mardi 31 janvier 2023

Chromosome 3

Une progéniture turbulente

(The Brood - 1979 - Réalisé par D. Cronenberg) ****

Frank Carveth, père divorcé, vient chercher sa fille de 5 ans qui a passé un week-end avec sa mère traitée pour ses troubles psychologiques dans un institut spécialisé. Il assiste à une session publique où le Dr Raglan fait une démonstration de sa méthode de soin peu orthodoxe. De retour à la maison, Frank constate que son enfant a le dos couvert de traces de coups.

Il y a des films que ma génération n'a pu découvrir qu'à la télé, car nous étions trop jeunes au moment de leurs sorties en salles : Alien, L'Exorciste, Massacre à la tronçonneuse... Chromosome 3 fut un traumatisme aussi puissant pour moi que les chefs-d’œuvre cités, lors de mon premier visionnage à la téloche, jeune ado. Ses petits monstres au visage anguleux, surgissant dans les endroits intimes ou familiers (dans la cuisine, sous le lit, à l'école !) et d'une sauvagerie inouïe, sont une des créations les plus marquantes dans le genre.
David Cronenberg atteint ici la maitrise de son histoire et de sa mise en scène, après des débuts prometteurs mais fauchés (Frissons, Rage).
Le film fonctionne en tant que pure production horrifique et traite aussi un sujet grave. Le supplément d'âme vient des interprètes et d'un scénario plutôt gonflé, aux multiples niveaux de lecture. La mère maltraitante est sublimement incarnée par l'actrice Samantha Eggar, en quelques séquences elle fait exister ce rôle exalté qui aurait pu facilement basculer dans le ridicule. La révélation finale grandiloquente est un choc esthétique et moral très malaisant. Le père est à la fois victime et combatif, reflet de ce qu'à véritablement enduré Cronenberg lors de son divorce mouvementé. Il vit le cauchemar de tout parent, savoir son enfant en danger sans pouvoir agir légalement. On peut y trouver un écho moderne, où la haine virtuelle anonyme des réseaux sociaux peut s'acharner sur un individu et finir par se concrétiser dans le réel, sans contrôle légal.
A ce casting parfait s'ajoutent des sous-textes qui vont au-delà du simple film d'épouvante. L'auteur voulait montrer son expérience d'une séparation qui se passe mal, en donnant le mauvais rôle à la mère plutôt qu'au père. Le fiel de cette femme paumée trouve malgré tout une explication et cette douleur incontrôlable sera sans doute transmise à sa descendance, à la vue du dernier plan du film. On peut y voir aussi une critique des sociétés occidentales des années 70, promptes à fonder de nouveaux dogmes basés sur des "sciences" balbutiantes. Le Docteur Raglan,
sous le regard perçant d'Oliver Reed, est la personnification de ces apprentis-sorciers appliquant des méthodes douteuses sur des cobayes à leur merci, avec des résultats catastrophiques.
Le mélange des genres, entre drame familial, film Fantastique,
body horror âpre et thriller psychologique, est la signature de la "patte" Cronenberg avec ses thèmes de prédilection obsessionnels. Cette histoire très personnelle permet au cinéaste d'assoir le style qui va l'imposer comme un artiste unique pour les décennies qui suivront.

dimanche 18 décembre 2022

Spectre / Mourir peut attendre

 

Un présage du destin de Bond ?

Spectre (2015 - Réalisé par S. Mendes) ***
 
En pleine Fête des Morts à Mexico City, Bond élimine un chef terroriste pour venger la mort de sa chef M. Dans l'affrontement il récupère une bague portant le symbole de l'organisation mystérieuse qu'il poursuit : Spectre. 

Que faire après avoir produit l'un des meilleurs Bond de l'Histoire ? Une fois remis sur les rails notre 007 peut enfin s'attaquer à cette mafia mondiale qui tire les ficelles depuis plusieurs épisodes. Pour l'occasion on ressort - attention Spoiler ! - le méchant des films des années 60, Blofeld. Dans une mise en scène très théâtrale toute en ombres et chuchotements, avec des complices de Spectre infiltrés partout, on retrouve une ambiance parano de guerre froide. Comme à de multiples reprises au cours de la saga, l'ami James va trouver le grand amour en la personne de Madelaine, psy et accessoirement fille d'un membre de Spectre. 
Si les séquences d'action restent spectaculaires, le profil du
bad guy principal manque un peu de substance. Son destin est intimement lié au héros, dans une histoire familiale qui n'a jamais été évoquée auparavant. Blofeld utilise son pouvoir de nuisance quasi illimité à l'ancienne : speechs à rallonge, dispositifs de torture très compliqués, repaire immense jamais découvert par aucun service secret. La pilule passait il y a 50 ans, moins en 2015. 
 

Mourir peut attendre (No time to die - 2021 - Réalisé par C. J. Fukunaga) **

Quelque temps après l’arrestation du leader de Spectre, Madeleine et James se reposent en Italie. En visitant la tombe de Vesper Lynd, Bond est la cible d'une attaque des sbires de Spectre. Soupçonnant sa fiancée de l'avoir trahi, il s'enfuit et disparaît pendant 5 ans.

Condenser en 2h40 une sortie digne de ce nom pour le dernier Bond de Daniel Craig, un challenge de taille. Pour ma part le choix le plus curieux des scénaristes est d'avoir mis de côté le grand méchant introduit dans l'épisode précédent, Blofeld, avec une chance de nous donner une ultime confrontation pour solder leur passé. A la place on nous sort une nouvelle menace qui fait passer Spectre pour des petits truands du dimanche. Cela s'accompagne de plusieurs entorses au mythe Bond, qui perd son légendaire matricule 007 au profit d'une collègue (qui finira par lui rendre - tout ça pour ça !), lutte contre le MI6 responsable d'une potentielle catastrophe virale mondiale et se fait balader par Madelaine qui ne cesse de lui cacher une vérité qui paraît pourtant évidente. Le final est cruel pour notre héros, la saga "Craig" se conclue amèrement.

samedi 3 décembre 2022

On se calme et on respire par le nez, un Guide SPIRIT ISLAND pour les novices

 
par l'Esprit serviable "Aspirant Calfeutré Bienfaiteur Des Arpettes"
 
Vous contemplez votre plateau de Spirit Island, le regard perdu dans la multitude de petites figurines blanches qui se sont accumulées tour après tour sur votre île. Le prochain ravage provoquera votre perte, une fois de plus. Submergé par les envahisseurs et la désolation, vous écumez le web à la recherche d'une solution (vidéos how to play, forums d'aides, sites de rencontres). 

Qui vous sauvera sur ce Titanic ? Qui sera le Jack de votre Rose ?

Plus qu'une bouée de sauvetage, vous avez besoin d'apprendre à nager dans les eaux peu tranquilles entourant votre île. Et surtout, comprendre ce qui se trame derrière ce jeu en apparence si simple. 


Pour reprendre vos Esprits, cliquez sur la suite.

jeudi 28 juillet 2022

The Batman

 
"Qui a pété ?"

(2022 - The Batman - Réalisé par M. Reeves) ***
Un justicier solitaire, se faisant appeler Batman, fait régner la terreur parmi la pègre de Gotham. Mais en pleine période d'élection, le mystérieux "Riddler" assassine le maire.
 
Encore une fournée "Batman", comme tous les quatre ans. Rien de nouveau, on perpétue la lignée lancée par Christopher Nolan en 2005, à savoir une version ultra-réaliste et hyper-déprimante de notre héros à grosse voix. Ce nouveau film de près de 3 heures est d'ailleurs une sorte de condensé de la trilogie Nolanienne, en moins efficace. On y retrouve le même arc narratif pour Bruce Wayne, figure sombre du "vigilante" façon fantasme d’extrême-droite, un riche citoyen qui se fait justice lui-même et lutte contre son trauma d'enfance, dans une ville corrompue jusqu'à la moelle. On essaie d'imiter la folle performance de Heath "Joker" Ledger dans Dark Knight, avec un Paul Dano qui joue son Riddler comme son rôle dans "There will be blood". On pioche également dans la thématique de Dark Knight Rises (aussi reprise dans le Joker de 2019), avec un message de complotisme généralisé des élites contre le peuple et un méchant qui soulève une troupe de laissés-pour-compte pour affronter le système dominant. Tout baigne dans le manichéisme le plus élémentaire, dans une ambiance quasi-permanente de nuit poisseuse et de décors délabrés sous une morne pluie.
Le scénario sauve les meubles, c'est le point fort de cet épisode. On nous épargne une énième séquence sur la mort des parents Wayne et la "fausse" vie de milliardaire de Bruce, pour plonger directement au cœur du sujet dès le début du film. Batman est déjà une figure connue et redoutée des criminels, ses activités "officielles" de milliardaire ne sont pas montrées. En tant que justicier masqué il va être la cible de plus en plus évidente d'un psychopathe qui va patiemment mener notre héros à douter, au cours d'une enquête où les convictions des uns et des autres s'écroulent. La performance de Robert Pattinson, encore plus "mâchoires serrées" que Christian Bale chez Nolan, aide à faire passer la pilule d'une production trop étirée en durée.
Le reste du casting est un sans faute qui soutient cette lourde démonstration de dépression générale, de Catwoman au Pingouin en passant par Falcone, chacun jouant une note unique mais parfaitement tenue.

jeudi 23 juin 2022

Matrix Resurrections

L'élu unique est plusieurs.
 
(2021 - The Matrix Resurrections - Réalisé par L. Wachowski) ***
En explorant dans l'ancienne Matrice la fameuse séquence où Trinity affronte des agents dans un hôtel, la jeune Bugs découvre un moyen de réveiller Neo pour le sortir de sa prison virtuelle. Ce dernier est en effet amnésique, vivant sa vie sous son identité de Thomas Anderson, programmeur vedette d'une grande trilogie de jeux vidéo appelée... Matrix !

Les lois du commerce étant ce qu'elles sont, ce n'était qu'une question de temps pour qu'un remoot (remake/reboot) de Matrix surgisse. Lana Wachowski et la Star Keanu Reeves sont parvenus à repousser l'échéance le plus loin possible, mais un nouvel épisode était... inévitable (That's the sound of inevitability, comme disait l'agent Smith), il fallait ressusciter les morts pour régurgiter la même rengaine. Que faire alors, lorsqu'on a déjà tout dit dans sa trilogie mais qu'on ne veut pas l'abandonner ? Œuvre "Meta" par excellence, voilà donc l'occasion de faire un commentaire sur ce qui s'est passé depuis Matrix Revolution dans l'industrie des blockbusters États-uniens (contrôlés par Marvel/Disney depuis 15 ans).
L'auteure abandonne malheureusement ses ambitions en terme de mise en scène. Planqués derrière une histoire qui dédouble l'élu en deux entités féminin/masculin, on ne retrouve pas les combats chorégraphiés étourdissants d'il y a 20 ans, le "bullet time" ayant été plagié jusqu'à la nausée. Notre Néo est bien fatigué, son reflet dans le miroir montre un vieux type chauve, une manière de transgresser la figure Disneyienne de Superhéros synthétiques et asexués. Il traverse le film en état d'hébétude permanente, son rôle consistant à comprendre qu'il n'est rien sans Trinity et d'aller la secourir dans le monde "réel" afin qu'elle accomplisse sa destinée (exactement l'inverse de la trilogie). Bref, on sent bien que cette revisite n'est qu'un prétexte.
Le scénario est une mise en abyme torturée : Néo est retourné a son état initial dans le monde virtuel, il est Thomas Anderson et avale une pilule bleue chaque matin ! On se délecte de quelques séquences de réunions "brainstorming" bien cyniques où les commerciaux de Warner Bros préparent l'épisode IV de leur franchise (ce qui doit correspondre parfaitement à ce qu'à dû endurer Miss Wachowski pour ce film). Trinity a tout oublié, elle aussi, elle est une mère de famille qui fréquente le même café que notre pauvre héros (quel hasard !).
On s'amuse à repérer le retour des figures connues de la saga : Morpheus (sa pilule rouge et son dojo d'entrainement), l'Agent Smith alias le Boss, l'Architecte réincarné en psy d'Anderson, Niobe qui poireaute depuis 60 ans dans le "vrai" monde, Sati l'enfant indienne rencontrée dans Matrix Révolutions... Tous sont en mode auto-référence, dans des versions plus ou moins parodiques. Les tropismes d'un produit cinématographique moderne de consommation de masse sont moqués : personnages unidimensionnels (il faut voir le Mérovingien gueuler qu'il reviendra se venger dans le prochain film), affrontements manichéens, prédominance des images de synthèse, intrigue faussement alambiquée. 
Et au service de quoi ? Le fil ténu sur lequel marche les scénaristes les oblige a chercher constamment un équilibre qui ne satisfait pas grand monde au final. Osciller entre les messages méta-philosophiques, la nostalgie, les commentaires sur l’œuvre dans son époque et les money-shots grand spectacle, ça provoque quelques satisfactions pour le spectateur réceptif mais confirme un sentiment de superficialité. Ce qui, comme je le disais en intro, est sans doute ce que voulait raconter ce Matrix Résurrections. 22 années ont passé depuis l'épisode fondateur, l'heure n'est plus à la critique du "système" et au choix entre réalité et illusion : les pilules rouges ou bleues ont depuis été assimilées politiquement. Le discours du film se déplace donc vers l'importance de faire sens pour retrouver ce qui compte au final, la sincérité d'une autrice qui veut nous parler d'une histoire simple et vraie : l'Amour éternel entre deux êtres humains.

vendredi 22 avril 2022

Playlist Gainsbourg/Gainsbarre (58-87)

Playlist on SPOTIFY

Le Poinçonneur des Lilas   (Du chant à la une! - 1958)
69 Année érotique   (Jane Birkin - Serge Gainsbourg - 1969)
L'homme à tête de chou   (L'homme à tête de chou - 1976)
Lola Rastaquouère   (Aux armes et cætera  - 1979)
Glass securit   (You're under arrest - 1987)
Chez max, coiffeur pour homme   (L'homme à tête de chou - 1976)
Transit à Marilou   (L'homme à tête de chou - 1976)
Initials B.B.   (Initials B.B. - 1968)
Ronsard 58   (Du chant à la une! - 1958)
Qui est "In" qui est "Out"   (Initials B.B. - 1968)
Flash forward   (L'homme à tête de chou - 1976)
Aéroplanes   (L'homme à tête de chou - 1976)
La nostalgie camarade   (Mauvaise nouvelles des étoiles - 1981)
Sorry angel   (Love on the beat - 1984)
Chez les yé-yé   (Gainsbourg Confidentiel - 1963)
La Javanaise  (N°4 - 1962)
Premiers symptômes   (L'homme à tête de chou - 1976)
Variations sur Marilou   (L'homme à tête de chou - 1976)
12 belles dans la peau   (Du chant à la une! - 1958)
L'hôtel particulier   (Histoire de Melody Nelson - 1971)
Aux Armes et Cætera   (Aux armes et cætera  - 1979)
Sous le soleil exactement   (Compilation "Comic Strip" - 1997)
Meurtre à l'extincteur   (L'homme à tête de chou - 1976)
Lunatic Asylum   (L'homme à tête de chou - 1976)
Requiem pour un con  (B.O. "Le Pacha" - 1968)
Mon légionnaire   (You're under arrest - 1987)

jeudi 24 février 2022

Dune (2021)

Parés pour le trek.
(2021 - Dune Premier Volet. Réalisé par D. Villeneuve) ***
Dans le futur, Arrakis est une des planètes les plus convoitées, la seule sur laquelle on trouve l'épice, substance démultipliant les facultés mentales et prolongeant la vie humaine. Lorsque la Maison Atréides est chargée par l'Empereur de remplacer les Harkonnen pour la dangereuse exploitation de l'inestimable drogue, elle se doute qu'un piège sournois se referme sur elle.

Ce premier volet trouve un bon équilibre entre l'introduction d'un nombre assez conséquent de personnages et la mise en place d'une intrigue impossible à résumer en un seul film (voir l'essai chaotique de Mister Lynch en 1984). Celles et ceux ayant apprécié la maitrise technique et les partis pris visuels du réalisateur sur Blade Runner 2049 et Premier contact seront en terrain connu. On retrouve ce rythme différent des blockbusters, il autorise la contemplation et invite à l'introspection au détriment de l'action pure souvent vide de sens. C'est justement ce dont a besoin un roman comme Dune, l'auteur Frank Herbert touchant des thèmes écolo sous le prétexte d'une ample saga science-fictionesque. L'être humain et sa relation au monde qui l'entoure restent au cœur des enjeux. L'harmonie instaurée par la tribu Fremen au sein d'une nature extrêmement hostile se heurte à l'exploitation à l'échelle industrielle d'une ressource rare par un fief brutal et cupide. Si le message vous paraît naïf et rabâché, c'est sans doute parce qu'il date de plus de 50 ans mais reste d'actualité.

Ce premier chapitre au cinéma bénéficie de la virtuosité de la mise en scène pour faire passer les manigances politiques pas très passionnantes, mais on comprend que cette lutte de pouvoir est secondaire. Le destin du jeune Paul Atréides ressemble furieusement à celui d'un certain Luke Skywalker, il découvre ses capacités psychiques hors norme sur une planète désertique et fait face à un empire menaçant. La suite des événements montrera la montée en puissance de la "rébellion" des Fremen face aux troupes de l'Empereur... Rappelons que le cycle de Dune a été écrit et publié bien avant le scénario de Star Wars !

mercredi 5 janvier 2022

ETHERFIELDS (Jeu de société)

Etherfields - Awaken Realms

Dès son apparition en Kickstart durant l'été 2019, Etherfields m'a intrigué au plus haut point. Un jeu narratif situé dans un monde onirique, des mécaniques basées sur l'exploration de paysages changeants au fil des découvertes, du deck building évoluant au cours d'une longue campagne, toutes les cases étaient cochées pour me faire cliquer sur Pledge. 

Avance rapide en décembre 2021. La sortie en V.F, décalée de plus d'un an par rapport à la V.O, arrive enfin dans nos chaumières. Un beau bébé de 5 Kilos au design ésotérique très soigné, avec ses centaines de cartes et de tuiles, ses figurines alambiquées et son plateau géant accompagné d'un manuel de règles plutôt dense.
 
La plongée dans cette expérience unique tient-elle ses promesses ? Ai-je rêvé ?
 

mardi 7 décembre 2021

Kaamelott - Premier Volet

Ne m'appelez pas Sire.
 
(2021 - Réalisé par A. Astier) ***
En 484 le royaume de Logres est dirigé par l'intraitable Lancelot, aidé de mercenaires Saxons. Le despote pourchasse les derniers chevaliers de la table ronde, au premier rang desquels Arthur, disparu depuis dix ans.

Je ne doute pas de la maitrise d'Alexandre Astier concernant une saga dont il est le géniteur et le principal artisan depuis 15 ans. Au fil des six saisons de Kaamelott on a vu évoluer son savoir-faire et on a apprécié son ambition et son intransigeance pour garder son cap coûte que coûte, faisant passer le format très court et purement comique des débuts à des épisodes de comédie dramatique en moyen-métrages lors de la saison finale. Mais -après une intro comme ça, il faut un "mais"- je ne suis pas entièrement satisfait de ce premier volet. 
L'arc narratif qui va servir de structure à cette trilogie en devenir s'articule sans doute comme cela : le retour d'Arthur, ses combats contre les forces adverses pour reconquérir et conserver son trône et la conclusion de sa quête pour trouver le Graal, qui devrait être à la fois un achèvement personnel et plus globalement une élévation spirituelle des peuples du monde. 
En partant dix ans après les faits racontés dans la dernière saison, ce premier volet doit simultanément présenter la situation actuelle et introduire les innombrables personnages aux néophytes, tout en établissant où ils en sont depuis tant d'années pour celles et ceux connaissant la série. Il doit aussi faire avancer une intrigue comportant quelques nouvelles têtes tout en résolvant les interrogations laissées en suspens depuis 2010. Voilà une tâche ardue !
 
L'auteur s'en sort sur certains points, ce qui est déjà une prouesse en soi, surtout qu'il est à la fois l'acteur principal, le scénariste et réalisateur du film et le compositeur de la B.O. Il n'a pas lésiné sur les moyens pour proposer un grand spectacle avec des paysages et des décors luxuriants, jusqu'à l'excès pour les costumes carnavalesques des Burgondes ou l'armure-carcan un peu trop métaphorique de Lancelot, par exemple. Concernant les caractères, pour la plupart ils souffrent malheureusement d'un côté unidimensionnel, faute de temps pour les affiner vu la quantité de personnages à assimiler en deux heures. Beaucoup jouent leur note unique sur le mode "fan service", avec les répliques classiques piochées parmi les dizaines d'heures de la série.
Mister Astier pose les bases de Kaamelott au cinéma, des fondations sans surprises majeures mais qui trouvent quand même le temps de prendre connaissance des forces en présence, d'explorer un trauma de jeunesse d'Arthur et de lui permettre (enfin) de se rapprocher de Guenièvre. On espère que le prochain épisode sera aussi ample dans sa réalisation mais plus épique dans son scénario, qu'il utilisera notamment les puissances occultes dévoilées à la toute fin de ce premier volet.

samedi 6 novembre 2021

TEOTIHUACAN (Jeu de société)

Teotihuacan - Pixie Games
 
Nous embarquons pour le Mexique, à une époque où la civilisation Maya règne sur le continent. Teotihuacan, alias la Cité des Dieux, était la plus grande ville dans l'Amérique précolombienne entre -100 et +700 de notre ère (merci Wiki).

Dans cet immense terrain de jeu composé de multiples temples et zones de travail, vous allez gérer une petite troupe d'ouvriers pour acquérir les ressources nécessaires à la construction du plus important édifice culturel et religieux, une immense pyramide qui trône au cœur de Teotihuacan. 
La collecte du Cacao permettra de satisfaire vos travailleurs et les ressources en or, pierre et bois vous aideront à fabriquer et décorer les constructions. Mais la tâche sera ardue, sous la double pression de concurrents qui feront tout pour s'attirer les faveurs des Divinités et d'un compte-à-rebours de sinistre mémoire, le calendrier Maya (vous savez, celui qui avait prédit la fin du monde pour 2012).

Par Tlahuizcalpantecuhtli, Dieu de l'Aurore, mettons-nous de suite au boulot !

vendredi 1 octobre 2021

UNDER FALLING SKIES (Jeu de société)

Under Falling Skies - CGE / Iello

1981, j'insère une pièce de 1 Franc dans la borne d'arcade Galaxian. Un monde nouveau s'ouvre à moi.
2021, je me procure Under Falling Skies pour la somme modique de 29€. Un monde ancien me revient.

D'abord simple jeu gratuit Print and Play sur le forum Board Game Geek, auréolé d'une solide notoriété auprès d'un cercle restreint d'aficionados, UFS est bien vite repéré et remanié pour bénéficier d'une sortie commerciale amplement justifiée. 
Le concept est limpide : recréer en jeu de plateau un des genres les plus en vogue dans l'Histoire du Jeu Vidéo, le shoot'em up vertical. Un écran fixe, des aliens bien alignés en haut descendant vers votre vaisseau qui ne peut se déplacer qu'horizontalement pour leur tirer dessus. Au fil des clones, chaque nouvelle version offre toujours plus de possibilités en conservant l'efficace postulat de départ.

Mais comment, par la Sainte Trinité Space Invaders-Galaxian-Galaga, un jeu de plateau peut-il simuler un shooter antédiluvien ?! 

mercredi 18 août 2021

TRICKERION (Jeu de société)

Trickerion - Mindclash Games
 
A l'âge d'or de la discipline Reine de l'illusion sur scène, dans la Capitale Magoria s'affrontent les prétendants à la succession du meilleur d'entre eux, Dahlgaard. Les multiples représentants des quatre grandes écoles de Magie vont devoir user de leur savoir-faire et de leurs ressources pour apprendre des tours inédits, acheter le matériel requis, recruter le personnel nécessaire, afin de préparer et monter leur spectacle devant le public. 
 
Avec Trickerion nous partons dans l'univers intrigant des tours de magie du temps jadis. Une époque où le public s'émerveillait encore devant des types en costards qui sortaient des lapins de leur chapeau haut-de-forme, sciaient en deux leurs assistantes et disparaissaient dans une malle des indes. Les deux auteurs ont eu la riche idée d'adapter ce concept aux jeux de plateau en général et au placement d'ouvriers en particulier, dans une compétition acharnée entre prestidigitateurs/tateuses rappelant furieusement "Le Prestige", film de Christopher Nolan de 1995.

Et de prestige il sera beaucoup question, puisque votre objectif est d'amasser fortune et gloire, à grands coups d'abracadabrantesques numéros de passe-passe.
 

samedi 14 août 2021

Freddy - L'intégrale (Saga "Les Griffes de la Nuit")

Avec Freddy, épilation rapide garantie

Les griffes de la nuit (A nightmare on Elm street - 1984 - Réalisé par W. Craven) ****
La revanche de Freddy (A nightmare on Elm street Part 2: Freddy's revenge - 1985 - Réalisé par J. Sholder) **
Freddy 3 : Les griffes du cauchemar (A nightmare on Elm street 3: Dream Warriors - 1987 - Réalisé par C. Russel) ****
Le cauchemar de Freddy (A nightmare on Elm street 4: The Dream Master - 1988 - Réalisé par R. Harlin) ***
Freddy 5 : L'enfant du cauchemar (A nightmare on Elm street: The Dream Child - 1989 - Réalisé par S. Hopkins) ***
La fin de Freddy : L'ultime cauchemar (Freddy's dead: The final chapter - 1991 - Réalisé par R. Talalay) *
Freddy sort de la nuit (Wes Craven's new nightmare - 1994 - Réalisé par W. Craven) ****

lundi 9 août 2021

Possessor

Vivre avec une influenceuse dans la tête, le cauchemar ultime

(2020 - Réalisé par B. Cronenberg) ***
Tasya Vos est membre d'une organisation criminelle particulière. Pour approcher et tuer facilement ses cibles, elle utilise une technologie d'avant-garde permettant d'infiltrer le cerveau d'un proche de la victime, afin d'en prendre le contrôle. Vos est une experte dans son domaine mais ses incursions dans les corps d'autrui commencent à la troubler, le processus l'oblige à "suicider" ses proies pour redevenir elle-même.

Le papa David, responsable de quelques uns des plus mémorables films de mon adolescence (La mouche, Chromosome 3, Scanners, Vidéodrome, Faux-semblants), peut être fier de sa progéniture. Le fiston Brandon semble prendre un chemin identique avec son second film (après Antiviral, anticipation imaginant un monde où la mode est de s’inoculer les mêmes maladies que les Stars !). Même ambiance sombre et déphasée avec quelques images gores chocs, thématiques semblables questionnant le corps et les sciences d'avenir. La méthode narrative du jeune auteur-réalisateur pousse encore plus loin les expérimentations à l'écran, avec des séquences oniriques à l'esthétique unique. Le film parvient à créer un présent alternatif crédible, fait d'objets et de décors rétro-futuristes originaux.
Sous couvert d'un thriller au rythme lent, le scénario aborde les troubles de l'identité, en ses temps où on se cache derrière un écran, protégé par un alter ego factice. Tasya maintient une façade de normalité lors des contrôles psychologiques auxquels elle est soumise par sa collègue mais en situation le vernis craque lorsqu'elle incarne une autre personnalité, comme une représentation intense de la maladie de la schizophrénie. Cette exploration pousse le bouchon de la mise en abyme jusqu'à la limite, lorsque l'auteur précipite les spectateurs dans la même confusion que les deux protagonistes principaux. Le final est dans la droite ligne de la signature "Cronenberg", imprévisible et laissant une multitude de questionnements.

jeudi 17 juin 2021

WINGSPAN (Jeu de société)


Wingspan - A tire d'ailes - Stonemaier Games
 
Si vous en avez marre de conquérir des territoires, plein le uc de trucider des ennemis à la chaîne, plus qu'assez de courir les hexagones, il est un jeu de société qui vous offrira zénitude et volupté des sens. Ce jeu, c'est Hippo-Glouton.
Heu, non.
 
C'est Wingspan. Même s'il se déroule très classiquement en mode compétition entre 1 et 5 joueurs, la thématique insolite et le matériel surprenant font de Wingspan une des productions les plus intrigantes et rafraichissante de ces dernières années. Vous y incarnez une ou un ornithologue, ces cinglés des bêtes à plumes qui observent et collectent des infos sur les oiseaux dans leur milieu naturel. 
 
Vos objectifs varient d'une partie à l'autre mais le but final est toujours d'attirer diverses espèces dans votre réserve et utiliser leur comportement et mode de vie pour maximiser votre score et être sacré(e) meilleur(e) spécialiste.
 
Volons à tire d'ailes vers plus de détails.