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jeudi 21 avril 2016

Prince (1958-2016)


Here come the Purple Yoda !


Quelques titres à (re)découvrir : Playlist sur Spotify

Lady Cab Driver ("1999")
100 MPH ("Originals")
Computer Blue - Hallway Speech ("Purple Rain")
Condition of the Heart ("Around the world in a day")
The Ballad of Dorothy Parker ("Sign 'O the times")
Shhh ("The Gold Experience")
Old friends 4 sale ("The Vault...")
Rainbow Children ("The Rainbow Children")
Joy in Repetition ("One Nite Alone... Live!")
Colonized Mind ("LotusFlow3r")
Laydown ("20TEN")
Breakfast can wait ("Art Official Age")
Xtraloveable ("HITnRUN - Phase Two")

mardi 21 octobre 2014

Art Official Age - PLECTRUMELECTRUM (2014)

Dans notre série "J'y crois pas, Prince a sorti deux albums le mois dernier !", voici venu le temps de...




Art Official Age (2014)


Art Official Cage
Clouds
Breakdown
The Gold Standard
U Know
Breakfast can Wait
This could Be Us
What it feels like
Affirmation I and II
Way Back Home
FunkNRoll
Time
Affirmation III


Sérénité.
Jouer avec les nerfs de ses fans est un procédé coutumier chez Prince. On ne compte plus les projets restés derrière les portes closes du "Vault" et les annonces montagnesques accouchant d'une souris. Après avoir lentement fait monter la mayonnaise pendant près d'un an et demi en teasant jusqu'à plus soif son album Rock réalisé en collaboration avec son nouveau groupe 3rdEyeGirl, puis après s'être rabiboché avec sa maison de disques historique Warner pour annoncer la sortie d'un "Purple Rain" remastérisé, Prince a dégainé son ultime surprise de 2014 : un nouvel album solo.
Pas trop tôt, quatre ans qu'on poireautait !

Art Official Age est une petite révolution en soi puisque c'est la première production solo de l'artiste où on ne retrouve pas le fameux "Produced, Arranged, Composed and Performed by Prince". Signe que Mister Nelson a finalement compris, après 35 ans de carrière, qu'il devait laisser les manettes à plus jeune pour gagner en modernité. Qu'on ne se trompe pas cependant, même si la co-production est créditée à Joshua Welton et 3rdEyeGirl, A-O-A reste d'abord et avant tout un album de Prince, qui est l'auteur de tous les titres.


La preuve est que lorsqu'il se laisse trop aller vers le jeunisme, cela donne le boursouflé "Art Official Cage", titre d'introduction façon Eurodance, truc imbitable tentant vainement d'imiter Lady Gaga. On frémit à l'idée que le reste de la bouteille soit du même tonneau, fort heureusement on comprend rapidement qu'il s'agit d'une erreur de casting dans un album à l'ADN essentiellement composé de Ballades R&B contemporaines. 

La majorité des chansons est parsemée de cette rythmique cool, un chouia nonchalante, s'évadant parfois vers l'ambiant planante. Les textes enjoignent l'auditoire à savoir prendre son temps pour apprécier les choses simples, telles qu'un baiser dans le cou de sa dulcinée ("You should never underestimate the power of a kiss on the neck, when she doesn't expect" in Clouds), paresser tranquillement avec elle ("I need some time to rest, I need some time with you" in Time) et pourquoi pas lui mettre un p'tit coup vite fait avant de partir au boulot ("The only thing that I've been hoping for is before you go to work babe, we get it on" in Breakfast can wait). Sacré Prince, on ne se refait pas.

Le noyau est donc nappé de R&B Soul paisible autour duquel gravite quelques électrons libres comme "Breakdown", "The Gold Standard" et "Funknroll". Le projet est une réussite, après les brouillons constitués par MPLSound et 20ten on a vraiment le sentiment d'un projet abouti et tenu sur la longueur avec un son plus "actuel". La raison, on l'a dit, est que Prince a délégué un peu de la production. Mais aussi (surtout !) qu'il a laissé mûrir son inspiration pendant plusieurs années, fait rare chez lui. 

La pochette de Art Official Age le montre devant un ciel bleu dont les nuages sont quatre vinyles flous. En y regardant de plus près, l'amateur éclairé distingue le disque "Purple Rain". Le message, alors qu'on fête les 30 ans de ce monument ? Laissez le passé là où il est, profitez donc de mon actualité pendant que je suis vivant.

Avec "Clouds", "Breakfast can wait" et "Time", Prince prouve qu'il sait toujours enfanter des titres modernes, aux airs qui restent accrochés aux tympans et aux rythmes prenant le contrôle de vos pieds. Dans "Clouds" le commentaire sur notre ère connectée est désabusé, listant les malheurs du Faux et du Virtuel ("When life's a stage, in this brand new age / How do we engage? / Bullying just for fun / No wonder there's so many guns"). Pour y échapper Prince s'imagine dans 45 ans dans un "endroit où le temps n'a plus cours, sain et sauf". Mais avant de rejoindre l'au-delà, il compte bien profiter des plaisirs terrestres. 

"Breakfast can wait" prend une tournure nettement sexuelle lorsqu'il implore sa bien-aimée de s'occuper de sa gaule matinale : "Can't stop even if the police come / You can't leave a black man in this state / Prince is in charge now", une vraie chaudasse sa Majesté. 

Il remet ça dans "Time", duo narrant le petit jeu romantico-pervers entre une jeune femme et lui, Fatigué d'être le chat ou la souris, le morceau se termine sur une supplique pour en finir avec cette solitude qui le poursuit de "party full of drunken fools" en "dirty hotel room" : "I think I need you to be my girl / travel with me around the world". Construit comme des vagues successives de nappes synthétiques, entêtantes à force de revenir à l'infini, le titre semble générer une dynamique comme un mouvement perpétuel.


Les deux chansons les plus intrigantes et réussies de l'album sont les slows ambiant "U Know" et "Way back home". Basé sur une mécanique rythmique ultra efficace enduite d'accords au piano et de sonorités électro-groovantes, la première chope immédiatement l'auditoire. Repompée d'un vieux sample jadis donné à une protégée, "U Know" contient un texte cryptique. 

En surface on se trouve en présence d'une bizarrerie, l'obsession d'un homme pour un précieux "trésor", sans qu'on sache de qui ou de quoi il s'agit. En filigrane la chanson aborde les relations contractuelles conflictuelles de Prince avec Warner Bros, la maison de disques avec laquelle il vient de renouer des liens après 20 ans de bisbilles. L'auteur y raconte son départ et son retour dans le giron du mastodonte, employant pléthore de métaphores pour éviter les poursuites judiciaires. C'est le combat de sa vie d'artiste, faire reconnaître les droits des auteurs, compositeurs et interprètes face aux comptables et aux commerciaux des Majors. 
Beaucoup moins politique, mais flottant dans une atmosphère similaire, "Way Back Home" et son épilogue "Affirmation III" replonge dans un mysticisme bien connu chez notre homme. Même habillage électro-cool captivant, rappelant cette fois le bruit d'un cœur en échographie, comme une naissance à venir. Partant d'un constat amère ("I never wanted a typical life / scripted role, huh...trophy wife"), Prince sait que son passage sur Terre n'est qu'une étape avant de revenir à sa source : lui-même. Ainsi il décrit la vie terrestre comme la séparation du corps et de l'esprit, non seulement par rapport aux autres, mais aussi à soi. La vie éternelle qu'il défend ardemment depuis des lustres trouve son explication dans les dernières lignes de l'album : "Remember there really is only one destination and that place is U, All of it, everything, is U". La thérapie est terminée, c'est 60 Euros, merci et à bientôt.

Les deux derniers titres à retenir notre attention sont des productions typiquement Princières. "Breakdown", chanson de rupture, pare à l'essentiel. Voix de tête haute qui fini en cris, piano solo rejoint en douce par toute l'orchestration, rythmique comme une boule d'angoisse dans la poitrine. C'est du lourd, la séance de spiritisme convoque "Condition of the Heart" et "The Beautiful Ones", fantômes savoureux, c'est vous dire la puissance.

L'implosif "FunkNRoll" revient à la party-song traditionnelle, celle sans laquelle un album de Prince n'en serait pas vraiment un. Une tension intrinsèque parcoure les premières minutes, construite sur un rythme binaire répétitif en crescendo, jaillissant lors d'un final qu'on ne se lasse pas d'attendre. Sempiternelle question : qu'est-ce qui est le meilleur dans la jouissance, l'orgasme ou les minutes qui le précède ? Réponse avec FunkNRoll : on ne saura jamais. Repassons-nous donc le morceau une centième fois, histoire de revérifier.

Prince reste et restera à tout jamais un mystère, une terre de contraste ;- ) Capable d'enchaîner les prods les plus tiédasses pendant des années, semblant se désintéresser d'une l'industrie musicale vaincue par le numérique, le voila qui resurgit, serein, avec deux projets Studio bétons.
A la fois tuteur et élève il est revigoré par les 3rdEyeGirl, sang neuf enrichissant Art Official Age et coup de sang énergisant PlectrumElectrum, l'album Rock qu'on attendait depuis longtemps. Et pour les éternel(le)s scrogneugneus(es), il reste toujours le remaster de Purple Rain.







PLECTRUMELECTRUM (2014)

WOW
PRETZELBODYLOGIC
AINTTURNINROUND
PLECTRUMELECTRUM
WHITECAPS
FIXURLIFEUP
BOYTROUBLE
STOPTHISTRAIN
ANOTHERLOVE 
TICTACTOE
MARZ
FUNKNROLL


Pygmalion et ses 3 Galatée.
De mémoire de fans on n'avait jamais vu ça. Quatre ans sans sortir un album, une douloureuse première pour Prince dans une carrière débutée en 1978. Après le gentil "20ten" en 2010, prolongement en roue libre du "MPLSound" de 2009, l'Artiste a épuisé son stock de titres nostalgiques replâtrés. Il tient toujours le haut de l'affiche en Live mais il est dans l'impasse coté Studio. 
Un jour il jure que l'Internet et son Youtube ne sont qu'une passade, le lendemain il peste contre la lourdeur de l'industrie musicale "traditionnelle" incapable de suivre l'instantanéité du Web. Bref, Papy Nelson débraye du carafon, mais on est habitué.

Le bout du tunnel apparaît fin 2012 lorsque l'homme dégaine une de ses pirouettes dont il est friand. Débarquent trois donzelles, fraîches comme la rosée du matin, unies sous le mystérieux nom de groupe "3rd Eye Girl". Les fans de mauvaise augure prédisent aux inconnues une destinée semblable aux autres créatures jonchant le long parcours professionnel du Pygmalion de Minneapolis : vidées de leur mojo par le Prince Vampire.
Mais au cours de l'année qui suit on constate que les forces en présence s'équilibrent, en concert le "Power Trio" revitalise méchamment le vioque, l'arrache à ses gimmicks pour qu'il se réinvente encore. Une résurrection, une de plus, spécialité de notre Roger. "PlectrumElectrum" est l'aboutissement de ce renouveau Rock.

WOW, premier titre de l'album, confirme les faits sous la forme d'une confession. Oui, Prince s'est mangé une claque aux cotés de Hannah, Donna et Ida ("I don't know what came over me // It's starting all over again"). Il nous le fait savoir en reprenant cette chanson qu'il avait composée pour une autre, Liv Warfield, donnée quelques mois auparavant sous le nom "The Unexpected". La version PlectrumElectrum est moins caressante, annonçant clairement le projet. Elle se termine sur un éclat brillamment démonstratif qui fait décoller la navette, direction le firmament. 
Après cette prise d'élan prometteuse, petit ogre a faim de Rock pur. Le plat est servi saignant et sans garniture avec les trois titres suivants, "PRETZELBODYLOGIC", "AINTTURNINROUND" et "PLECTRUMELECTRUM". C'est le quart d'heure électrique qu'on espérait plus chez le Funkster. Ce bonheur évident de mettre les doigts dans la prise, besoin récurrent depuis "Bambi" jusqu'à "Dreamer", en passant par "Electric Chair" et "Zannalee". Jalonnés de solos de 6-Cordes comme des fusillades de Six-Coups, ces trois morceaux humbles et limpides replacent les envolées survoltées au cœur du sujet.
Même si la voix d'Hannah Welton-Ford est un peu forcée sur AINTTURNINROUND, le plaisir candide qu'on ressent à l'écoute fait passer la pilule. Prince fait plus que s'inspirer du trio féminin qu'il a réunit autour de lui. Le groupe participe activement à la création, les "3rdEyeGirl" sont créditées à l'écriture de tous les titres, allant jusqu'à intégrer ses propres compositions musicales comme c'est le cas de la solide instru PLECTRUMELECTRUM de Donna Grantis.

Les thèmes abordés sont assez éloignés des traditionnels prêches et chansons d'amour. "PRETZELBODYLOGIC" conte la vie d'un groupe en tournée, passée sur les tarmacs d'aéroports, constamment en décalage horaire, jouant sur un double-sens pas toujours subtil ("Cutie-pie driver said, Get inside! / Another limousine about 2 get load", vous la sentez, l'allusion graveleuse ?). "AINTTURNINROUND" est un message de motivation personnelle, résumé par le couplet "Maybe the hand UR looking 4 is at the end of your arms". On déniche d'autres éruptions guitaristiques disséminées dans le reste de la galette. L'excellent "FIXURLIFEUP", qui fut avec "Screwdriver" l'un des titres diffusés largement avant la sortie de l'album, reprend une thématique identique à "AINTTURNINROUND" : "Don't worry about what the crowd does / Just worry 'bout being good at what u love".

ANOTHERLOVE, plus calme mais véritable perle de l'album, a la trempe d'un Classique Princier. Avec ses faux airs de ballade tranquillou, l'examen des paroles indique que nous sommes en présence d'une ode torturée à la "I hate U", l'implacable rupture jouée façon tragédie Grecque, "Je ne t'aime plus, moi aussi" agonisant dans un solo volcanique. Déjà entendu ? pour sûr ! Mais c'est une des spécialités du Maestro, ne boudons pas notre satisfaction. 
Seul MARZ provoque la frustration dans sa version studio. Vu la durée du titre (1'48), on imagine que c'est une volonté du pervers pépère, qui se régale de son vilain tour lorsqu'il défouraillera la version Live de ce teaser Punk en forme de coitus interruptus. 
Fort heureusement il est suivi de la reprise Rock de "FUNKNROLL", titre présent sur l'autre album "Art Official Age". Plus joyeuse que l'original, cette version Jump Jump! limite Rockabilly nous transmet sa patate, sa banane et sa pêche (ne reste plus qu'à trouver deux fruits et légumes et vous êtes paré pour la journée). Manière de conclure l'album de la meilleur façon qui soit, sur un sourire.

Entre ces vigoureux déballages, quelques respirations bienvenues viennent aérer une atmosphère chargée d'électricité. Le sympathique BOYTROUBLE (étonnant boulot sur le flow) et la petite perle STOPTHISTRAIN permettent de reprendre notre souffle, avant de se retrouver pris dans les filets de leur mélodie innocente mais entêtante. 
Les plus marquantes des ballades restent WHITECAPS et TICTACTOE, anecdotiques lors des premiers rendez-vous, dont le charme agit rétroactivement pour qu'on ait envie d'y revenir, encore et encore, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive qu'on en est tombé amoureux. La séparation d'un couple, ou plus généralement la disparition d'un être cher, les "whitecaps" du titre sont les ondes formées sur l'eau comme le souvenir d'un événement douloureux qui va lentement s'atténuer, si le vent ne s'en mêle pas. 
L'énigmatique TICTACTOE aborde le même sujet mais nécessite un décodage. On penche pour notre part à un petit règlement de compte avec son ex Mayte. Pourquoi remuer ses souvenirs de 15 ans d'age ? Le temps qui passe n'est qu'un concept pour Mister Nelson. Plusieurs allusions dans les paroles mènent à Mayte Garcia, avec qui Prince a carrément annulé son mariage. Sous l'apparente guimauve mélodique se cache donc une gentille vacherie.

PlectrumElectrum est le cadeau qu'on n'attendait plus de Prince. C'est pratiquement un sans-faute, du jamais vu dans un album Princier depuis "The Rainbow Children" de 2001. Le Plectrum étant le nom savant du médiator, servant à gratter les cordes des instruments de musique, et l'Electrum un alliage d'Or et d'Argent, on voit clairement le message des auteurs. 
Cette démangeaison de la gratte est un missile ciblé au plexus, l'ossature basiquement Rock rafraîchi par sa simplicité d'accès, chez un artiste qui a quelquefois tendance à alourdir ses compositions. Il décontenancera certainement les admirateurs et trices du versant R&B de l'artiste. Ceux-là devront s'abreuver à l'autre fontaine, "Art Official Age", d'une approche plus complexe et moderne. Pour les autres, les aficionados de Fender, PRS et autres Hohner qui rongeaient leur frein depuis 30 ans, orphelin(e)s éploré(e)s de "Let's go crazy", vous pouvez sortir les déambulateurs et les sonotones, vous êtes servi !

samedi 13 octobre 2012

Love Symbol (1992)

Dans notre série "Chroniquons un album de Prince 20 ans après sa sortie", voici venu le temps de...




"Love Symbol" (1992)


 My Name is Prince
Sexy M.F.
Love 2 the 9's
The Morning Papers
The Max
Blue Light
I Wanna Melt with U
Sweet Baby
The Continental
Damn U
Arrogance
The Flow
7
And God created Woman
3 Chains o' Gold
The Sacrifice of Victor




Les années commerciales.
Entendons-nous bien. "Love Symbol" (ou O(+> , mixage des symboles mâle/femelle) est un album de businessman, un assemblage de titres créés pour "marcher", selon une formule de roublard bien connue de Prince. Tout cela a fonctionné à merveille avec "Batman" et "Diamonds and Pearls", la tentation de continuer sur la lancée est forte, d'autant plus qu'un contrat mirobolant avec sa maison de disques pousse l'artiste et son groupe New Power Generation à la surenchère.
Et surenchère il y a. Conçu initialement comme une saga au vague parfum d’Égypte antique, "Symbol" devait prendre la forme d'un concept-album Opéra-Rock, avec des airs de "Phantom of Paradise" façon Brian De Palma. Rappelons que dans ce film de 1974, un compositeur défiguré, dissimulé sous un masque, vendait son âme au Diable pour faire chanter sa muse, la frêle Phoenix. 
On trouve des vestiges de ce délire dans les interludes entre les chansons, où une journaliste tente d'interviewer la Star à la voix déformée. L'homme se fait passer pour un certain Victor et écrit un opéra pour sa nouvelle conquête, une princesse du Caire (qui n'est autre que Mayte, jeune danseuse des N.P.G. et future première femme de Prince). 

Symbol se veut une démonstration de savoir-faire de l'artiste avec une collection de titres dans tous les styles en vogue de l'époque. Le résultat est une confirmation que Prince n'est pas à son affaire avec le Reggae (le gentillet "Blue Light"), la Dance Technoïde (le raté "I wanna melt with U") ou la ballade Jacksonienne (le terrifiant "Sweet Baby"). 
Non, le Funkster n'est décidément pas fait pour l'imitation. 

Tout juste parvient-il à produire des parodies réussies. Dans "My name is Prince" il reprend le style et les tics vocaux de son vieux concurrent, Michael Jackson l'auto-proclamé King of Pop, pour mieux le basher ("My name is Prince, I don't wanna be King, Cuz I've seen the top and it's just a dream"). Dans "3 Chains o' Gold" c'est au Rock grandiloquent de Queen période "Bohemian rhapsody" qu'il s'attaque, avec ses parties chantées comme dans les comédies musicales. Encore et toujours une histoire de rupture amoureuse, poussée à l'extrème également dans le texte ("So evil girl if one of us has a date with the undertaker, which one will it be? / If one of us has 2 go, you will go before me") 
Vue au second degré, la farce fonctionne.

C'est lorsqu'il s’attelle à son pêché mignon que Prince redevient captivant. On se réjouit d'un "Sexy MF", R and B classieux, punchy et bravache, ou "7", envolée mystique semblant échappée de l'album "Lovesexy". D'un coté on retrouve des lyrics délicieusement tendancieuses ("I get hard if the wind blows your cologne near me"), de l'autre le prêche habituel à la vie meilleure qui nous attend une fois mort ("There will be a new city with streets of gold, The young so educated they never grow old"). 
On savoure aussi les ballades, sur "Symbol" l'artiste atteint le point culminant de sa science du groove romantique avec "Love 2 the 9's", "Damn U" ou "And God created Woman". Garanties sans excès de guimauve, l'éloignant de la sobriété des premières compositions qui étaient principalement des thèmes au piano, ces titres courts finement charpentés alternent joliment avec le gros son Pop-Rock qui réveille le reste de l'album. Ainsi, malgré la présence de la voix "rappeuse" de Tony M, les solides "The Max", "Arrogance / The Flow" et "The sacrifice of Victor" assurent le show, même si on est loin des prises de risques et de la fantaisie singulière de la décennie précédente. Ce dernier titre contient d'ailleurs quelques confessions surprenantes -car rares- sur la possible enfance de Prince, où il est question d'une naissance difficile et d'épilepsie jusqu'à l'age de 7 ans ("I was born on a blood stained table, Cord wrapped around my neck, Epilectic 'til the age of 7, I was sure heaven marked the deck"). Il y raconte aussi la fin de la ségrégation raciale qu'il vécut en 1967 ("1967 in a bus marked public schools, Rode me and a group of unsuspecting political tools"). 

Album conventionnel soufflant l'excellent et le médiocre, "Love Symbol" est sauvé par la qualité de sa production. Moins tape-à-l'oeil que le précédent, "Diamonds and Pearls", il résiste bien mieux au passage du temps et reste le meilleur exemple du "son" Prince du début des 90's.

dimanche 20 novembre 2011

The Rainbow Children (2001)

Dans notre série "Mais que faisait Prince il y a 10 ans", voici venu le temps de...




The Rainbow Children (2001)

Rainbow Children
Muse to the Pharoah
Digital Garden
The Work Pt 1
Everywhere
The Sensual Everafter
Mellow
1+1+1=3
Deconstruction
Wedding Feast
She loves me 4 me
Family Name
The Everlasting Now
Last December


Retour aux sources.
Après une douloureuse tentative de come-back bien foirée (l'album "Rave Un2 the Joy Fantastic" en 1999), il était temps pour O(+ de reprendre sa véritable identité, dans tous les sens du terme. Revoilà donc Prince, arborant à nouveau son patronyme originel, débarrassé des sons de chambre froide, qui aborde le 21e siècle avec ce qu'il sait faire de mieux : un concept-album qui nous emmène loin. 
Coté inspiration il embarque dans ses bagages les trois Rois Mages, Hendrix, Santana et Miles Davis, pour les invoquer tour à tour au fil des instrumentaux et des solos. Une harmonie Jazz imprègne tout l'album, donnant à l'ensemble une atmosphère chaleureuse qu'on avait plus entendu depuis des années dans les productions Studio de l'artiste.
The Rainbow Children forme un tout cohérent, une épopée qu'il est nécessaire d'écouter dans son intégralité, comme "Lovesexy" en son temps. La voix du narrateur, Prince en low pitch, conte à la manière d'une légende biblique la naissance d'une nouvelle nation, celles des "Rainbow Children". Les textes s'articulent autour d'une fable spirituelle, un récit homérique qui amalgame histoire personnelle et Grand Dessein du Divin.

Dès le premier titre on est immergé dans cette moiteur cool, saxophones et guitares électriques qui courent sur une composition Soft-Jazz, un charme inné où tout coule de source. On s'aperçoit que les personnages mis en scène dans les textes trouvent tous un écho dans la vie de Prince. "The Wise One", c'est lui, évidemment. Et son ex-femme, Mayte, est celle qui succombe : "As prophesied, the Wise One and his woman were tempted by the Resistor. He, knowing full well the Wise One's love 4 God, assimilated the woman first and only." Voila donc la faute originelle, une "tentation" indéfinie à laquelle Mayte n'a pu résister et qui fut la cause de son départ (divorce en 1999). 

Muse to the Pharoah offre un tempo décontracté auquel il est difficile de ne pas s'abandonner. La rythmique easy accompagne une swing mélodie, les paroles célèbrent l'avènement d'une nouvelle inspiratrice (ou impératrice ?), la future de Prince. 
Mais bientôt cet idéal est bousculé par une force négative, les Bannis sont de retour. Dans "Digital Garden", sorte d'interlude délivré comme dans une bande originale de film, rafales guitaristiques à l'appui, voila les bienheureux Wise One et sa promise cernés dans leur palais. Les Bannis saccagent le monde et répandent le mensonge, ils demandent réparation pour leur temps passé auprès du Wise One. Il est intéressant de noter que Prince fait référence aux médias, qu'il affuble des sobriquets moqueurs "whosepapers", "hellavisions" et "scagazines", comme faisant partie des Bannis diffusant la tromperie. Magnanime, le Sage les absout, les Bannis retournent à MendaCity (littéralement "La Cité de la Calomnie"). 

Vient l'heure de la reconstruction. Dans "The Work", titre Funky à souhait, notre Sage s’emploie à diffuser la bonne parole, en clair le sermon, à chacun. "This work is not an easy task, But this is the work we must do 4 Revelation 2 come 2 pass", voila donc le loup sorti du bois. Il s'agit bien d'un prêche façon Témoins de Jéhovah, auquel Prince vient justement d'adhérer par l'entremise de Larry Graham, autre célèbre musicien depuis longtemps adepte. Mais pour l'amateur de musique, le projet est sauvé par la qualité de composition et ce ton inédit qu'on n'avait pas encore entendu chez l'artiste. Un croisement accompli entre Jazz-Rock et rythmiques tendance Sud-Américaines.

La Félicité est proche, Prince chante sa joie et son amour retrouvé dans "Everywhere" et "The Sensual Everafter" ("Without God it wasn't there, Now I feel it Everywhere", "2 all his good brothers the Wise One spoke highly of his Muse"). Le premier titre, Gospelien dans l'âme, est une sorte de une ballade exaltée. Il est suivi d'un instrumental sous influence, très abouti.

Dans "Mellow" l'auteur revient au doux groove irrésistible, avec un idée beaucoup plus précise de ses intentions ("Can I sing 2 u while u bring urself 2 joy? I'll go slow at first, while u quench ur thirst, Wet circles round the toy, While u bring urself 2 joy"). On se croirait revenu au bon vieux temps lubrique de "Dirty Mind". 
Impression confirmée par le titre suivant, le génial "1+1+1=3" où l'amateur reconnaît une vieille amie, la guitare version "high pitch" du vénérable "Erotic City", Grand Classique Nelsonien. Le retour aux fondamentaux est définitivement là, nous sommes à la source du MPLS Funk, authentifiée par la voix Camillesque. C'est le retour des Bannis, qui tentent un dernier raid sur le château. Heureusement, la science Funkesque du Wise One les repousse.

La victoire est fêtée dans "Deconstruction", superbe instrumental dans la lignée de "Sensual Everafter", et "Wedding Feast", petit entracte comique célébrant le mariage du Sage et de sa Muse, devenue Reine. 
On passe sur la ballade manquée "She Loves me 4 me", nouvelle déclaration enfiévrée à sa récente conquête où Prince nous fait une poussée de parano ("This one I can tell all my secrets 2, I don't have 2 make her swear she would never tell anywho"), pour arriver devant un client sérieux. "Family Name" s'ouvre par une longue introduction où s'associent concept New Age (les Annales Akashiques, ésotérisme basé sur la philosophie Indienne) et démonstration politique rhétorique. Le narrateur dissèque le processus menant à la prise de conscience d'une minorité supposée, lorsqu'elle se découvre des similitudes avec d'autres pour devenir majoritaire. 

Par la suite le titre, sous l'apparente innocence d'une chanson Pop-Rock, dénonce les changements de patronymes imposés aux esclaves noirs et fustige les faux représentants de Dieu sur Terre ("Preacher, preacher, is it true? That Jesus wants me 2 give my money 2 the likes of u?"). Une pratique courante dans l'argumentaire des Témoins de Jéhovah, qui rejette toutes les autres religions, nouvelle preuve indiscutable que les références de l'artiste y sont piochées. Autre exemple : "Devil, devil what u know? U been here since 1914, but now u got 2 go". Selon le mouvement 1914 est la date du début de la destruction de la Terre par Satan.
Les arguments sont ambigus, Prince ne cite que des noms Juifs dans ses exemples (Rosembloom, Pearlman, Goldstruck), puis il conclut par la retransmission du fameux message de Martin Luther King, "I have a dream". Curieuse ambiance.

Moins équivoque, et tout aussi réussi sur le plan strictement musical, "The Everlasting Now" accélère le rythme pour un autre sermon pêchu, plus ouvert ("Share the truth, preach the good news, Don't let nobody bring u down"). 
L'album se conclu sur "Last december", où l'on retrouve les envolées Gospel entendues précédemment, sur des paroles synthétisant le message global du Wise One. "When the truth arrives, Will u b lost on the other side?", toujours sous ascendant des Jéhovah qui croient que 144 000 fidèles seront sauvés et monterons au Paradis, le reste de la population restant sur Terre lors du Jugement dernier. 

The Rainbow Children symbolise la résurrection de Prince, après une série d’évènements personnels douloureux (mort de son bébé en 1996, divorce en 1999). On peut faire abstraction de son message hautement religieux pour n'en garder que l'essentiel : sa musique. Cette grandiose fresque constitue le meilleur de Prince, sa renaissance artistique, et reste un des rares albums Studio de la période 1998-2008 totalement réussi.

mercredi 24 mars 2010

LotusFlow3r / MPLSound / Elixer (2009)

Dans notre série "Ressortons un album de Prince de l'an dernier", voici venu le temps de...



LOTUSFLOW3R – MPLSOUND - ELIXER (2009)
(3-CD Set)


From the Lotus...
Boom
The morning after (Internet version) / Crimson and clover (CD version)
4Ever
Colonized Mind
Feel better, feel good, feel wonderful
Love like Jazz
77 Beverly Park
Wall of Berlin
$
Dreamer
...Back to the Lotus


(There'll never B) Another like me
Chocolate Box
Dance 4 me
U're gonna C me
Here
Valentina
Better with time
Ol' Skool Company
No more candy 4 U


Here eye come
All this love
Home
Something U already know
Everytime
2Nite
Another boy
Kept woman
Immersion
 Elixer



L'album en kit.
Après une série d'albums que l'on qualifiera pudiquement de très moyens, d'où émerge quelques fulgurances noyées dans des ressassements pénibles, la légende Prince ne tient plus que par ses nombreuses apparitions Live. Entre 2004 et 2007, de Las Vegas à Londres, l'artiste abreuve le grand public de tournées de Hits et les fans d'aftershows emplis de raretés et de reprises mémorables. C'est à s'en déboîter les esgourdes de plaisir. 
On pense alors faire définitivement une croix sur un album Studio tenu de bout en bout. Comme d'hab avec le Sieur Nelson, les certitudes ne durent qu'un temps. En Mars 2009 un pavé triple-CD se téléporte sur le site LotusFlow3r.com. 

Le projet LotusFlow3r est constitué de 3 albums possédant chacun sa tonalité propre : Rock pour LotusFlow3r, Funk pour MPLSound et Ballade pour Elixer.

Le premier, le plus réussi du lot, est une suite inavouée de "The Rainbow Children". On y retrouve les instrumentaux psyché-planant ("From the lotus" et "Back to the lotus") et tout l'héritage Rock totalement assumé avec la prédominance des guitares sur "Colonized Mind", "Boom", "Wall of Berlin", "Crimson and Clover" (reprise d'un Classique de 1968) et "Dreamer" (copie du Voodoo Child Slight Return de Hendrix). L'armada Rock est complétée par des incursions Jazzy, tels "Feel better, feel good, feel wonderful" ou "$".
Les textes mystiques sont toujours de mise, dans "Boom" Prince poétise sur la Vie, l'Univers et le Reste, philosophant avec son habituel méli-mélo religieux ("If the sunrise is still a question, The answer's in the dark"). La mélodie aérienne alterne avec le refrain électrique solidement ancré au sol, une vraie merveille. Le même principe s'applique au puissant "Colonized Mind", le message politique se faisant nettement plus direct ("The one in power makes laws, Under which the colonized fall, but without God it's just the blind leading the blind"). L'auteur dresse un triste bilan de ce début de 21e siècle par le prisme de sa vision religieuse intransigeante : il fustige pèle-mêle le "principe" de l'évolution (juste une théorie selon les créationnistes !), l'isolement et la déresponsabilisation provoqués par la dématérialisation, le système politique à deux partis des USA ("une illusion de choix proche du fascisme", carrément !). Et, pour terminer en apothéose, il dénonce la procréation assistée et/ou l'adoption par les couples homos : "Upload: a child with no father, Download: no respect 4 authority. Upload: a child with no mother, Download: a hard time showing love". Pour sûr, on est loin de "Sign O the Times" et son "Let's fall in love, get married, have a baby"...
Le paroxysme est atteint sur "Dreamer", plagiat Hendrixien jouissif où revient sur le tapis le combat pour l'égalité sur fond de psychose conspirationniste ("Have u ever clutched the steering wheel Of ur car 2 tight? Prayin that the police sirens pass u by at night? While the helicopter circles and the theory's getting' deep, Think they're spraying chemicals over the city while we sleep?"). Encore un peu et il balançait sur le 11-Septembre ;-)
On l'aura compris, mieux vaut se focaliser sur la musique que sur les paroles ! 

L'album "MPLSound" est le versant Electro/Funk du projet, sur lequel plane l'ombre envahissante du mythique "1999". Le timbre rythmique synthétique, ce son typique de "LM-1 Drum Machine" exploré jusqu'à la moelle par l'artiste dans son age d'or (les 80's), imprègne chaque titre de "MPLSound". On pourrait parler de passéisme, on préférera le terme de réinvention. Après tout, cette marque de fabrique est copyrightée Prince depuis 30 ans !
Le souci avec ce trip rétro-futuriste vient justement de la comparaison avec les anciennes productions. Une bonne moitié des chansons se perd dans une sensiblerie déplacée, reste trop sage. On cherche ce grain de nuts qu'on avait perçu jadis, aujourd'hui absent des roucoulades "U're gonna C me" et autres "Better with time". Lorsqu'on subit le raté "(there'll never B) Another like me", on se dit qu'effectivement il souffre de la confrontation avec l'orfèvre de "Purple Rain" et on a envie de crier à l'ami Roger un salvateur let's go crazy man !
Heureusement quelques perles échappent au control-freak en offrant un tempo imparable et des textes beaucoup moins lourds que la partie Rock. "Dance 4 me" et "Valentina" en guise d'apéro, où l'on se remémore le bon vieux temps des Funkadelics "D.M.S.R." et consorts, avant de lâcher le groove électro-métallique "Chocolate Box" et le grand méchant loop "Ol'Skool Company". Les thématiques ne changent pas, de la party song calibrée juste comme il faut sans se prendre la tête, avec un soupçon d'actu ("Fat cats on wall street, They got a bailout", voila pour la crise financière) et une bonne dose de "c'était mieux avant", nostalgie qui sied à l'ambiance sonore ("The songs we sing, They used 2 mean somethin, Now every other one is just mean"). Le tout servi avec quelques vantardises habituelles, "I got a box a chocolates that'll rock the sox of any girl that wanna come my way" ou bien "Oh Valentina tell ur mama she should give me a call" (chanson adressée à la fille de l'actrice Salma Hayek).

Dernier album du trio, "Elixer" ("He licks her", c'est clair ?) complète l'ensemble par une rasade de ballades doucereuses. Galette écrite et produite par Prince et dédiée toute entière à sa nouvelle égérie, Bria Valente, il est déconseillé d'écouter l'album d'une traite sous peine d'overdose mielleuse. Sa voix caressante ressemble à celle de n'importe quelle chanteuse R&B en vogue et les paroles de Prince ne laissent aucun doute sur son rôle fantasmé, celui d'une superbe créature se nourrissant d'amour et de quelques gorgées d'eau fraîche, attendant son homme en rêvassant au bonheur d'être une déesse, pour se faire gourmander langoureusement la nuit venue (*hum* je prends mes pilules roses et je me calme).
"R u gonna get soft when I want 2 play rough?", "What we used 2 do Makes me wanna Take a shower And just lose myself in a fantasy", "He takes my breath cuz he takes his time, He takes my soul, body and mind, He takes what he wants and that's just fine", "Thinking 'bout the love we make, Boy it's true I had some trouble walking". Résumons : Madame provoque Monsieur, se tripote sous la douche, lui autorise toutes les cochonneries et fini par avoir du mal à marcher ! ;-) 
L'intérêt principal d'Elixer est de permettre d'en picorer quelques chansons pour les insérer dans un album idéal, assemblé à partir des trois CD du projet LotusFlow3r. Une sorte de menu "Best Of" à géométrie variable selon son humeur, une production virtuelle faite maison dont je vous livre ici ma recette perso :

LotusMPLixer

From the Lotus... (*)
Boom (*)
Feel better, feel good, feel wonderful (*)
Elixer (***)
Dance 4 me (**)
Valentina (**)
Colonized Mind (*)
Wall of Berlin (*)
$ (*)
All this love (***)
Crimson and Clover (*)
Ol' Skool Company (**)
Chocolate Box (**)
Something U already know (***)
Dreamer (*)
...Back to the Lotus (*)

(*) Album LotusFlow3r, (**) Album MPLSound, (***) Album Elixer

samedi 13 juin 2009

Exodus (NPG) (1995)

Dans notre série "N'oublions pas que Prince sort aussi des albums sous d'autres noms", voici venu le temps de...



Exodus (NPG) (1995)

N.P.G. Operator Intro
Get Wild
Segue
DJ Gets Jumped
New Power Soul
DJ Seduces Sonny
Segue
Count the Days
The Good Life
Cherry, Cherry
Segue
Return of the Bomb Squad
Mashed Potatoe Girl Intro
Segue
Big Fun
New Power Day
Segue
Hallucination Rain
NPG Bum Rush the Ship
The Exodus has Begun
Outro


Wild and Funky
Tandis qu'il règle ses comptes et aborde quelques sujets sérieux dans "The Gold Experience", The Artist sort en catimini un autre album la même année. Beaucoup plus léger et fun, Exodus est le pendant "festif" de la production Princière de 1995. Planqué derrière un pseudo qui annonce la couleur, Tora Tora, Prince laisse son groupe NPG aux manettes et Sonny T. au chant. Ceci n'empêche pas notre obsédé du contrôle de poser son empreinte sur 99% de la composition des titres et d'assurer la plupart des "backing voices". 
L'ambiance de bringue débridée est présente d'un bout à l'autre de la galette, entrecoupés de sketchs comiques mettant en scène les musiciens du NPG et l'Artiste. Le message d'intro explique le projet, entre pure déconnade et manifeste pour la liberté (The Artist est toujours en lutte contre Warner Bros pour récupérer ses droits) : "Get Free / Get Smart / Get Wild". Puis enchaîne sur la locomotive "Get Wild", le single pêchu embarquant l'auditoire dans le Funky train. Le programme de la soirée est on ne peut plus clair : faire la teuf. 
On savoure un instrumental imparable, "New Power Soul", précédé d'une hilarante entrée en matière. Le NPG Gang, soûlé par la musique naze d'un Club local (on reconnait "Dream Factory", titre de Prince, en fond sonore !), malmène le pauvre DJ et prend le contrôle du dancefloor avec un bijou de savoir-faire Jazz-Groove. Tempo irrésistible, démonstration classieuse de la section Saxos/Trompettes, tout paraît tellement simple avec un groupe qui domine. 
Plus tard "The Good Life", autre trip à la cool, voit le groupe fantasmer sur une vie rêvée à la Marcello Mastroianni dans "La Dolce Vita". Le titre tire vers la Pop mais reste dans le ton avec sa mélodie badine qu'on s'imagine écouter au volant d'une décapotable sous le soleil Californien. 
Return of the Bump Squad garde le cap musical, funky à souhait avec son parfum rappelant les productions "The Time", tout en lâchant quelques sentences de prêches un tantinet lourdingues dans le contexte : "Find a job, lose the herb", "Nothin' can save U, unless his name is God", "Add an E to Rap and it spells Rape". Est-ce du second degré ? Va savoir.

L'ambiance se fait plus lourde sur "Big Fun". Le sketch d'intro est cryptique : un des zikos du NPG découvre une lettre d'adieu de sa petite amie, tandis qu'en fond sonore la TV diffuse un dialogue comique de Prince en mode "gangsta". Le morceau convoque par certains cotés "Gett Off" avec toutefois un tempo plus relax, reprenant les subtiles paroles de dragueur patenté made in Roger ("Psychedelic mama, Tell me girl what's your sign? / U and me should get 2gether / It wouldn't be a waste of time"). 
Le slow de l'album, "Cherry Cherry", bascule presque dans la parodie tant il est musicalement dégoulinant de miel. Mais son texte est l'histoire d'une trahison amoureuse qui se termine par le suicide d'une femme après le meurtre de son ex par son mari. Du second degré digne d'une comédie noire, une petite pique à tous ces chants romantiques aux paroles creuses déjà entendus mille fois. Comme quoi il ne faut jamais se fier à l'air et bien écouter le discours.

Le dernier quart d'heure d'Exodus est un sans faute. Le sketch fendard "New Power Day" conte la journée pourrave d'un Prince en voix trafiquée façon Tony Montana, faisant de mauvaises rencontres dans la rue pour finir par se faire jeter par sa girlfriend portoricaine. Il enchaine sur le superbe "Hallucination Rain", version malmenée du classique "Purple Rain" dans une lente montée psyché-délicieuse qui s'explose la foufoune en bouquet final. 
La conclusion de l'album invoque les spectres de George Clinton et du Parliament Funkadelic. "The Exodus has begun" débute par l'attaque d'un vaisseau spatial, avec encore une parodie de Prince, cette fois en Captain obnubilé par sa conquête du monde par l'entremise de son "Endorphin Machine" (titre Rock présent sur "The Gold Experience"). Le groupe NPG aborde le vaisseau et en prend le contrôle, façon B-Movie des années 60. Le titre est un hymne Funky-Jazzy vigoureux dont le refrain résume le thème de l'ensemble, l'âme éternelle du Funk Noir-Américain : "Generation after generation, the soul will never die // We don't cry, we don't die, we just multiply". Les derniers mots sont une dédicace qui en dit long sur l'état d'esprit de l'Artiste : "This shit is dedicated to the memory of His Royal Badness / I know his name, that muthafuckin' Prince, Rest in peace nigga". Prince est mort et enterré, mais rassurez-vous âmes sensibles, il renaîtra quelques années plus tard !

Comme le précédent album des NPG, Gold Nigga, Exodus est une oasis récréative dans une discographie plutôt sérieuse en générale. La dose d'humour prouve que Prince sait se moquer de lui-même, une facette du personnage qu'on a pas l'habitude de constater dans sa production Studio. Les compos vitaminées sauce 90's qui parsèment le LP en font un album Funk poilant qu'on prend plaisir à réécouter.

dimanche 2 novembre 2008

The Truth (1998)

Dans notre série "Et si on écoutait du Prince en acoustique ?", voici venu le temps de...


CRYSTAL BALL: THE TRUTH (1998)

The Truth
Don't play me
Circle of Amour
3rd Eye
Dionne
Man in a uniform
Animal kingdom
The other side of the pillow
Fascination
One of your tears
Comeback
Welcome 2 the Dawn (Acoustic)


L'album acoustique.
Prince succombe à la mode de l'album acoustique en 1998. Il profite de la sortie de sa compilation "Crystal Ball", recueil de tous les titres qu'il a autorisé à s'évader de son Vault, pour y adjoindre "The Truth", 12 chansons majoritairement composées à la guitare acoustique. Evidemment ce projet Princier n'est pas un traditionnel Best Of de Hits tous nus mais des titres inédits spécialement écrits pour l'occasion intégrant parfaitement le concept.
Cela donne un album folk et blues se focalisant sur les mélodies, obligeant les auditeurs à se concentrer sur cette voix indéfinissable à laquelle nous sommes habitués depuis 20 ans mais que nous oublions parfois face à la virtuosité du gars lorsqu'il aligne les démonstrations de solos de guitare électrique et empile les harmonies complexes dans ses compositions. Cela permet aussi de redécouvrir la qualité de parolier du bonhomme, rarement soulignée dans son oeuvre.
Comme notre homme est espiègle il change les règles au fil des chansons, rajoutant parfois des percutions, voire de discrètes incursions d'autres instruments ou effets vocaux. Mais pour l'essentiel il s'en tient à la promesse de départ : sa voix seule, soulignée par une guitare sèche.

"The Truth" abordent des thématiques habituelles chez Prince, une part importante est accordée à l'amour sous des formes tour à tour romantiques et bien sûr sexuelles. Des Ballades caliente comme "The Other side of the Pillow" dans lequel il se sent tel Clyde avec Bonny ("Bad as Bonny when she ran with Barrow (Clyde), When U kiss me, feels like I'm committing a crime") ou dans "Circle of Amour" où il narre les après-midis chauds de quatre lycéennes -ou peut-être même collégiennes- lorsqu'elles sèchent l'école pour s'adonner aux plaisirs saphiques ("4 hands in the place where the feet connect, Gang of 4, Circle of sex, In the vicious race 2 maturity, They're almost phased from ecstasy"). 
La dose de lyrics osées ne s'arrête pas là. Dans la série des amours contrariées Prince livre quelques témoignages tragi-comiques sur une relation piteuse dans "One of your tears" ("Did U get the tape I sent U? I thought it be better in a song, Better than the used condom U sent me, Baby that was wrong") et sur certaines pratiques originales dans "Man in a Uniform" ("She said 2night I want your violent tongue 2 swallow my stench and be loyal 2 me, She'll never be free, Until U do me like a man in a uniform").

"Comeback" est peut-être un des titres les plus personnels jamais sorti par Prince, en ce sens que les paroles peuvent être interprétées comme un hommage à son bébé décédé quelques jours après sa naissance, en 1996. Prenant la forme d'une courte ballade mélancolique, l'artiste évoque le souvenir d'un être disparu ("Walking up the stairs, Just the afternoon, Sweet wind blew, Not a moment 2 soon, I cry when I realized, That sweet wind was U"). Prince a probablement considéré cette épreuve comme un signe divin, un test de sa Foi face à une douleur qu'on imagine incommensurable. Lorsqu'une personne pense que sa vie est gouvernée par une entité omnipotente, la seule interprétation possible d'un tel drame est limpide : un message clair lui interdisant d'avoir une descendance et la certitude de le revoir dans l'au-delà ("If U ever lose someone dear 2 U, Never say the words their gone, They'll come back").

Dans un versant plus "sociétal", notre Prince quarantenaire assume sa maturité dans "Don't play me", rappelant qui est le Boss ("I've been to the mountain top and it aint what U say, Don't play me, Don't play me, I'm the wrong color and I play guitar, My only competition is, well, me in the past"). Faut pas le chercher, le vieux kid. Il est croyant ("Ultimately the only one That can save U is U, Your God is inside", dans "3rd Eye"), Végétalien ("We're all members of the animal kingdom, Leave your brothers and sisters in the sea", dans "Animal Kingdom") et tout va très bien pour lui, merci, contrairement à l'état global du monde ("The dream U keep dreaming, is better than the life U lead", dans "Fascination").

Tout est résumé dans les titres d'ouverture et de clôture de l'album. Dans la chanson "The Truth" l'auteur nous questionne sur nos paroles et de nos actes, sur notre besoin perpétuel de réponses à des interrogations mystiques insolubles ("What If time's only reason Was to give us all somethin' 2 fear?"). Dans la conclusion "Welcome 2 the Dawn", il nous livre son interprétation, religieuse évidemment, que notre vie sur Terre n'est qu'un passage dont l'issue ne dépend que de notre honnêteté et notre responsabilité ("Every pieces a puzzle and every name a clue, Every charge U make is karma, So be careful what U do"). 

samedi 10 mai 2008

Lovesexy (1988)

Dans notre série "Chroniquons un album de Prince 20 ans après sa sortie", voici venu le temps de...



Lovesexy (1988)

Eye No
Alphabet St.
Glam Slam
Anna Stesia
Dance On
Lovesexy
When 2 R in Love
I wish you Heaven
Positivity


Euphorie mystique.
Enregistré dans la foulée de la crise de conscience après l'abandon du "Black Album" (voir Chronique précédente), l'album "Lovesexy" en est l'exact antithèse. Loin du bruit et de la fureur de sa production avortée, Prince y dévoile une vision glorifiant la pensée positive par le prisme religieux. Pour cela il abandonne tous les codes, en s'éloignant des genres musicaux "classiques" (pas de titres Rock ou Funk) pour inventer une Pop orchestrale mystique, et en osant casser son image pour s'acheter une pureté virginale. Le top du kitch s'affiche sur la pochette, un Prince nu et apaisé, posant parmi les orchidées, masquant un sein comme la Vénus de Botticelli. 

Cette production est parmi les plus personnelles de Prince. Dès le premier morceau, "Eye No", il fait le trait d'union avec ses "égarements" passés et chante sa foi, "I know there was confusion lightnin' all around me, That's when I called His Name, don't you know he found me". On retrouve ces confessions dans "Anna Stesia" ("Save me Jesus, I've been a fool, How could I forget that You are the rule"), titre encore plus intime puisqu'il narre en filigrane l'épisode de sa rencontre avec Ingrid Chavez, sa muse l'ayant convaincu de renoncer au "Black Album" ("And then a beautiful girl the most, Wets her lips 2 say, We could live 4 a little while, If U could just learn 2 smile, U and I could fly away, fly away").

Les mélodies se font complexes, une symphonie de cuivres accompagne des violons synthétisés, souvent rejoints par de bonnes rasades de guitares. Cette fusion explose avec le single de l'album, "Alphabet St.", brillante parodie Pop avec son gimmick Yeah-Yeah-Yeah, élaborée sur une ligne rythmique très travaillée. C'est surtout avec son clip volontairement ringard, où l'on voit Prince danser sur le toit de sa voiture Thunderbird, bardé de signes Peace and Love et de trucages old school, qu'on se dit que cet artiste est définitivement à part. A ce sujet les amateurs auront remarqué ce texte passant de manière subliminale dans la vidéo : "Don't buy the Black Album, I'm sorry".
Les fulgurances harmoniques de "Glam Slam" confirment qu'on est bien en présence d'un concept-album. Mêmes sonorités, mêmes cadences et paroles de prédicateur en extase qu'on retrouvera dans les titres "Lovesexy" et "Positivity". L'artiste loue l'inspiration divine qui le transcende, reprenant ses monologues de personnages aux voix modifiées pour instaurer un dialogue avec son auditoire ("This thing we got - it's alive! It seems 2 transcend the physical", "This feeling's so good in every single way, I want it morning, noon and night of every day"). Ces trois titres sont l'ossature de l'album, une célébration dévote de la joie, qui parcoure l'ensemble de l'oeuvre en mêlant allègrement guitare électrique en sous-main et synthés rappelant un ensemble tantôt Classique, tantôt Jazz.
Le monde extérieur n'apparaît que lointainement, dans l'électrique "Dance On". Et le constat est amère, Prince y condamne l'hyper-violence ("Grenade Launcher roars in a television sky, Tell me how many young brothers must die") et propose de changer la société ("It's time 4 new education, The former rules don't apply").

A noter que dans sa version CD originale, "Lovesexy" n'a qu'une seule plage musicale de 46 mns. C'est une volonté de l'artiste, ayant conçu l'album comme un tout, une épopée cohérente aux enchaînements subtils. A ce sujet l'inclusion de "When 2 R in Love", déjà présent dans le "Black Album" mais évidemment plus à sa place ici, perfectionne le projet. Ce slow romantico-sexuel célèbre l'union physique dans un style Princier comme d'habitude très équivoque ("Let me touch your body 'til your river's an ocean"), signifiant que même si Prince est touché par une épiphanie sur la signification de sa vie il n'en reste pas moins toujours très porté sur la chose.
Avec cette production en dehors des courants musicaux à la mode, Prince s'éloigne du grand public mais gagne en sincérité. Sur "Alphabet St." il parvient une nouvelle fois à sortir un single imparable et unique, une porte d'entrée pour un univers Pop-Culte foisonnant. Le genre d'album-concept qu'on réécoute, encore et toujours, pour découvrir à chaque fois quelque chose d'inédit. C'est suffisamment rare pour faire de "Lovesexy" un album exceptionnel.