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mardi 31 janvier 2023

Chromosome 3

Une progéniture turbulente

(The Brood - 1979 - Réalisé par D. Cronenberg) ****

Frank Carveth, père divorcé, vient chercher sa fille de 5 ans qui a passé un week-end avec sa mère traitée pour ses troubles psychologiques dans un institut spécialisé. Il assiste à une session publique où le Dr Raglan fait une démonstration de sa méthode de soin peu orthodoxe. De retour à la maison, Frank constate que son enfant a le dos couvert de traces de coups.

Il y a des films que ma génération n'a pu découvrir qu'à la télé, car nous étions trop jeunes au moment de leurs sorties en salles : Alien, L'Exorciste, Massacre à la tronçonneuse... Chromosome 3 fut un traumatisme aussi puissant pour moi que les chefs-d’œuvre cités, lors de mon premier visionnage à la téloche, jeune ado. Ses petits monstres au visage anguleux, surgissant dans les endroits intimes ou familiers (dans la cuisine, sous le lit, à l'école !) et d'une sauvagerie inouïe, sont une des créations les plus marquantes dans le genre.
David Cronenberg atteint ici la maitrise de son histoire et de sa mise en scène, après des débuts prometteurs mais fauchés (Frissons, Rage).
Le film fonctionne en tant que pure production horrifique et traite aussi un sujet grave. Le supplément d'âme vient des interprètes et d'un scénario plutôt gonflé, aux multiples niveaux de lecture. La mère maltraitante est sublimement incarnée par l'actrice Samantha Eggar, en quelques séquences elle fait exister ce rôle exalté qui aurait pu facilement basculer dans le ridicule. La révélation finale grandiloquente est un choc esthétique et moral très malaisant. Le père est à la fois victime et combatif, reflet de ce qu'à véritablement enduré Cronenberg lors de son divorce mouvementé. Il vit le cauchemar de tout parent, savoir son enfant en danger sans pouvoir agir légalement. On peut y trouver un écho moderne, où la haine virtuelle anonyme des réseaux sociaux peut s'acharner sur un individu et finir par se concrétiser dans le réel, sans contrôle légal.
A ce casting parfait s'ajoutent des sous-textes qui vont au-delà du simple film d'épouvante. L'auteur voulait montrer son expérience d'une séparation qui se passe mal, en donnant le mauvais rôle à la mère plutôt qu'au père. Le fiel de cette femme paumée trouve malgré tout une explication et cette douleur incontrôlable sera sans doute transmise à sa descendance, à la vue du dernier plan du film. On peut y voir aussi une critique des sociétés occidentales des années 70, promptes à fonder de nouveaux dogmes basés sur des "sciences" balbutiantes. Le Docteur Raglan,
sous le regard perçant d'Oliver Reed, est la personnification de ces apprentis-sorciers appliquant des méthodes douteuses sur des cobayes à leur merci, avec des résultats catastrophiques.
Le mélange des genres, entre drame familial, film Fantastique,
body horror âpre et thriller psychologique, est la signature de la "patte" Cronenberg avec ses thèmes de prédilection obsessionnels. Cette histoire très personnelle permet au cinéaste d'assoir le style qui va l'imposer comme un artiste unique pour les décennies qui suivront.

mercredi 2 novembre 2016

Le triangle du Diable


(Satan's Triangle - 1975 - Réalisé par S. Roley) ***

Des gardes-côtes de Miami sont appelés pour secourir un voilier perdu en mer, en plein milieu du sinistre triangle des Bermudes. Lorsque leur hélico parvient sur place les sauveteurs découvrent une rescapée effrayée et plusieurs morts dont un prêtre pendu au grand mât, la tête en bas.

Imaginez : vous avez 9 ans et passez un dimanche trop paisible chez votre grand-tante. Désœuvré, vous allumez la télé qui n'a que 3 chaînes car vous êtes en 1979. Et vous tombez sur une histoire de possession démoniaque avec des cadavres partout dont un qui flotte en l'air et des gens perturbés qui passent leur temps à sourire de façon super-malsaine. Bonne nuit les petits !
Voila comment un petit téléfilm américain plutôt anecdotique est devenu le cauchemar d'une génération de gamins, en une diffusion sur TF1 un dimanche en fin d'après-midi. On imagine que les censeurs de l'époque ont juste pris soin de vérifier qu'il n'y avait personne à poil et aucune goutte de sang : contrat rempli, OK pour le visa "Tout public". Oh je sais, on va me dire que cette production télé n’effraierait pas même une classe de maternelle de nos jours et que ses effets spéciaux sont risibles (passer l'image en noir et blanc pour simuler les éclairs, par exemple). Et pourtant le charme vénéneux de cette madeleine de Proust maudite fonctionne encore sur celles et ceux qui l'ont vécue en Live, il y a 35 ans de cela. 
Sa durée courte (1h10) évite les longueurs et la structure du scénario est bien vue : la découverte du carnage par les deux sauveteurs, le long flashback lorsque la seule rescapée (Kim Novak, oui, celle des Hitchcock) décrit ce qu'elle a vécu puis le faux dénouement où le garde-côte cartésien explique rationnellement comme de banals accidents tous les faits qui semblaient jusqu'alors surnaturels. Ouf, on va pouvoir dormir tranquille.
C'est là que Satan's Triangle referme sur vous son intrigue implacable par un twist qui vous glace le sang (enfin, si vous avez moins de 10 ans). Le Diable existe et il ressemble à n'importe qui. Il prendra votre âme ou votre vie, qui que vous soyez. *Glups*.
Sympa pour un téléfilm du dimanche, non ?

lundi 29 décembre 2014

Playlist Pink Floyd (Part 1)




Astronomy Domine  (The Piper at the Gates of Dawn - 1967)
Have a cigar  (Wish you were here - 1975)
  Money  (The Dark Side of the Moon - 1973)
Summer '68  (Atom Heart Mother - 1970)
See-Saw  (A Saucerful of Secrets - 1968)  
 Brain Damage / Eclipse  (The Dark Side of the Moon - 1973)
Careful with that Axe, Eugene  (Ummagumma - 1969)
 Wish you were here  (Wish you were here - 1975)
Shine on you Crazy Diamond, Pts. 6-9  (Wish you were here - 1975)
The Great Gig in the Sky  (The Dark Side of the Moon - 1973)
 Echoes  (Meedle - 1971)

mercredi 18 avril 2012

Playlist David Bowie : First Era (69-80)

 


Playlist on SPOTIFY


Space Oddity  (Space Oddity - 1969)
Suffragette City  (The rise and fall of Ziggy Stardust - 1972)
Lady Grinning Soul  (Aladdin Sane - 1973)
Stay  (Station to Station - 1976)
Changes  (Hunky Dory - 1971)
Sweet thing  (Diamonds dogs - 1974)
Sweet thing - Reprise  (Diamonds dogs - 1974)

It's no game (Pt. 1)  (Scary Monsters and Super Creeps - 1980)

Rock'n Roll Suicide  (The rise and fall of Ziggy Stardust - 1972)
Saviour machine  (The man who sold the world - 1970)
Heroes  ("Heroes" - 1977)
Look back in anger  (Lodger - 1979)
Ziggy Stardust  (The rise and fall of Ziggy Stardust - 1972)
Moonage Daydream  (The rise and fall of Ziggy Stardust Live - 1973)
Life On Mars?  (Hunky Dory - 1971)
Somebody up there likes me  (Young Americans - 1975)
Time  (Aladdin Sane - 1973)

Ashes to Ashes  (Scary Monsters and Super Creeps - 1980)


jeudi 6 août 2009

Playlist Queen (70's)



Liar  (Queen - 1973)
Tenement Funster  (Sheer Heart Attack - 1974)
Flick of the Wrist  (Sheer Heart Attack - 1974)
Lily of the Valley  (Sheer Heart Attack - 1974)
Don't stop me now  (Jazz - 1978)
It's late  (News of the world - 1977)
Bicycle race  (Jazz - 1978) 
In the lap of the Gods  (Sheer Heart Attack - 1974)
The Prophet's Song  (A night at the Opera - 1975) 
Somebody to love  (A day at the races - 1976)
Fat bottomed girls  (Jazz - 1978)
 Now I'm here  (Sheer Heart Attack - 1974)
We Will Rock You  (News of the world - 1977)
Nevermore  (Queen II - 1974)
The march of the Black Queen  (Queen II - 1974)
Funny how love is  (Queen II - 1974)
Killer Queen  (Sheer Heart Attack - 1974)
Long Away  (A day at the races - 1976) 
More of that jazz  (Jazz - 1978)
Bohemian Rhapsody  (A night at the Opera - 1975)

vendredi 26 juin 2009

Buffet froid


(1979 - Réalisé par B. Blier) *****

Alphonse Tram devise avec un inconnu dans une gare RER déserte. Plus tard il retrouve l'homme agonisant, poignardé avec le propre couteau qu'Alphonse avait négligemment perdu. Paniqué il rentre chez lui dans une grande tour vide, retrouver sa femme. Bientôt quelqu'un vient sonner à la porte, l'inspecteur Morvandieu.

Quand Bertrand Blier est en forme et que ses acteurs le sont aussi, cela donne l'un des films les plus impalpables du cinéma Français. Situations imprévisibles, dialogues surréalistes, toute la marque de fabrique ironique du fiston Blier, épaulé par le trio de Monstres Papa-Depardieu-Carmet, mis au service d'une démonstration obscure qui tient le spectateur en éveil, le fait marrer doucement ou le choque gentiment. Les décors austères de la vie moderne, grands ensembles écrasants et banlieues pavillonnaires désertes, ou forêt majestueuse et lacs immenses endormis, sont peut-être les personnages principaux du film, tandis que gesticulent et babillent les pauvres hères, courant tous vers notre destin commun : une belle jeune femme qui s'appelle la Mort. Autant en rire.

mercredi 14 novembre 2007

Voyage au bout de l'enfer

(The Deer Hunter - 1978 - Réalisé par M. Cimino) ***** (2 DVD)

La vie d'un groupe d'amis, ouvriers travaillant dans l'aciérie de la ville, entre les parties de chasse, les soirées au pub et le futur mariage de Steven. Ce dernier doit ensuite partir avec Michael et Nick pour le Vietnam.

Une référence dans le genre encombré des témoignages sur le Vietnam. Une fresque de 3 heures qui va au cœur de l'Humain mais aussi au plus profond de la bestialité. Une première partie nous plonge dans le quotidien de ses hommes, dressant un portrait de la mentalité 70's par de subtiles touches. Passé cette première heure on quitte brutalement le monde civilisé pour découvrir la sauvagerie de la guerre.
Les scènes des soldats captifs dans le camp sont parmi les plus intenses jamais vues au cinéma. Quiconque a vu le film se rappellera éternellement les extraordinaires Walken, Savage et de Niro face au jeu morbide de la roulette russe imposé par l'ennemi. Le destin des 3 potes est dévoilé dans le dernier acte, le retour à la vie civile, avec toujours cette finesse d'analyse et le jeu parfait de cet incroyable casting. Chacun saura apprécier le final ambigu suivant ce qu'il aura compris du film, c'est la marque des grands réalisateurs que de laisser ce choix.

mercredi 6 décembre 2006

Massacre à la Tronçonneuse

(The Texas Chain Saw Massacre - 1974 - Réalisé par T. Hooper) **** Edition Définitive 2 DVD

Texas, années 70. Par un été torride un cimetière est horriblement profané. Sally, une jeune femme accompagnée par son frère handicapé physique et trois amis, se rend sur les lieux pour voir si la tombe de son grand-père n'a pas été touchée.

Expérience éprouvante quand on le découvre adolescent, "Massacre" est un film d'horreur unique en ce sens qu'il est le premier à avoir montré une violence extrême réaliste, sans avoir recours au fantastique comme prétexte (pas de morts-vivants, pas d'aliens) ou à l'excès de gore comme surenchère (du genre Italien comme "Cannibal Holocaust"). Cela place le spectateur en position inconfortable, puisqu'il est plongé dans un univers strictement identique à la vraie vie, sans artifices auxquels il pourrait se raccrocher. La mise en scène renforce le coté réel, donnant un aspect "documentaire" dans la façon de filmer. La grande force de "Massacre" est son ambiance résolument glauque (images et sons) et ses scènes coup de poing dans lesquelles on imagine plus qu'on ne voit. Il y a aussi un contexte social qui en fait plus qu'un simple "slasher movie" de type "Vendredi 13" ou "Freddy". "Leatherface" et sa famille n'ont pas survécu économiquement à la modernisation de la région, et c'est ce qui aura provoqué leur lente descente dans cette démence destructrice.
Mais n'allons pas trop loin dans l'analyse politique, Massacre à la tronçonneuse est avant tout un chef d'oeuvre du film d'horreur, avec en prime quelques passages d'humour noir libérateurs. Le final hystérique du repas de "famille" est une séquence d'anthologie, en particulier pour l'interprétation de Marilyn Burns alias Sally, au bord de la folie pure.

mercredi 4 octobre 2006

Joël Séria - Coffret (2006)

Coffret : Joël Séria (2006) : Mais ne nous délivrez pas du mal (1971) *** + Charlie et ses deux nénettes (1973) * + Les galettes de Pont-Aven (1975) **** + ...Comme la lune (1977) ****
3 DVD

- Mais ne nous délivrez pas du mal : Deux adolescentes, amies et filles de bonne famille, passent leurs semaines au pensionnat catholique. Elles y découvrent la littérature interdite et l'hypocrisie de la morale religieuse.
- Charlie et ses deux nénettes : Charlie, la quarantaine, rencontre deux jeunes filles au sortir de l'ANPE. Aucun d'entre eux n'a trouvé d'emploi stable. Ils ont l'idée de faire une tournée des marchés.
- Les galettes de Pont-Aven : Henri Serin est un homme à la dérive. Son boulot de représentant en parapluies l'emmerde gentiment, sa famille le gonfle lourdement. Il sent qu'il est passé à coté de sa véritable vocation, la peinture. Pour tromper l'ennui il couche avec une cliente. Un enchaînement de déconvenues va mener Serin vers le village de Pont-Aven.
- ...Comme la lune : Monsieur Pouplard a quitté femme et enfant pour vivre une idylle torride avec une bouchère sexy. Comme il est un peu con, Pouplard a l'idée saugrenue de réunir son ex et son amante chez ses parents, espérant stabiliser une situation scabreuse.

Pour son premier long métrage Joël Séria frappe fort. Après avoir été projeté au festival de Cannes, "Mais ne nous délivrez pas du mal" se retrouve interdit de diffusion pendant huit mois. La preuve que même après Mai 68, les mentalités étaient encore bien rigides dans notre pays de Liberté. 35 années plus tard le film n'a évidemment plus la même force, mais cette histoire d'ados bourgeoises aux âmes-sœur, se dévouant au Mal, reste hyper moderne. En tapant là où ça fait mal (la Religion, la Mort, le Sexe), les deux héroïnes remettent en cause l'ordre moral établi. Le film ne joue pas sur l'horreur graphique ou le voyeurisme pervert, pas de scènes gores ou érotiques, mais en montre suffisament pour que l'on comprenne ce qui lie les deux filles, le mal-être diffus face à une destinée déjà écrite, l'envie de transgresser, le besoin d'exister ailleurs que dans le carcan d'une époque. La dernière scène, lyrique et terrible, rattrape largement les quelques fautes de rythme qui parcours cette odyssée vers le néant.
On est du coup très surpris et un peu déçu par le second film, "Charlie et ses 2 nénettes", qui propose une chronique de ses années post-68. Un bourlingueur quarantenaire qui entraîne deux jeunesses sur les marchés, ça aurait pu donner un portrait de la France "vraie". Mais il manque la truculence d'un Jean-pierre Marielle (il ne joue içi qu'un rôle mineur) et plus d'envergure pour les deux gonzesses qui se contente de ricaner pendant la moitié du film. Dommage.
La rencontre Séria-Marielle donnera quelques temps plus tard deux fleurons dans lesquels le sidérant acteur joue la pleine mesure de son talent. "Les galettes de Pont-Aven" et "… Comme la lune" se hissent au rang de films cultes pour celles et ceux qui savent apprécier le grand numéro délivré par Môssieur Marielle. Il ne dépeint pas un simple con, ni même un beauf ordinaire, non, c'est un Seigneur qui élève sa connerie au rang d'Art majeur, et aussi un adulte perdu dans ses rêves d'ado jamais réalisés.
Alors que dans ses deux films précédents Joël Séria s'attachait aux caractères féminins, içi il s'attaque à la caricature de l'Homme de l'Héxagone, un macho mi-mufle mi-poète, étouffé par des femmes tantôt nymphos, tantôt soumises, dociles ou sournoises, bref, un cauchemar post-MLF à prendre au second (voire 3e) degré. Marielle enchaîne les bons mots, avec une joyeuseté communicative d'imbécile heureux, part dans des délires improbables lorsqu'il tombe en extase ou en déprime, déclame tout et son contraire avec un sens inné de la formule qui déchire et un jeu d'acteur largement au dessus de la moyenne. On ne se lasse pas de ses tirades sur le cul de ses muses dans "'Les Galettes", ou de ses envies 100% Mâle de sa bouchère d'amante, fièvreusement déclamées dans "Comme la lune" ("T'es vachement bien bidochée, j'vais t'fourrer !!"). La Classe Internationale ;-) Et puis, derrière la drôlerie et la truculence, un vrai message se dégage finalement concernant l'homo-sapiens Gaulois.

mardi 28 mars 2006

Phantom of the Paradise

(1974 - Réalisé par B. De Palma) **** (2 DVD)

Swan, célèbre producteur de disques à la tête du label "Death Records", auditionne de nouveaux talents pour l'ouverture prochaine du "Paradise", sa gigantesque salle de concert. Le jeune et naïf compositeur Winslow Leach tente sa chance. Mais Swan lui réserve une bien cruelle désillusion.

Le mythe de Faust revu et chorégraphié par Brian De Palma. Cela donne un croisement euphorisant entre film fantastique, opéra-rock et délire baroque, avec la patte habituelle du réalisateur (écrans splittés, expérimentations en tout genre et références cinématographiques en pagaille), au crépuscule de la mouvance hippie. Les numéros musicaux sont un peu datés 30 ans après mais le message est plus que jamais d'actualité. Une expérience visuelle et sonore qui n'a quasiment plus d'équivalent aujourd'hui.
Ce combat de l'Artiste contre les puissances de l'argent, vécu par De Palma pour son film précédent, ce pacte avec le Diable du producteur qui cherche à tout prix le succès, on en mesure chaque jour un peu plus les effets sur l'industrie du disque ou du cinéma. Phantom est aussi un film qui ne se prend pas au sérieux, l'incarnation parfaite étant la parodie de chanteur Glam-rock nommée Beef, ou encore le traitement psychédélique de la transformation de Winslow en monstre (séquences de Sing Sing puis de l'usine). On rit des scènes kitch, qu'elles le soit volontairement ou non, avec les looks pas possible du groupe Juicy Fruits ou les attaques du fantôme contre Beef. Les rare moments de délicatesse sont à mettre au crédit de la frèle Phoenix, à la fois muse et objet de la damnation de Winslow dans ce film où chaque personnage est un symbole. 

dimanche 20 novembre 2005

Audiard Cinéaste : L'Anthologie - Coffret (2005)

Coffret Audiard Cinéaste : L'Anthologie (2005) : Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages (1968) *** + Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais... elle cause ! (1970) ** + Le cri du cormoran, le soir au-dessus des jonques (1970) * + Comment réussir... quand on est con et pleurnichard (1974) ****
4 DVD

- Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages : La jeune Rita a risqué gros en voulant doubler Charles le Téméraire et Fred l'Elégant. La voila elle-même trahie alors qu'elle allait mettre la main sur une caisse de lingots d'or. Heureusement, Tata Léontine quitte sa retraite dorée pour secourir sa frèle protégée.
- Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais... elle cause ! : Germaine, femme de ménage docile, supporte les humeurs de ses patrons, un employé de banque obsédé et malhonnête, une star de la télé ex-péripatéticienne et un éducateur pas très catholique. A force d'indiscrétions et de ragots, l'amie Germaine se dit qu'elle pourrait devenir maîtresse-chanteuse.
- Le cri du cormoran, le soir au-dessus des jonques : Monsieur Mullanet attend la fortune qui le sortira de son ordinaire. Il va être servi ! Le destin le place au beau milieu d'un affrontement mystérieux entre deux redoutables gangsters et leur bande, Alfred Mullanet jouant malgré lui le rôle du cadavre récalcitrant.
- Comment réussir... quand on est con et pleurnichard : Antoine Robinaud est VRP auprès des Bistrotiers parisiens, tentant vainement de fourguer son alcool "fait maison" Vulcani -Le Vermouth des Intrépides-. Sa méthode de vente ? un argumentaire béton, du lyrisme mélancolique, et une larmichette pour attendrir le client. Son incroyable médiocrité lui vaudra une destinée peu ordinaire lorsqu'il rencontrera une galerie de personnages hauts en couleur.

Ne présentons pas Michel Audiard, tout le monde connait le père de Jacques. Sa filmographie éclair en tant que réalisateur (8 films entre 1968 et 1974) n'a pas laissé la même trace dans l'Histoire du Cinéma que les classiques dont il signa les dialogues. On lui reproche, à juste titre, un manque de rythme et une mise en scène assez quelconque. Et pourtant à y regarder de plus près on retrouve dans chaque film de ce coffret un bon nombre de répliques cultes, certes pas autant que dans les "Tontons" ou "Un singe en hiver". Assénées s'il-vous-plait par des pros du genre, Messieurs Blier, Carmet, Serrault, Pousse, Marielle et consorts, accompagnés par des pointures féminines comme Françoise Rosay, Marlène Jobert, Annie Girardo ou Mireille Darc. "Le cri du cormoran…" est pour moi le plus faible des quatre films présentés dans ce coffret. Intrigue nullissime, dialogues peu inspirés (un comble !), acteurs en roue libre, même le génial Michel Serrault peine à faire le show, et ne parlons pas du glacial Paul Meurisse. Un échec artistique cuisant donc, probablement une de ses productions alimentaires dans lesquelles pouvait parfois tomber l'auteur (acheter les droits d'un bouquin histoire de "toucher le chèque").
Plus réjouissant mais toujours un brin cossard (scénar-prétexte et bavardages pas toujours très utiles), "… Elle cause !" oppose les trois fines gâchettes Girardo, Blier et Darc, avec un rôle aux p'tits oignons pour Sim, la "pointe bic" (faut le voir entonner "La petite libellule", paré de son collant et de ses fausses ailes). Sympathique mais manque de consistance.
En ce qui me concerne le vrai plat de résistance reste "…les canards sauvages" et surtout "Comment réussir...". Dans le premier, Bernard Blier donne toute sa mesure dans un de ses rôles fétiches (le malfrat qui n'a que de la gueule) face à l'impeccable Madame Rosay et la (vraiment) (très) délicieuse (vraiment beaucoup) Marlène Jobert. Le style part dans tous les sens et reste distrayant : parodie de film noir, foutage de gueule des comédies musicales à la Jacques Demy, fusillades baroques (entre Léontine et 10 gangsters armés jusqu'aux dents, qui gagne à votre avis ?). Et puis on retrouve du dialogue qui tape ("j'ai le glaive vengeur et le bras séculier, l'aigle va fondre sur la vieille buse.").
Toujours plus loin dans la connerie, "Comment réussir…" trouve en la personne de Jean Carmet le représentant idéal de l'Être Médiocre, celui qui n'entreprend pas grand-chose mais qui rate quand même. Une ôde merveilleuse à la "moyennitude" du naze Franchouillard, qui ambiance les trop belles pour lui. Carmet tendant vainement de vendre son "vermouth des intrépides" aux bistrotiers, ça nous donne quelques savoureux moments. Et quand Marielle se lance dans son grand numéro de séducteur à la noix face à Jane Birkin ("Elle m'a dit que j'étais une synthèse…") on touche au génie.

vendredi 22 octobre 2004

Coup de Tête

(1979 - Réalisé par J-J Annaud) ***** Édition 2 DVD

François Perrin vit à Trincamp, petite ville de province, où il passe son temps entre l'usine et le club de foot, tous détenu par le Président Sivardière. Joueur amateur, Perrin commet un geste malheureux lors d'un entraînement qui va faire basculer son destin.

Un de mes films français préféré, un véritable inventaire de la connerie humaine traité sur un ton humoristique salvateur. Le contexte footballistique rajoute encore plus de force, avec son lot d'esprits étroits et d'imbéciles. Certe la charge est lourde, mais les dialogues sont percutants et soutenus par un casting incroyable. On retrouve plein de grands acteurs des 70's qui jouent à la perfection leur partition. Robert Dalban en vieux sage, Mario David en soigneur gaffeur (ne ratez pas sa réplique culte chez les soeurs), Maurice Barrier en patron de bar couillon, Gérard Hernandez en flic largué, Michel Aumont, Paul Le Person, Hubert deschamps... Ils sont tous là ! On suit aussi l'excellent Jean Bouise en PDG méprisant, un autre acteur magique que j'adore, notamment dans "Dupont-Lajoie", celui qui "entretien 11 imbéciles pour en calmer 800".
Et puis il y a Patrick Dewaere bien sûr, on sait quel acteur incroyable il est, ici impeccable en loser magnifique. Il va concocter une revanche implacable sur tous ses cons qui nous ressemble tellement, lors d'une mémorable séquence de dîner. Un mot sur la musique du film, composée par un certain Pierre Bachelet. La mélodie trotte encore dans la tête longtemps après la vision du film.

mercredi 20 octobre 2004

Coffret "Star Wars : La Trilogie" (2004)

Coffret "Star Wars : La Trilogie" (2004) : Star Wars (Star Wars: Episode IV - A New Hope - 1977 - Réalisé par G. Lucas) ***** + Star Wars: L'Empire contre-attaque (Star Wars: Episode V - The Empire Strikes Back - 1980 - Réalisé par I. Kershner) ***** + Star Wars: Le Retour du Jedi (Star Wars: Episode VI - Return of the Jedi - 1983 - Réalisé par R. Marquand) *** + DVD Bonus (2004)
4 DVD

Star Wars : A long time ago in a galaxy far, far away... A bord de son vaisseau spatial la princesse Leia tente d'échapper à la flotte de l'empire, emmenée par l'inquiétant Darth Vader. Ce dernier la soupçonne de détenir des plans secrets dérobés par les rebelles.

Évidemment la référence en matière de Science-fiction (presque 30 ans déjà !), Star Wars applique les bonnes vieilles recettes des films d'aventure américains : de l'action classique et de l'humour bon enfant. Tout cela accommodé aux influences de George Lucas, qui vont des films noirs des années 40 aux films de Samouraïs, des séries télé de son enfance aux classiques de la littérature SF et Heroic-fantasy.
Certains crieront au pillage, le génie de Lucas se situe avant tout dans son regard décalé face à son histoire ultra manichéenne de Héros sauvant des princesses et accessoirement le monde face à l'incarnation éternelle du Mal, Darth Vader. Sa création d'un univers futuriste un peu brinquebalant rend l'aventure crédible et attachante (un futur "usagé" comme l'indique Lucas dans les commentaires), et surtout la personnalité des protagonistes fait passer beaucoup de pilules. Leia d'abord, formidable Carrie Fisher qui campe une princesse au caractère bien trempé, Harrison Ford ensuite, très cynique face aux événements, qui ne manque jamais de commenter la naïveté du jeune Luke. L'histoire se déroule à un rythme soutenu, Lucas réservant toujours des coups de théâtres faisant avancer rapidement l'intrigue. Les faire-valoir robotiques et humanoïdes (R2-D2, C-3PO, Chewie) apportent un parfum kitch et feront certainement pitié aux plus jeunes d'entre vous, mais croyez-moi chacun d'eux à plus de présence que n'importe quelle image de synthèse des épisodes 1 et 2 !

L'Empire contre-attaque : Les héros qui ont détruit le "Death Star" sont réfugiés sur une base rebelle de la planète Hoth. Mais bientôt l'Empire retrouve leur trace et lance une attaque d'envergure visant à les annihiler.

Les bases de l'univers Starwarien ayant été posées dans "A new Hope", voici incontestablement l'épisode le meilleur de la série. Un souffle épique traverse nombre de séquences d'anthologie : l'attaque des Quadripodes impériaux, la rencontre avec Yoda et l'apprentissage du Jedi, la capture de Han Solo par Boba Fett et, of course, la révélation terrifiante faite à Luke par Darth. Le monde futuriste est plus que jamais déglingué (running gag du passage raté en hyper-espace du Faucon Millenium). Les caractères gagnent en densité, les compères Leia, Luke et Han formant un trio de choc qui s'invective avec humour. George Lucas, même s'il n'est plus à la réalisation, garde le rythme et maintient le ton de la comédie.
Les interactions avec les persos secondaires sont toujours aussi sympathiques. Les deux robots et le wookie confirment leur statut de seconds couteaux indispensables à l'équilibre de l'histoire. L'introduction de petits nouveaux étoffe un peu plus l'univers, même si certains d'entre eux restent anecdotiques (Lando Calrissian fait-il son apparition pour satisfaire le quota de noirs américains ? et quelle est l'histoire exacte du super-bad guy, l'Empereur ?). Mais baste! Cet "Empire contre-attaque" mémorable reste bel et bien l'un des plus incroyable film d'aventure SF à ce jour.

Le Retour du Jedi : Ayant complété sa formation de Jedi, Luke Skywalker part au secours de son ami Han Solo, détenu par le redoutable contrebandier Jabba The Hutt sur la planète Tatooine.

Aussi appelé "Episode VI : Les Bisounours", cet opus montre un essoufflement général. Les insupportables Ewoks (sur le mode "le plus petit être peut sauver l'univers entier") gâchent la seconde partie du film, heureusement soutenue par l'affrontement tant attendu entre un Luke visiblement fatigué (visage marqué de Mark Hamill) et son père (comment ? vous ne saviez pas ?). La pauvre Leia est abaissée au rang de trophée sexy, d'abord toute en cuir au pied de Jabba la grosse loche, puis quasiment transparente pour le reste du film. Pourtant cet épisode contient lui aussi une révélation fracassante, elle est la soeur de Luke et donc une Jedi elle aussi. On aurait aimé la voir elle aussi se battre au sabre-laser, mais sans doute que l'époque ne permettait pas encore aux femmes ce genre de combat à Hollywood ? Quant à Han Solo il rentre dans le moule classique de l'action-hero, en perdant au passage sa nonchalance (On entend d'ailleurs le commentaire d'Harisson Ford dans le documentaire : il fallait tuer Han Solo au début de l'épisode VI !).
Le Retour du Jedi marque donc la fin de l'épopée sur un scénario quasi-remake de l'épisode IV : une nouvelle "Death Star" à détruire. L'intro dans l'antre de Jabba est longuette, la séquence près du Sarlac un peu poussive (voir la fin grotesque du chasseur de prime Fett) et ensuite on part chez les Ewoks. L'intérêt est donc ailleurs. Il est évident aujourd'hui avec la sortie des épisodes I et 2 (et bientôt 3) que la saga voulue par Lucas était avant tout l'histoire d'Anakin Skywalker, alias Darth Vader. Sur ce point on assiste effectivement à l'ascension d'un homme, à sa chute puis à sa rédemption. Mais à l'époque de la sortie de la trilogie c'était bien le personnage de Luke qui était au centre de l'histoire. On y voyait le destin extraordinaire d'un jeune homme plein de rêves, dans un format typiquement "American Dream". Sa confrontation face au coté obscur reste donc le message central de la trilogie "classique".

vendredi 4 juin 2004

La Vie de Brian

(Monty Python's Life of Brian - 1979 - Réalisé par T. Jones) ***** Edition Spéciale -DVD + Livret-

La vie de Brian depuis sa naissance en l'an 0 non loin d'une célèbre étable visitée par certains Rois Mages, jusqu'au jour de ses 33 ans où il continue de croiser un certain Jésus...

Lorsque les Pythons s'attaquent de front aux religions cela donne une explosion de dialogues et de situations blasphématoires jouissives ! Tout est tourné en dérision dans ce jeu de massacre où chacun en prend pour son grade. On ne les remerciera jamais assez d'avoir si bien su démonter tous les mécanismes de ses sectes qui ont "réussi". C'est formellement le meilleur film des Monty Python, même si on trouve moins de gags purement absurdes comme dans leurs précédentes productions, le niveau est sensiblement amélioré car les auteurs vont à l'essentiel dans les dialogues.
Ça fuse dans tous les coins : la mère de Brian, la lapidation, le Front Populaire Judéen, le prophète malgré lui, Ponce Pilate et ses problèmes d'élocution... Il faudra plusieurs visionnages pour apprécier ce bijou à sa juste valeur.

vendredi 2 avril 2004

Les Dents de la Mer

(Jaws - 1975 - Réalisé par S. Spielberg) ***** Edition Collector 25ème Anniversaire

Au début de la saison estivale le nouveau chef de la police d'Amity, petite ville côtière des USA, prend ses fonctions. Il est bientôt confronté à la mort d'une touriste retrouvée déchiquetée sur la plage.

Dans la série des grands films catastrophe made in Hollywood (dont le meilleur représentant est à mes yeux "La Tour Infernale"), Les Dents de la Mer tient une place à part. La galerie de personnages offerte est assez caricatural : le flic honnête face aux impératifs commerciaux des politiques, le marin bourru, le scientifique alarmiste. Le danger tarde à se montrer, autant pour des raisons scénaristiques que techniques nous dit Spielberg dans les commentaires, le requin mécanique ayant eu beaucoup de problèmes à fonctionner sous l'eau !
Pourtant grâce à sa totale maîtrise du rythme de son film, l'auteur arrive à nous tenir en haleine de bout en bout. La longue mise en jambe ne fait que renforcer les événements se déroulant lors du final. Le jeu réaliste des acteurs y est pour beaucoup bien sûr, avec les confrontations très justes entre l'officier Brody, Hooper et Quint.

dimanche 5 janvier 2003

"Alien Quadrilogy" - Coffret (2003)

Coffret "Alien Quadrilogy" (2003) : Alien (1979 - Réalisé par R. Scott) ***** Versions Cinéma & Director's cut + Bonus (2 Disques), Aliens (1986 - Réalisé par J. Cameron) **** Versions Cinéma & Director's cut + Bonus (2 Disques), Alien3 (1992 - Réalisé par D. Fincher) ** Versions Cinéma & Director's cut + Bonus (2 Disques), Alien: La Résurrection (Alien: Resurrection - 1997 - Réalisé par J-P. Jeunet) *** Versions Cinéma & Director's cut + Bonus (2 Disques), DVD Bonus (2003)
9 DVD

Alien : Dans le futur, l'équipage du vaisseau spatial commercial "Nostromo" voit sa longue route vers sa base interrompue par un message codé en provenance d'une planète inhabitée. Malgré les protestations de certains membres d'équipage le capitaine décide de se rendre à la source d'émission.

A partir d'un scénario astucieux de Dan O'Bannon, ce qui n'aurait dû être qu'une honnête série B d'horreur S-F se transforme en chef d'œuvre intemporel. Tout cela grâce à la mise en scène magistrale de M. Ridley Scott, dont c'est ici le second film. Les innovations scénaristiques sont légions. Le choix de faire d'une femme l'héroïne d'un film de Science-fiction par exemple, de faire d'un homme la première victime (quasiment violé en plus !), ou d'ancrer un quotidien banal dans cette ambiance futuriste, ce qui immerge le spectateur en terrain connu et ne rendent que plus tragiques les évènements qui surviennent. Les membres de l'équipage sont très loin du standard du "héros" de film d'action. Leurs motivations sont bien humaines, ils cherchent à sauver leur peau bien avant de sauver l'univers et c'est ce qui rend le récit crédible et palpitant.
Les tensions au sein du groupe apportent aussi un réalisme inédit pour l'époque dans un film de ce genre. L'atmosphère musicale et les bruitages électroniques (le réveil du vaisseau au début du film) font aussi beaucoup pour l'ambiance unique du film. Et, of course, n'oublions pas le design infernal et sexuel de l'Alien par l'artiste Giger. Ses diverses évolutions, depuis l'inquiétant "face hugger" à l'incroyable humanoïde aux triples mâchoires, en passant par le "chest burster" dans l'inoubliable séquence de "l'accouchement" de Kane (John Hurt), on peut dire qu'il fout vraiment les jetons. Ridley Scott montre une maîtrise parfaite du rythme, alternant longues scènes de calme avec séquences chocs et révélations imprévisibles ! C'est ce qu'on appelle un classique.

Aliens : Le Lieutenant Ripley est finalement secourue après des dizaines d'années d'errance dans l'espace à bord de sa capsule de sauvetage. Elle apprend que la planète LV-426 est aujourd'hui peuplée. Une troupe de Marines doit y partir prochainement car les colons ne donnent plus signe de vie.

James Cameron décide de prendre en main cette suite, après avoir gagné ses galons de réalisateur avec le premier Terminator. C'est lui qui écrit la nouvelle histoire, en s'éloignant prudemment du style inimitable de Ridley Scott et de l'ambiance claustrophobique du premier épisode. La première partie laisse craindre un remake d'une guerre du Vietnam futuriste. Une troupe de "marines" surarmé débarque sur la planète jadis visitée par l'équipage du Nostromo, ça sent les bons gros sabots taille 46 ;-) Mais heureusement les personnages se dévoilent et l'intrigue prend le pas sur la démonstration de gros bras.
Seul le traitre est quelque peu caricatural, à mille lieues du rebondissement que nous réservait le film précédent avec le personnage Ash. En tout cas J. Cameron impose définitivement la mythologie "Alien" en la développant intelligemment, c'est une "Reine" qui pond les cocons contenant les Face Huggers. Dans la version longue du DVD on en sait un peu plus sur les événements qui précédent le débarquement sur LV-426, les hésitations de Ripley et les colons qui découvrent le fameux vaisseau extra-terrestre.

Alien3 : Après un nouveau voyage dans l'espace, Ellen Ripley et les survivants de la planète LV-426 se crashent sur Fiorina 161, une planète inhospitalière sur laquelle est nichée une ancienne colonie minière reconvertie en prison haute-sécurité.

Premier gros film pour David Fincher, il semble qu'il ait été un peu dépassé par les événements, ou que le Studio a pris peur devant les directions prises par l'homme qui réalisera plus tard Se7en et Fight Club... Toujours est-il que le scénario manque singulièrement de substance, avec pourtant un point de départ alléchant. Passée une première partie intéressante dans laquelle on découvre les prisonniers dans leur trip mystique, on assiste à un jeu de massacre de l'Alien pendant que Ripley cherche à savoir ce dont tout le monde se doute depuis le début. Rien d'autre jusqu'à la séquence finale surprenante qui laisse à penser que Sigourney Weaver et le Studio 20th Century Fox voulaient vraiment terminer la série ici.
La version longue du DVD (+30 mns montées sans l'accord du cinéaste) montre cependant que le scénario sur lequel a travaillé Fincher était plus étoffé, notamment l'intro à l'extérieur de la prison, le Chest burster sortant d'un buffle et le personnage de Golic qui fait alliance avec l'Alien. Reste que cet Alien3 penche trop du coté action sans rien apporter à l'univers "Alien" ni surprendre dans sa forme. Dommage.

Resurrection : 200 ans après les évènements de Fiorina 161, des militaires scientifiques réussissent à cloner Ripley pour s'en servir comme génitrice d'une Reine Alien. Des baroudeurs à bord du vaisseau "Betty" leurs apportent une cargaison étrange.

J-P Jeunet, notre héros national, monte à la capitale Hollywood ;-) Il apporte évidemment à la série son humour décalé, parfois un peu trop à mon goût pour l'univers Alienesque. La question du scénario ne se pose même pas, la galérie de personnages est nettement privilégiée au détriment de l'histoire. Comme dans le N°1 l'équipe devra simplement fuir le vaisseau, sauf qu'ici Ripley devient une partie du problème et pas de la solution. L'idée de la rendre invulnérable à son pire cauchemar (elle va même jusqu'à coucher avec !) sort complètement le film de son postulat de base. Mais heureusement Jeunet nous donne d'excellents moments : la partie de basket, la fuite sous l'eau, les clones manqués, le passager infecté qui attend tout le long du film son "accouchement".
L'ambiance est originale et l'esthétique très travaillée, on connaît le souci du détail du réalisateur, avec un casting sympathique (le Général italien, l'handicapé joué par Dominique Pinon, la "gueule" Ron Perlman). Sigourney Weaver, éternelle Ellen Ripley, ne subit plus les événements comme précédemment et devient une sorte d'action-girl inquiétante. Seule Winona Ryder ne peut faire d'étincelles dans son rôle de robot vengeur plutôt fade. Le problème du film vient certainement du manque de rebondissements et surtout de la fin, si bâclée... et puis il faut voir la tronche du monstre humanoïde, risible ! Cette version "longue" du DVD -juste quelques minutes de plus- n'apporte malheureusement rien.

jeudi 23 mai 2002

Monty Python Sacré Graal

(Monty Python and the Holy Grail - 1974 - Réalisé par T. Gilliam / T. Jones) **** Edition Limitée -Le Double DVD + Le Livre-

La quête du Saint-Graal par le roi Arthur et les chevaliers de la table ronde, revue et corrigée par les Monty Python.

Après leur série TV infernale, on aurait pu craindre que le passage au cinéma des Monty donne un résultat mitigé. Fort heureusement dès le début on sait qu'on a à faire à du lourd. Non-sens, parodie, dialogues délirants, comique de situation, références, tout y est. Depuis la séquence de la sorcière dans le village jusqu'à l'attaque du château français en passant par le chevalier noir ou le lapin tueur, impossible de garder son calme.
Le style est parfois un peu brouillon, même volontairement (les chevaliers émerveillés s'exclament en cœur "Camelot !" lorsqu'ils arrivent au château avant que Terry Gilliam ne marmonne "c'est seulement une maquette" ;-) Certains autres gags sont un peu vieillots, justement parce qu'ils ont été copiés maintes fois par la suite. Mais pour un premier film et vu les petits moyens mis en oeuvre, le résultat marque les esprits par son originalité et sa vivacité.

vendredi 9 novembre 2001

Le Parrain - DVD Collector - Coffret

Le Parrain - DVD Collector : Le Parrain (The Godfather - 1972 - Réalisé par F. Ford Coppola) ***** + Le Parrain II (The Godfather Part II - 1974 - Réalisé par F. Ford Coppola) ***** + Le Parrain III (The Godfather Part III - 1990 - Réalisé par F. Ford Coppola) *** + DVD Bonus (2004)
5 DVD

Le Parrain : USA, au sortir de la seconde guerre mondiale. Pendant qu'on fête le mariage de sa fille dans sa magnifique propriété, le Parrain alias Don Vito Corleone reçoit les doléances de ses "protégés". L'occasion aussi de réunir l'ensemble de la famille pour discuter des "affaires" en cours.

Aah, le Parrain, toute une époque ! Tous ses malfrats bien habillés avec leur code d'honneur sous le bras, qui en plus respectaient leur maman ;-) Cette saga de tonton Coppola traverse le 20e siècle en racontant le destin tragique de la famille Corleone. Ce premier chapitre montre la guerre des familles mafieuses qui conduira à la fin du Parrain historique, incroyable Marlon Brando, et son passage de témoin à son fils Michael (impeccable Pacino). Je ne vais pas en faire des tartines sur les performances des mâles en présence, nous savons tous que rien de mieux n'a été fait dans le genre depuis.
A coté des scènes de meurtres, dont la plus fameuse reste la méthode d'intimidation du producteur de cinéma, le réalisateur installe magnifiquement cette ambiance unique de regards lourds de menaces ("je vais lui faire une offre qu'il ne pourra pas refuser"). Le spectateur se met dans la peau du jeune Michael, d'abord volontairement éloigné des trafics illicites de son père et de ses frères, puis prenant le contrôle de la situation par la force des choses. On entre donc facilement dans cet univers fait de tradition sicilienne, de sens du devoir et de respect de la famille. Plus classe que la petite frappe Tony Montana, moins gore que les "Goodfellas", la famille Corleone est au panthéon des truands magnifiques et marque assurément les esprits !

Le Parrain II : Sicile, à l'aube du 20e siècle, dans un petit village nommé Corleone. Âgé de neuf ans, Vito Andolini suit le cortège funèbre qui emmène le cercueil de son père, assassiné par le chef mafieux local.

Le meilleur film de la trilogie car il montre l'essentiel de la genèse. Le réalisateur alterne deux histoires parallèles, d'abord celle du jeune Vito depuis sa fuite de Sicile à ses débuts dans le crime organisé du New-York des années 20. Pour incarner les débuts du futur "Don", rien de moins que l'immense De Niro. Il prend au fur et à mesure tous les tics et cette assurance froide qu'on trouvait chez Brando, la classe.
On évite les scènes très sanglantes du premier épisode et c'est plutôt par l'humour que le réalisateur choisi de nous montrer la montée en puissance du Parrain dans le New-York naissant (hilarante scène de la tentative d'expulsion de son appartement d'une vieille dame et de son chien ;-). On suit également le second chapitre des "affaires" du fils Michael dans les USA des 60's. Magouilles politiques, trahisons, procès judiciaire, vie privée, la vie se complique singulièrement pour le nouveau Parrain. Le monde change, pas Michael. Tout cela fini par un nettoyage redoutable qui le laissera seul face à ses choix terribles. L'essentiel est dit, puissamment.

Le Parrain III : Fin des années 70, le vieillissant Michael Corleone reçoit un titre honorifique des mains même du Pape. Le Parrain "offre" au passage une donation de 100 millions de dollars au Vatican.

Plus de 15 ans après le second épisode, le monde a bien changé. En quête d'une respectabilité qu'il cherche en vain, le vieux Michael (visage marqué d'Al Pacino) est contraint de faire quelques entorses à son code d'honneur. Mais on n'échappe pas à son destin. Comme dans les drames de l'opéra Italien, cela le mènera irrémédiablement lui et sa famille vers une conclusion funeste. Ce dernier opus perd un peu en magnificence, montrant un Parrain fatigué passant le relais à son neveu par défaut, puisque son propre fils veut devenir chanteur ! Décidemment les temps changent ;-)
Et le fils de Sonny, pâle caricature de son père, cadre mal avec cette ambiance de tractations feutrées au sein du Vatican où les coups fourrés se font dans les conseils d'administration. L'intrigue n'est qu'une simple redite du film précédent et beaucoup de scènes sentent le déjà-vu : tentatives d'assassinat, manipulations, règlements de compte, tuerie finale très orchestrée. C'est bien le crépuscule du monde du Parrain, il était temps qu'on en finisse.

vendredi 26 octobre 2001

Stanley Kubrick - Coffret (2001)

Coffret Stanley Kubrick (2001) : Lolita (1962) ** + 2001: L'Odysée de l'Espace (2001: A Space Odyssey - 1968) ***** + Orange Mécanique (A Clockwork Orange - 1971) ***** + Barry Lyndon (1975) **** + Shining (The Shining - 1980) **** + Full Metal Jacket (1987) **** + Eyes Wide Shut (1999) ** + Stanley Kubrick, A Life in Picture (2001)
8 DVD


Lolita : Un écrivain quarantenaire tombe amoureux d'une fille de 14 ans.

Tirée du roman de Vladimir Nabokov, cette histoire qui choqua les ligues catholiques est filmée de manière moins provocante par Kubrick. Même si on retient surtout le thème de cette adolescente séduisant les hommes -inconsciemment ou non ? c'est une des questions du film- on assiste surtout à la descente aux enfers d'un type paumé. L'histoire est peu conventionnelle mais le traitement reste trop classique selon moi. Sur un plan formel on ne sent que très rarement cette touche unique qui illumine les films suivants de Kubrick. Reste que sur le fond, le choix d'équilibrer l'histoire entre le point de vue de l'homme et celui de la "presque-femme" déplace les enjeux par rapport au roman initial (où Lolita était plus jeune, faisant de Humbert un coupable difficilement pardonnable). Dans ses années 60 durant lesquelles les mœurs se libèrent, Kubrick offre, comme souvent, un commentaire en avance sur son temps sur la société occidentale.

 

2001, L'Odyssée de l'Espace : A l'aube de l'humanité, des homo sapiens découvrent un mystérieux monolithe noir.

Toutes les grandes questions existentielles de l'humanité sont posées avec une acuité époustouflante. Avec un quart de siècle d'avance, Kubrick retient l'essentiel des questions posées dans le livre dont est tiré le film : le destin de l'Homme nomade, l'évolution de l'intelligence et du savoir, la finalité de la science. Il y apporte un brio technique hors du commun pour l'époque, on est en 1968 ! Et en profite aussi pour montrer un des "cuts" les plus célèbres de l'histoire du cinéma en résumant des millénaires d'évolution en deux plans brefs consécutifs (deux outils symboles de la maitrise Humaine : l'os jeté en l'air passe immédiatement en satellite dans l'espace). Les auteurs nous donnent aussi une vision assez correcte de notre futur : exploration spatiale, ordinateurs portables, super-IA avec laquelle on interagi par la voix, nourriture lyophilisée, etc.
L'Humanité est guidée par sa soif de la découverte, un instinct d'exploration qui fait que notre espèce parvient à la domination de son monde en quelques dizaines de milliers d'années. Ce n'est qu'après avoir vaincu HAL 9000, le monolithique cerveau informatique symbole de la connaissance ultime (comme celui entrevu en début de film), que l'Homme accède à une renaissance idéalisée. Le rythme est lent, contemplatif, avec un final étiré qui laisse assurément perplexe. Une traversée hallucinante, plus abstraite que physique, une plongée au cœur du fameux monolithe comme si les spectateurs se trouvaient aspirés par l'écran de cinéma, ce grand rectangle noir mystérieux, source inépuisable d'émotions. Le temps et l'espace se diluent, l'astronaute parvient au bout du périple et on le place (Qui exactement ? Dieu, des Aliens ou le réalisateur ?) dans un environnement familier pour le préparer à l'étape suivante. Mais pour quelle destination ? Un retour sur Terre sous la forme d'une super-entité fœtale, un bébé qui renait en ayant emmagasiné tout le savoir et les sentiments humains. Waow, vous reprendrez bien un peu de moquette à fumer ? ;-)

 

Orange Mécanique : Dans un futur indéterminé, le jeune Alex et son gang sont des petits malfrats adeptes d'ultra violence.

Contre-pied total du film précédent, Orange Mécanique décrit un futur obscur et sauvage pour l'humanité. Une nouvelle fois on est bien obligé de constater que Kubrick a une longueur d'avance sur les évènements : cités délabrées, violence des gangs, politique-spectacle, éclatement des valeurs familiales. La force et la frénésie des scènes chocs alternent avec les trouvailles visuelles du cinéaste, on se souviendra longtemps de la séquence de l'attaque de la maison de campagne sur "Singing in the rain" ou encore du traitement douloureux d'Alex dans la prison-modèle.
Le monde est hyper-baroque, musiques classiques revisitées façon synthétiseurs, costumes et décors kitchs, symboles de la fin d'une civilisation (sans la possibilité de rédemption comme celle de 2001 Space Odyssey). En même temps le film reste extrêmement actuel encore aujourd'hui, langage réinventé (comme avec chaque nouvelle génération), barres d'immeubles à l'abandon, jeunes désœuvrés et parents dépassés, tags obscènes sur des peintures du passé, la déliquescence des esprits se concrétise visuellement. Les solutions politiques sont dangereusement inefficaces et la morale est noire, sans espoir, avec des personnages poussés jusqu'à la caricature pour renforcer l'aspect "fable" du récit. Absurdes jusqu'à en devenir comiques, comme ce petit chefaillon de prison étriqué ou cet écrivain grimaçant à l'excès, tellement cérébral et "hors-sol" qu'il peine à exprimer la violence de ses émotions. La conclusion ne laisse aucun doute sur la suite tragique des évènements. Pas franchement réjouissant, mais le constat de 1971 est plus que jamais évident 30 ans plus tard.

 

Barry Lyndon : Au 18e siècle, le jeune irlandais Barry Redmond rêve de hauts faits. Lorsque sa cousine bien aimée se fiance avec un officier Anglais, Barry, dépité, quitte son village avec 20 sous en poche.

Plus qu'un film de genre (la reconstitution historique), l'histoire met en scène le destin sombre d'un opportuniste. Bien que transposée dans un univers reconstitué méticuleusement, ambiancé de la beauté irréelle des séquences éclairées à la bougie, cette fable pourrait autant être contemporaine. Comme pour "2001" Kubrick met en place très lentement ses scènes, plongeant parfois le spectateur dans une torpeur identique à celle de certains personnages du film. C'était le tempo de l'époque, un rythme que le réalisateur a bien pris soin de reproduire afin de montrer l'état d'esprit de la noblesse nonchalante évoluant comme des personnages d’œuvres picturales, engoncés dans leurs "rôles" imposés par la société.
Si on se laisse happer par la magnificence des plans, on suit la lente ascension d'un irlandais arriviste, qui n'a d'autre but que de gagner sa place dans un milieu qu'il méprise autant qu'il désire, au prix des pires compromissions. En définitive, les Lyndon représentent le crépuscule d'un style de vie aristocratique qui se verra bientôt remplacé par un autre archétype, la bourgeoisie et son obsession de la valeur Travail. Lady Lyndon, magnifiquement incarnée par Marisa Berenson, figée dans les conventions et sa neurasthénie sans fin, n'a aucune perspective dans cette époque. Son parvenu de mari ne cesse de se heurter à de nouveaux obstacles dès qu'il croit avoir atteint son but. Son dernier duel, un défi contre le premier fils de sa femme, résume intensément le message du film, une histoire finalement très actuelle sur l'impossibilité de l'ascension sociale.

 

Shining : L'écrivain Jack Torrance part, avec femme et enfant, garder un hôtel qui ferme durant la saison d'hiver. Il espère pouvoir profiter de la tranquillité pour écrire un roman.

Le film d'épouvante vu par Kubrick, toujours en adaptant un roman (cette fois-ci c'est S. King qui passe à la moulinette). Plutôt que de sacrifier à l'accumulation de passages gores ou horrifiques (et, disons-le, parfois ridicules du roman), Mister K raconte la longue perte de contrôle de Jack (Nicholson / Torrance) et l'émergence des pouvoirs de son jeune garçon. L'entreprise est inclassable : histoire de fantômes ? de folie ? parabole sur la difficulté de créer ? Chacun verra une interprétation selon le point de vue du protagoniste. Le petit Danny est-il victime de maltraitance de la part de son père alcoolique ? La mère, Wendy, dont le rôle est réduit dans la version Ciné par rapport au roman, est globalement impuissante et joue les "Scream Queen" comme toutes les femmes victimes des films de Slasher. Elle est la plus vulnérable de la famille car elle représente la "normalité" pour les spectateurs, finalement elle est la seule pourvue de réactions humaines. 
On retient surtout le jeu halluciné de Nicholson, qui est la principale attraction du film. Qu'il déambule dans les immenses salles vides de l'hôtel ou qu'il monologue face aux esprits, on savoure chaque moment de bravoure. La patte du cinéaste se retrouve dans les plans mémorables, la poursuite du garçonnet conduisant son tricycle dans les couloirs de l'hôtel, Jack armé de sa hache poursuivant sa femme, les "visions" du Shining où des hectolitres de sang déferlent. Un film qui fonctionne par de soudains flashs terrifiants et une ambiance glauque anxiogène qui, comme d'hab avec Kubrick, ouvre la possibilité de moult thématiques sous-jacentes. 

 

Full Metal Jacket : Le sergent Hartman entraîne durement de jeunes soldats américains pour les préparer à partir au Vietnam.

La stupidité de la guerre est illustrée en 2 parties distinctes. Dans la première on voit un sergent instructeur martyriser un pauvre engagé inadapté, elle vaut surtout par l'interprétation criante de vérité d'Hartman (vrai instructeur dans la vie) et la lente descente aux enfers de la recrue "Baleine", humilié et broyé avant même de partir au combat. Cette longue introduction se termine inévitablement par un règlement de compte sanglant, l'innocence perdue de la victime symbolisant celle de tout un peuple, le dilemme des USA qui se pensait invincible dans cette guerre du Vietnam mais a sacrifié sa jeunesse et contesté ses "héros".
Vient ensuite une plongée dans le quotidien des soldats sur le terrain, quelques mois plus tard. Loin des clichés façon Hollywood sur les faits héroïques des braves 'ricains et avec encore une fois 20 ans d'avance (voir l'Irak d'aujourd'hui), Kubrick appuie là où ça fait mal : des types cyniques qui se prennent pour des cow-boys, jouent avec les cadavres et vont aux putes. La confrontation comique du sergent "Guignol" face au Général devant le charnier est le meilleur exemple. Le "Born to kill" et son symbole de paix se confronte à un état-major qui n'est pas là pour philosopher ! Malgré tout, le final face au sniper invisible montre ces soldats sous leur meilleur jour dans une guerre perdue d'avance. Édifiant.


 
Eyes Wide Shut : Le Docteur Bill Harford est perturbé lorsque sa femme lui révèle avoir un fantasme, elle rêve de faire l'amour avec un inconnu.

Le grand retour du maître après 12 ans de silence cinématographique avait de quoi faire saliver : le couple Cruise-Kidman dans une histoire salace ! Malgré quelques scènes grandiloquentes (l'orgie théâtrale dans le château, évidemment) et une touche esthétique unique sur les plans visuel et sonore, on reste perplexe sur le but ultime de cette démonstration parfois laborieuse. Connaissant le loustic, on se doute bien qu'une multitude de lectures sont possibles et que cette histoire est une manière pour l'auteur de commenter l'époque, ou de disséquer nos plus profondes pulsions sous nos dehors civilisés. En cette fin de millénaire, le couple, la fidélité, la jalousie sont-ils des schémas de pensée dépassés ? Cette vision de la Femme complètement obsolète, en objet sexuel, qu'elle soit prostituée des rues ou de cette secte pour riches partouzeurs, est-ce un cliché servant un propos plus global ? 
Le périple du Docteur Harford dans un New-York prenant des allures de rêve éveillé, avec ses personnages ayant chacun une fonction particulière dans le récit, est mis en parallèle avec les tribulations (réelles ou imaginées ?) de sa femme Alice. Mais les expériences du mari auront de fâcheuses conséquences, un sacrifice (volontaire ?) pour sauver notre homme imprudent de son incursion dans un monde lui étant interdit, l'orgie extra-conjugale. Amour et sexe, une obsession humaine qui dure depuis la nuit des temps, Kubrick se garde bien de donner un avis définitif sur la question, mais il s'autorise un commentaire avisé, par l'intermédiaire d'Alice dans la dernière séquence du film : "The important thing is we're awake now... There's something we need to do as soon as possible: Fuck!"

jeudi 27 septembre 2001

The Complete Monty Python's Flying Circus

(TV : 1969-1974) ***** Mega Set 14 DVD (Episodes 1 - 45) Digitally Remastered

Les célèbres Monty Python ont commencé leur carrière TV à la BBC, dans un show nommé le Flying Circus qui contient les sketchs les plus drôles jamais réalisé à la Télé ! Durant 5 années ce groupe d'hurluberlus a posé les bases de l'humour non-sens qui inspirera nombre de comiques dans les 25 années qui suivront.

Sur la quantité de sketchs (chaque épisode dure 30 minutes environ, ce qui fait près de 23 heures de pures conneries), on trouve bien sûr des pertes de régime. Mais il n'est pas une saison qui ne contienne des dizaines de classiques, et je ne peux citer ici de mémoire que les plus célèbres : Ministry of Silly Walks, Dead parrot, Spanish Inquisition, Flying Sheep, Nudge Nudge, The Gumbys, Denis Moore... argl! faut que j'y retourne ;-)
Les Monty ont brisé pas mal de tabous de l'époque (la nudité, le langage, les thèmes abordés) et réussi à associer du comique purement visuel aux références artistiques les plus élitistes. Beaucoup de séquences peuvent donc être lues à différents niveaux et les dialogues sont des délices purs. La structure et la construction générale des sketches est souvent très inhabituelle, avec des introductions en cartoons made in Terry Gilliam, des cassures imprévisibles et, plus important, pas forcément de chute ! Tout cela servi par 6 acteurs nés, aussi à l'aise et crédibles dans des rôles de présentateurs télé que déguisés en femmes (une de leur spécialité). Les Pythonesques Monty ont posé les bases de l'humour moderne, et avec ce coffret vous en avez la preuve en images.