. Encore fallait-il conserver son second degré subtil. Conserver une histoire simple, OK. Mais il fallait inclure quelques niveaux de lectures supplémentaires, comme son aîné avait su faire. On se retrouve avec une bande de malfrats dirigée par un gamin de 10 ans, bonjour la crédibilité, et le reste du casting est également grotesque. Le maire de Detroit est juste un bouffon, Faxx la scientifique manipulatrice n'a pas la prestance de Jones et Morton, les deux Yuppies méchamment ambitieux de Robocop 1, et Cain le baron de la drogue n'a même pas le charisme d'un ED-209 ! Les quelques pistes intéressantes sont balayées en deux minutes chrono, comme l'ancienne femme de Murphy qui revient puis repart, ou les versions ratées des nouveaux Robocops, et les personnages à développer restent au second plan (la policière Lewis, les membres du culte de Cain). C'est gâché, dommage.

Robocop 3 : La société OCP va enfin mettre en œuvre son projet de nouveau quartier pour Detroit. Pour cela une escouade est chargée d'évacuer les habitants. Poursuivant des émeutiers qui viennent de dévaliser une armurerie, Lewis se retrouve en mauvaise posture. Mais que fait Robocop ?

Honteux.

jeudi 15 août 2019

WARHAMMER QUEST: BLACKSTONE FORTRESS (Jeu de société)

Warhammer Quest: Blackstone Fortress - Publié par Games Workshop
Games Workshop et sa licence Warhammer sont dans notre paysage depuis des décennies, le wargame Warhammer 40,000 est l'un de ses représentants les plus connus. Avec sa série Blackstone Fortress, l'éditeur nous propose un jeu de plateau alliant sa maîtrise du design de figurines à sa science des mécaniques d'un jeu de guerre tactique, emballé dans son univers à base de Space Marines psychotiques affrontant aussi bien des factions de drones futuristes que des groupes de goules ancestrales. 

Ce mélange détonnant emprunte aussi aux genres à la mode ces dernières années : jouable en solo et jusqu'à cinq, personnages avec des stats gérées par des lancers de dés, choix entre session de jeu courte ou mode Legacy
La campagne est une aventure complète sur plusieurs dizaines d'heures se concluant par la révélation d'un secret enfoui dans un crypte cachée. Il faudra mener une troupe de quatre personnages dans les méandres d'une Forteresse Noire, une mystérieuse et gargantuesque station spatiale apparue aux confins de la galaxie, regorgeant de trésors technologiques et de dangers fatals qui évoluent au fil des explorations. 

Paré pour l'expédition ? Go, go, go !

vendredi 9 août 2019

Crazy Kung-Fu

Même pas mal
(Kung Fu Hustle - 2004 - Réalisé par S. Chow) *****
Le Gang des Haches terrifie la population et la police en faisant main basse sur le Shanghai des années 30. Sing et son pote Bone, apprentis truands minables, ont l'idée de se faire passer pour membres des Haches et de s'attaquer à la Porcherie, le quartier le plus pourri de la cité.

Voici la pépite qui mixe tous les genres avec jubilation : Film Noir et cartoon, arts martiaux et comédie musicale, Buster Keaton et Bruce Lee, Scorsese et Leone, Matrix et Drunken Master. On savait Stephen Chow, déjà auteur de Shaolin Soccer, capable du meilleur. Mais avec Crazy Kung-Fu il s'est surpassé, tout en assurant sa triple casquette de scénariste, réalisateur et acteur principal de cette énorme production Hongkongaise. 
Il y a ce goût merveilleux pour les "gueules" de cinéma, que Chow partage avec Sergio Leone ou Tarantino. Le couple des propriétaires de la Porcherie en est l'exemple le plus éclatant : un frêle bonhomme gominé sapé comme un macro et sa femme, solide mégère avec bigoudis et clope au bec, qui pratiquent un kung-fu de haute volée. Tout le petit monde qui peuple le quartier est mémorable : l'ahuri qui fait sa toilette au milieu de la cour, la miss grande bouche qui se balade en nuisette et surtout les trois maîtres incognito, qui attendent leur heure au sein de la populace. 
L'auteur s'autorise toutes les folies, sans retenue : coups violents (jambe hachée, couteaux plantés, broyages de visages et de pieds), séquences surréalistes (course-poursuite comme dans un Tex Avery) ou poétiques (l'attaque des Harpistes), caricature extrême de personnages (le Maître Gay, genre Cage aux Folles), sans oublier les nombreux passages de purs combats boostés à l'image de synthèse qui deviennent de plus en plus grotesques et poilants, jusqu'au summum final contre La Bête.
Crazy Kung Fu perd rarement son rythme, sauf lorsqu'il évoque le trauma d'enfance du héros, encore qu'on peut y voir une caricature de plus, dans le style larmoyant. Mais le principal est là : un sens aigu du timing pour les gags, des visuels marquants, des références qui font plaisir (la proprio qui fait du Bruce Lee dans la bagnole du chef du gang, magique !) et plusieurs visionnages nécessaires pour voir chaque détail.

jeudi 1 août 2019

Rollerball (1975)

Jonathan E file droit au but
(1975 - Réalisé par N. Jewison) ***
Jonathan E est un champion adulé de Rollerball, sport futuriste ultra-violent mêlant hockey et foot américain. Sur la piste l'athlète doit affronter les équipes adverses avec l'aide de ses coéquipiers, au péril de leur vie. Mais en dehors du stade le combat continue pour Jonathan, contre la toute-puissante corporation qui veut régenter sa vie.

Film d'anticipation parmi tant d'autres issus du cinéma des années 70, la version originale de Rollerball est un mélange d'action, avec une retranscription en détail des matchs chaotiques de ce sport intense, et de message politique où l'on découvre une société contrôlée par des corporations planétaires ayant mis fin à la pauvreté et aux guerres. Les chants corporatistes ont remplacé les hymnes nationaux.  
Mais derrière cette apparence idyllique, l'humanité se défoule devant le spectacle affligeant des gladiateurs du Rollerball. Ce sport est spécialement étudié pour être un programme abrutissant, créé pour assouvir notre soif d'hémoglobine en cachant la réalité glaçante du contrôle des masses. Tout est fait pour que la classe dominante maintienne le peuple dans l'illusion du bonheur... ça ne vous rappelle rien ? 
Le fait que les événements décrits se déroulent en 2018 ajoute un sentiment trouble, puisque notre actualité réelle se calque presque parfaitement avec ce rétro-futur : omniprésence des écrans, GAFA qui survolent nos gouvernements et combattants de MMA qui ne sont certes pas en rollers mais qui se défoncent dans des cages grillagées pour notre bon plaisir. 

Le film alterne entre longues séquences au cœur des matchs et coulisses du show, où les décideurs font et défont les stars de leur jeu. Ceci entraîne des soucis de rythme et, production américaine oblige, une morale où triomphe l'individu contre le collectif. Bien sûr Jonathan a toutes les raisons de remettre en question l'ordre établi : on l'a obligé à divorcer, on le pousse à la retraite alors qu'il est en pleine gloire et on met en danger sa vie et celle des autres joueurs en mettant en place des règles de jeu de plus en plus dangereuses. Certains passages de Rollerball basculent dans le comique volontaire, comme cette séquence de la visite du centre abritant l'ordinateur ultime, genre de google omnipotent qui a oublié toute l'histoire Humaine du XIIIe siècle et refuse de fournir les infos. Mais le contraste entre l'action pure brutale et les soirées feutrées de la haute société se répète pendant tout le film, occasionnant un sentiment de redite. 
Rollerball conserve quand même son statut culte, avec de vraies cascades sans écran vert. Grâce surtout à James Caan, tout en testostérone, même sur des patins à roulettes ! Il incarne parfaitement ce sportif dont l'avenir pourrait être radieux, mais qui doit "choisir entre une vie de rêve et la liberté", comme le dit le cynique grand patron de la société d'énergie. Notre héros restera sans aide extérieure, ses seuls véritables amis demeurent ses coéquipiers, qu'il mènera vers la lutte finale !