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vendredi 17 juillet 2026

Massacre à la tronçonneuse 2

 

Mortal Kombat: Edition Tronçonneuse

(1986 - Réalisé par T. Hooper) **
Stretch, animatrice d'une émission de libre-antenne d'une radio locale, reçoit les appels insistants de deux jeunes Yuppies en route pour une nuit de débauche. La DJ s'apprête à couper la ligne lorsque les gros lourds sont attaqués par Leatherface et sa famille.

Plus de 10 ans après le choc fondateur de son premier "Massacre", Tobe Hooper se voit proposer de mettre en chantier sa suite. En ce milieu des années 80, le réalisateur et le scénariste de "Paris, Texas" se disent qu'ils peuvent commenter la décennie en cours, où règne Reagan et une sale culture du fric bien décomplexée. Leur but : prendre le contre-pied de l'original en faisant de la famille de dégénérés cannibales les "héros" d'un pamphlet anti-Yuppies. Sous la houlette des productions Cannon, spécialistes en séries B, on se dit qu'un message subtil est envisageable derrière les scènes gores. Mais voilà, seule la fameuse paire de financiers Golan-Globus (Lifeforce, Superman IV, Masters of the Universe... que des vainqueurs !) investi dans le projet. Tous les aspects un poil politique ou sociétaux sont donc édulcorés pour ne garder que le côté grand-guignol. 
Leatherface s'entiche d'une victime et son père gagne le trophée du meilleur Chili Con Carne local grâce à son ingrédient secret (vous savez lequel). Si on ajoute Chop le frangin déglingué et Lefty, l'oncle bien perché d'une des victimes du premier massacre, à la recherche des coupables depuis 13 ans, on voit clairement que rien n'est à prendre au sérieux. La farce serait digérable avec un dosage adéquat, ce qui n'est pas le cas : les scènes s'étirent jusqu'à perdre toute énergie, preuve du découpage malhabile subit au montage par des producteurs ne maîtrisant pas leur sujet. Ne reste à retenir que quelques séquences outrageusement sanglantes, sans la folie malaisante qui régnait sur l'épisode originel malgré l'excellent boulot de l'actrice incarnant Stretch dans un rôle unidimensionnel de "Scream Queen". Tout ça pour finir sur une conclusion qui n'est qu'une redite de l'histoire précédente. Dommage !


lundi 27 avril 2026

Kaamelott - Deuxième Volet - Partie 1

Pas de repos pour Arthur

(2025 - Réalisé par A. Astier) ***

Quelques mois après la destruction du château de Kaamelott et la fuite de Lancelot, les Chevaliers tentent de rétablir la Table Ronde. Tous sont plus ou moins d'accord, sauf Arthur le principal concerné.

Comme son prédécesseur, ce nouveau Kaamelott marche sur un fil de funambule particulièrement ténu. S'assurer que chacun dans la grande troupe ait son mot à dire et accessoirement quelque chose à faire, progresser dans l'intrigue générale en conservant un œil sur le mythe du Graal, garder le rythme et l'ampleur de la réalisation tout en poussant les curseurs côté forces occultes et fantasy... "on a du pain", comme disait Perceval. L'idée de scinder ce second volet en deux parties était sans doute nécessaire du point de vue de l'auteur, mais cela conduit inéluctablement à un ralentissement général des événements et au sentiment désagréable d'ajouter des péripéties pas toujours essentielles à un arc narratif global plutôt clair. Comme Peter Jackson et son adaptation très longuette en 3 épisodes du maigre bouquin du "Hobbit", comme George Lucas et sa pénible prélogie Star Wars emplie d'intrigues secondaires pas franchement passionnantes, l'ami Astier se fait plaisir en étirant son récit, tout en devant composer avec les aléas de son casting pour combler les absences et satisfaire les fanas d'une série qui tourne en boucle depuis 20 ans à la TV. Il joue avec nos nerfs, refuse les facilités scénaristiques avec un Arthur qui défie constamment les attentes des Dieux (les spectateurs du film ?), amenant lentement (mais sûrement ?) son protagoniste principal vers Avalon, si on suit la légende.
On est toujours au top niveau réalisation, décors et musiques, avec des références aux meilleures productions US et des paysages magnifiquement mis en valeur. On conserve le style inimitable des dialogues qui pulsent, même si certains personnages s'en sortent mieux que d'autres pour restituer le flow made in Astier. Mais à partir de sa seconde moitié, le film souffre de l'éparpillement des multiples quêtes des innombrables protagonistes et antagonistes. Au final aucune n'a de résolution satisfaisante : pas de réel danger du côté des forces surnaturelles qui se manifestent enfin dans cet épisode, pas d'affrontement contre Lancelot, pas de trace d'Yvain, pas de réelles embûches pour le trio d'enchanteurs face à la malédiction du château. Et les différents voyages en sombre Orcanie, en éclatante méditerranée ou dans les glaciales contrées d'Islande ne mènent qu'à de nouvelles énigmes qui nous laissent sur notre faim. Il faudra attendre la suite pour savoir si toutes ces frustrations en valaient la peine.

dimanche 22 mars 2026

Dredd (2012)

 

Les Juges vont tout cramer

(2012 - Réalisé par P. Travis) ***
Mega-City One est une mégalopole babylonienne ravagée par la violence. Le Juge Dredd et la jeune recrue mutante Anderson doivent enquêter sur un triple meurtre lié au trafic d'une nouvelle drogue, le Slo-Mo. 

Sorti un an après The Raid, film d'action indonésien ultra-nerveux avec une intrigue très similaire (forces de l'ordre prises au piège dans un immeuble aux mains des truands), Dredd a une approche esthétique radicalement différente. Son univers S-F et ses thématiques mettent en scène une vision délibérément provocatrice de la justice expéditive, incarnée par un "flic" qui fait passer Dirty Harry pour un aimable agent de surveillance de la voie publique. Un antihéros facho qui fait face à une bande de criminels sanguinaires, dans une ville-monde post-apocalyptique faite de milliers de mega-buildings où la misère consume l'humanité. Bref, un fantasme d’extrême-droite dans lequel la police applique sur le champ les sentences qu'elle proclame (généralement, la peine de mort). 
Nous avions déjà eu une version édulcorée au cinéma avec Stallone dans le rôle de Dredd, mais ici le propos est plus radical. Visuellement le film nous donne des séquences gores très graphiques, amplifiées par les ralentis surréels impliqués par la drogue Slo-Mo, puissante substance hallucinogène qui fait vivre les événements vécus à 1% de leur vitesse réelle. Les carnages des fusillades sont ainsi détaillés avec une précision maniaque et morbide, avec un rendu éclatant hypnotique. Le monolithique Dredd et sa comparse télépathe n'ont pas grand chose à jouer dans cette production purement "action", mais ils s'en tirent bien, notamment l'antagoniste Ma-Ma, la cheffe junkie impitoyable qui veut protéger à tout prix son juteux trafic. Et derrière une façade très premier-degré opposant la Loi au Chaos, le scénario dévoile que la droiture d'une justice affichant des symboles de force et pureté (l'aigle Romain repris par les fascistes et la croix sur le casque des Juges, proche d'une swastika), n'est en vérité qu'une apparence : certains Juges sont aussi corrompus que leurs victimes.

jeudi 4 décembre 2025

Alien: Romulus

Notre héroïne Ellen Ripley Rain Carradine et l'androïde Bishop Andy

(2024 - Réalisé par F. Alvarez) ***

Sur la colonie minière Jackson's Star, de jeunes travailleurs ambitionnent de fuir leur planète pour une vie meilleure. Un signal capté d'une station spatiale abandonnée en orbite pourrait bien être leur salut.

Comme l'était Star Wars VII avant lui, Alien Romulus est un remoot (remake + reboot). On prend plein d'ingrédients des épisodes précédents, on colle tout ça dans un grand shaker et on secoue très fort en espérant obtenir un cocktail buvable. Puisque les événements se déroulent quelques dizaines d'années seulement après l'épisode fondateur, on nous ressort Ash l'androïde pour plaire aux fans du premier Alien. Même s'il finissait démantelé et cramé, on nous assure qu'il a quand même été sauvé par l'entreprise Weyland-Yutani (toujours dans les mauvais coups, celle-là). On distille aussi des gunfights bien mis en scène comme dans Aliens, avec du sang acide de xénomorphe planant en apesanteur. On fait plaisir aux fans d'Alien 4 et de Prometheus (y'en a) avec un monstre final créé à base de substance noire des Ingénieurs (vous vous souvenez de ça, n'est-ce pas !?). Les passages obligés avec les facehuggers sont suffisamment bien renouvelés pour nous surprendre. Bref, on est confort dans nos pantoufles.
Les auteurs s'aventurent quand même sur quelques pistes originales en ajoutant un peu de social avec ces braves jeunes de la mine rêvant d'un monde meilleur, ou ce nouvel androïde aux personnalités multiples. Mais les problèmes de rythme et le manque de charisme d'une bonne partie du casting ne font pas de ce Romulus un classique de la saga. A trop vouloir brasser de sujets, écologisme, discrimination raciale, déshumanisation, anticapitalisme, on finit par les oublier pour ne retenir que les incohérences scénaristiques d'un thriller horrifique encombré par son lourd héritage. Et comme avec Star Wars ou Terminator, on se demande naïvement s'il ne faudrait pas laisser la saga reposer en paix définitivement ?

lundi 6 octobre 2025

Beetlejuice Beetlejuice

Un enterrement de première classe

(2024 - Réalisé par T. Burton) **
 
Près de 40 ans après les événements du premier film, Lydia est devenue la présentatrice vedette d'un talk show sur les phénomènes paranormaux. Possédant toujours son don de voir les morts, elle est très troublée lorsqu'elle aperçoit furtivement dans le public une vieille connaissance : Beetlejuice ! Et ce n'est pas la seule mauvaise nouvelle...
 
Tout le fan service est au rendez-vous : les principaux acteurs sont là, le modèle réduit de la ville attend sagement dans son grenier, le monde des morts est toujours aussi bureaucratique, les vers géants sont toujours aussi mortels et vous aurez droit à une nouvelle possession de groupe menant à une comédie musicale (mais pas sur la chanson Day-O de Harry Belafonte). Tim Burton y greffe quelques idées un peu rentrées au chausse-pieds, comme ce "Soul Train" trop décalé pour être vraiment cool ou cette ex-femme de Beetlejuice faisant office de bad girl principale très banale et complètement anecdotique. Ce qui intéresse vraiment le réalisateur, c'est de raconter les traumas de trois générations de femmes, Delia la belle-mère, Lydia la mère et Astrid la fille. La première est toujours aussi perchée et égocentrique, la seconde se bat contre la malédiction de son don surnaturel, la défiance de sa fille et la manipulation de son mari, la troisième est frappée par la mort de son père et cherche l'amour. Et Beetlejuice dans tout ça ? il veut la même chose qu'il y a 40 ans : se marier pour revenir dans le monde des vivants. L'effet Nostalgie fonctionne grâce à l'abattage de Michael Keaton et à la fragilité émouvante de Winona Ryder mais est-ce suffisant pour surpasser l'original ? 
 

jeudi 2 octobre 2025

The Substance

Miroir, mon beau miroir...

(2024 - Réalisé par C. Fargeat) ****
Elisabeth Sparkle, star d'un show TV d'aérobic, apprend son licenciement le jour de ses 50 ans. Elle tente une solution radicale : s'injecter une mystérieuse substance sensée créer une version rajeunie d'elle-même. 
 
On pourrait résumer ce film comme un "Dr Jekyll et M. Hyde" version féministe gore. Mais ce serait oublier tout ce qu'il est par ailleurs. Une attaque frontale de beaucoup de sujets de société contemporains et une déclaration d'amour au cinéma bis plutôt gonflée, emballés dans un humour qui sauve pas mal de partis pris esthétiques et scénaristiques à priori casse-gueules. Réussir à faire se côtoyer des thèmes comme la misogynie et le culte de la jeunesse avec le style body-horror le plus extrême et les séries Z façon "Toxic Avenger", c'est l'exploit de Coralie Fargeat. Bénéficiant d'un casting étasunien trois étoiles et d'un script qui repousse sans cesse les limites du bon goût pour notre plus grand plaisir, la réalisatrice s'autorise toutes les audaces : l'objectivation des corps féminins avec du "female gaze" très prononcé, un filmage hyper-stylisé qui accentue le côté grotesque de sa fable, et un grand final jusqu'au-boutiste inespéré !

samedi 28 décembre 2024

Deadpool & Wolverine

Ils reviennent pour sauver Marvel

(2024 - Réalisé par S. Levy) ***
Continuant à abuser des voyages temporels depuis son aventure précédente, Deadpool cherche à tout prix à reconstituer les Avengers originels des Comics. Mais après une ultime déconvenue, il décide finalement de reprendre son identité de Wade Wilson pour essayer de vivre normalement.
 
Dans un contexte de "Superheros fatigue" avec une suite de semi-réussites et de flops-complets dilués dans un océan de Séries, le fameux Cinematic Universe peinait à renouveler sa formule depuis son final époustouflant en 2019. Perdu dans les limbes des droits commerciaux entre les studios Fox et Disney, le trublion Deadpool était sans doute le seul à pouvoir sauver les meubles. Encore fallait-il que le producteur démiurge Kevin Feige autorise Ryan Reynolds à foutre le boxon et dire des gros mots. Dès que Hugh "Wolverine" Jackman a dit oui au projet, le porte-monnaie de Mickey s'est mis en mode open bar !
L'autre coup de génie du film est d'adresser la façon dont Deadpool, ex-propriété de la Fox pour le Cinoche, peut intégrer l'univers ultra polissé des Avengers façon Marvel. Dans les deux films précédents, Ryan Reynolds n'a cessé de se moquer du côté très manichéen et formulatique de toutes ces franchises. Et le voilà aujourd'hui obligé de les rejoindre. Évidemment il le fait avec son style décapant, en essayant d'abord de littéralement déterrer le cadavre de Logan dans sa tombe. Comme il ne peut pas toucher aux Stars les plus sacrées (et les plus chères) que sont Iron Man, Black Panther ou Captain America, qu'il ne peut marcher sur les plates bandes de ceux qui sont déjà en mode "déconne" (Thor, Guardians of the Galaxy) et qu'il doit laisser tranquille ceux qui s'en tirent bien tout seuls (Spiderman, Dr Strange) ou qui doivent se faire rapidement oublier (Eternals, The Marvels), il ne reste a priori plus grand monde de dispo ! 
 
Plutôt que de racler le fond du panier, les auteurs font ce qu'ils maîtrisent le mieux : une pluie de références plus ou moins obscures. Qui se souvient que Chris "Captain America" Evans joua dans une des innombrables versions des 4 Fantastiques ? Ou que Wesley Snipes incarna Blade et Jennifer Garner fût Electra ? Ce Deadpool 3 est un bel hommage à la petite décennie située entre la fin des "Batman" guignolesques de Joel Schumacher (1997) et le début de la trilogie adulée de Christopher Nolan (2005), avant que le raz-de-marée Marvelien ne finisse par tout engloutir (Iron Man et consorts, à partir de 2008). C'est durant ces quelques années que les X-Men prirent le leadership et renflouèrent les caisses de la Fox, avec les mutants du Professeur Xavier versus ceux de Magneto (qui inspirèrent sûrement la concurrence...) 
Deadpool & Wolverine navigue donc entre clins d'œil aux aficionados de cette époque déjà lointaine, y compris les purs et durs lisant les Comics originaux. On pense notamment à la séquence de la recherche du "bon" Wolverine et à la bataille finale dans laquelle une armée de variantes de Deadpool affronte les deux lascars, deux passages qui raviront les connaisseurs des BD. 
Mais, revers de la médaille, cette avalanche de réfs est soutenue par un scénario à base d'univers parallèles qui paraît bien artificiel et difficile à suivre, surtout en comparaison avec les deux premiers opus et leurs intrigues tenant sur un post-it. Peut-être un moyen de moquer en douce le bordélique multivers des Avengers qui permet tout et n'importe quoi ? Heureusement que le duo fonctionne parfaitement et que Hugh Jackman réussi l'exploit de jouer son rôle de clown blanc face à l'auguste, en gardant intacte l'aura du personnage malgré les vannes qui fusent.
La tonalité générale respecte aussi le décalage du personnage principal, qui se prend pour le "Marvel Jesus" et qui pourrait bien avoir raison en ressuscitant la saga MCU qui saoule tout le monde ! En tout cas, Deadpool entre dans la catégorie des (très) rares trilogies réussies au cinéma.
 

dimanche 10 novembre 2024

Destination Finale - L'intégrale

Prêts pour le grand 8 ?

Destination Finale (Final Destination - 2000 - Réalisé par J. Wong) ***
Des lycéens se préparent à prendre l'avion pour Paris, pour un voyage scolaire. Mais une fois à bord, Alex a une terrible prémonition où il voit l'appareil exploser en vol.

Destination Finale 2 (Final Destination 2 - 2003 - Réalisé par  D. R. Ellis) ***
Des potes roulent en direction d'un week-end de détente. Mais dans le trafic dense sur la route, Kimberly a une épouvantable prémonition où elle voit un gigantesque carambolage.
 
Destination Finale 3 (Final Destination 3 - 2006 - Réalisé par J. Wong) ****
Des copains passent la soirée dans un parc d'attractions. Mais au moment où ils prennent place dans le grand 8, Wendy a une effrayante prémonition où elle voit les wagons dérailler.
 
Destination Finale 4 (The Final Destination - 2009 - Réalisé par  D. R. Ellis) *
Des amis assistent à une course de voitures sur circuit. Mais tandis que les bolides passent devant eux, Nick a une sinistre prémonition où il voit un accident qui ravage leur tribune.
 
Destination Finale 5 (Final Destination 5 - 2011 - Réalisé par S. Quale) ***
Des collègues se rendent à un séminaire de travail. Mais alors que leur car traverse un grand pont suspendu, Sam a une horrible prémonition où il voit la structure s'effondrer. 
 
La recette d'un Slasher/Splatter réussi repose sur un bon casting, des morts inventives et un méchant mémorable. Destination Finale propose justement le bad guy ultime, la mort ! Et pour ne pas encombrer le cerveau des spectateurs, la formule reste la même tout au long de la saga : on ne peut échapper à son destin. Si vous ne succombez pas selon les plans établis par la grande faucheuse, elle trouvera toujours un moyen de vous zigouiller plus tard, dans un accident imprévisible. C'est tout l'intérêt (et, soyons honnête, le seul) de cette série de 5 films : découvrir quel enchaînement de circonstances va mener à la mort brutale de chacun des personnages. 
Le premier quart d'heure est toujours dédié à la "vision" du héros ou de l'héroïne. L'occasion de mettre en scène une catastrophe spectaculaire qui dévaste tout le casting ! Et à chaque fois, notre protagoniste se réveille et va sauver un petit groupe de chanceux juste avant le cataclysme. On prend ensuite un peu de temps pour découvrir les stéréotypes incarnés : le mec/la nana à la cool, le/la rebelle qui refuse d'y croire, l'intello expliquant le scénar à intervalle régulier, le/la fragile qui pète les plombs, etc. Mais rapidement le karma reprend ses droits et le massacre continue. 
 
Dès le premier DF, la mise en scène de chaque "accident" est un régal avec notamment le gars qui parvient à se pendre dans sa baignoire sans le faire exprès et la prof seule chez elle qui va finir poignardée avant de faire exploser sa baraque !
A partir de là, c'est l'escalade ;-) On monte en pression dès l'épisode 2 avec par exemple le gagnant du loto qui va échapper un long moment à sa destinée ou le pauvre garçon chez le dentiste qui fini en Panini Fromage. Le point culminant est atteint avec le 3e opus. La maitrise est parfaite, les acteurs et actrices excellents et les effets spéciaux succulents (pas encore entièrement en synthèse, nous sommes en 2006). Outre l'intro mortelle dans le grand 8 (dans tous les sens du terme), les incroyables séquences des cabines de bronzage, sur le titre Love Rollercoaster des Ohio Players, ou dans l'entrepôt de bricolage sont des purs bijoux de tension et de fun mêlés. Avec en prime une dénouement qui semble vouloir conclure définitivement la saga.
Ça se gâte malheureusement avec DF 4, très bâclé avec lors de sa sortie en salle un gimmick 3D bien énervant (tous les 20 ans, l'industrie essaye de nous refourguer cette techno), une intrigue vraiment trop basique et pire, des morts sans originalités ! Bref, une arnaque de producteurs uniquement destinée à traire la vache en capitalisant sur la franchise. 
Par bonheur le dernier film redresse la barre. Même si le début laisse craindre le pire avec des caricatures de caractères au-delà du risible, les auteurs retrouvent ce qui fait le sel de la chose. Un bon rythme (pas frénétique mais pas poussif non plus) et des séquences de morts sévèrement gores tantôt poilantes (le gros lourd au salon de massage), tantôt glaçantes (la fille dans la salle d'opération). L'histoire s'autorise même un petit pied-de-nez à la formule de la série lors de la confrontation finale et un twist plutôt malin dans l'épilogue.

jeudi 10 octobre 2024

Furiosa - Une Saga Mad Max

Les 3 acteurs principaux : Chris Hemsworth, son faux nez et Anya Taylor-Joy
 
(2024 - Réalisé par G. Miller) ***
Des années après l'apocalypse, dans une des rares oasis préservées d'Australie survit le clan des Vuvalini. Un jour, la toute jeune Furiosa se fait enlever par des pillards à la solde du Seigneur de Guerre Dementus.
 
Ce "préquel" était-il absolument nécessaire ? Bien sûr que non. George Miller a-t-il eu raison de le faire quand même ? Bien sûr que oui. 
Sachant qu'il ne pouvait nous refaire le coup de Fury Road, notre homme bifurque comme à chaque fois avec sa saga quarantenaire. Cette fois-ci il place son récit dans un contexte d'origin story, un genre casse-gueule qui peut mener à la catastrophe (La Menace Fantôme) ou au chef d’œuvre (Incassable). Furiosa prend donc les commandes, comme c'était déjà le cas dans l'épisode de 2015. Et de Mad Max il n'est plus du tout question, remplacé un moment par un ersatz mutique nommé Jack.
Dans la pure tradition du genre, notre héroïne est déjà invincible dans sa jeunesse et le film s'attache à décrire tout ce qui va la mener là où elle doit se trouver lorsque débutera Fury Road. Avec seulement 4 ou 5 lignes de dialogues durant toute son aventure Furiosa ne s'exprime quasiment que par son regard, un tic que l'on retrouve chez beaucoup de réalisateurs lorsqu'ils filment le visage félin très cinégénique de l'actrice Anya Taylor-Joy. On se demande d'ailleurs si ce n'est pas un discret coup de canif à la morale pro-féministe du film où pratiquement tous les mâles sont bavards, difformes et psychotiques, y compris Chris Hemsworth dont l'appendice nasal lui vole la vedette à chaque gros plan, et dont les héroïnes sont belles mais ferment leur gueule ;-)
Les fans de l'épisode précédent retrouveront quelques courses-poursuites grandiloquentes, sans atteindre son niveau inégalable et avec une petite perte de qualité dans certains effets spéciaux. Les amateurs/trices de mondes post-apo se délecteront de la découverte de lieux mythiques tels que Pétroville ou le Moulin à Balles. Les mordu(e)s de la saga en apprendront plus sur la galerie de personnages peuplant cet univers infini. Quant à celles et ceux qui veulent connaître le destin de ce bon vieux Max Rockatansky, attendez la suite ?

jeudi 8 août 2024

Dune - Deuxième Partie

La Force est avec lui

(2024 - Dune: Part two. Réalisé par D. Villeneuve) ****
C'est le temps de la revanche pour Paul Atréides, laissé pour mort par les Harkonnen dans les déserts d'Arrakis. Mais un grand défi attend le futur Muad'Dib : gagner la confiance des Fremen, en particulier celle de la belle Chani.
 
Comme attendu, les enjeux deviennent sérieux dans cette seconde partie de la saga. Le décor est planté, les protagonistes connus, on délaisse un peu le mysticisme contemplatif de l'épisode précédent pour une plongée plus concrète dans l'action. Le temps est compté pour nos héros qui doivent affronter de nouvelles menaces, avec un Harkonnen particulièrement bestial et l'intervention de l'Empereur en personne, tout en faisant face à leurs nombreux soucis personnels ! Entre la manipulation sournoise du Gene Besserit, la tension au sein des Fremen, une grossesse surprise et les tourments physiques et psychologiques des protagonistes dans une nature décidément très hostile, les révélations successives donnent au film une cadence plus soutenue sans que le réalisateur perde sa maitrise de l'image et du son.
Entre l'intime et l'ample, on retrouve le faux rythme du style Villeneuve qui divise toujours le public. Certains s'agacent des tics du réalisateur, ses lubies visuelles qui font par exemple soudainement basculer l'action dans un noir et blanc vibrant (l'arène Harkonnen) ou ses choix scénaristiques radicaux dans un roman probablement trop dense pour tout inclure. Mais ce parti pris est justement ce qui rend l’œuvre unique, une signature rendant hommage à la saga de Frank Herbert sans céder aux astuces des productions Hollywoodiennes à la mode. Une façon d'essayer de traverser l'épreuve du temps. On verra avec l'épisode 3 si cette version cinématographique de Dune est promise à un destin fabuleux, atteindre le statut de légende tragique à l'instar de son héros.

mardi 28 mai 2024

Oppenheimer

How can I save my little boy...

(2023 - Réalisé par C. Nolan) ****

L'histoire du directeur du Projet Manhattan, Robert Oppenheimer, en charge de créer la bombe atomique avec son équipe. Dans cette course à l'armement en pleine seconde guerre mondiale, on suit les implications philosophiques et les intrigues politiques qui vont poursuivre le scientifique dans les années suivant les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki.

Tirée du livre "American Prometheus", cette biographie se focalise évidemment sur l'événement central de la vie du célèbre physicien, la création de la première arme de destruction massive. Mais c'est aussi l'occasion pour le réalisateur d'en traiter les conséquences. Comme on s'y attend avec le Sir Nolan, ce n'est pas un biopic Hollywoodien classique auquel on a droit. En mélangeant les époques, le réalisateur parvient à gérer intelligemment la pléthore d'événements, d'obscurs protagonistes et de figures historiques qui ont jalonné la vie d'Oppenheimer. On se focalise sur trois périodes, son ascension dans les années 30, son travail sur la bombe parasité par ses sympathies Communistes supposées et son audition en 54 pour maintenir son habilitation de sécurité nationale.
On aborde ainsi toutes les facettes de cet homme, génie scientifique fuyant le nazisme, 
mari cédant à l'adultère, diplomate devant s'accommoder avec les fortes personnalités qu'il dirige et les embrouilles de ses supérieurs militaires et politiques. Plutôt que de tenter une explication technique et de s'appesantir sur des tableaux rempli de formules mathématiques imbitables, Nolan fait passer la complexité scientifique de l'élaboration de la bombe à travers de courtes et spectaculaires séquences presque abstraites, comme si nous étions au cœur des atomes et de la pensée.
Le grand débat sur le film concerne bien sûr la destruction des villes Japonaises en Août 1945 : fallait-il montrer l'horreur ? Comment fictionnaliser ce Mal absolu qui, selon certains, aura finalement épargné plus de vies qu'il n'aura fait de victimes ? Les auteurs ont préféré s'abstenir, mais la séquence du "test" est suffisamment explicite pour en démontrer les ravages et les "visions" du personnage principal font passer le message de manière plus subtile. De plus, Oppenheimer n'est pas un film sur la guerre. Une large partie est d'ailleurs consacrée aux tribulations juridiques de notre homme, pris entre ses auditions aux allures de procès hypocrite et son besoin égocentrique de reconnaissance publique. Pas simple à mettre en scène, il fallait un cinéaste et des auteurs à la hauteur de leur sujet. Contrat rempli !

mardi 5 septembre 2023

Doctor Strange in the Multiverse of Madness

C'est le bordel multivers dans le cabinet du Docteur

(2022 - Réalisé par S. Raimi) ***
Tandis qu'il assiste au mariage de son ex Christine, Stephen Strange doit sauver des griffes d'un monstre une jeune femme nommée America. Le Docteur a justement rêvé d'elle la nuit d'avant.
 
Cet épisode post-Infinity War est sans doute celui qui encapsule le mieux la difficulté pour les pontes de Marvel à prolonger le succès de la trop longue saga des Avengers. Comment se renouveler ? Qui pour remplacer les icônes ? Que raconter qui n'ait pas déjà été dit ? En s'appuyant sur le concept du multivers, déjà expérimenté avec Spiderman, on comprend que plus rien n'a d'importance. Tous les personnages existent en un nombre infini de versions, tous les univers sont possibles. Aucune mort, aucune victoire et aucun échec ne sont définitifs, tout est sans conséquence (ce qui, en y réfléchissant, était déjà le cas avec les voyages temporels du final d'Endgame). C'est d'autant plus le cas avec le Dr Strange, déjà expert en manipulation de la réalité et maître du temps. 
Avec Sam Raimi aux commandes (Evil Dead, Spiderman 2002/2007), on est assuré que ce "Multiverse of Madness" bénéficie d'un rythme soutenu, d'inventivité et d'images spectaculaires. Le film fonctionne plutôt bien au premier degré, tribulations sympathiques avec leur lot de clin d'œil aux spectateurs avertis (Bruce Campbell d'Evil Dead fait un caméo et le Professeur Xavier passe faire coucou). 
Côté scénario, on ne peut s'empêcher de lire un sous-texte politique. Scarlet Witch poursuit la jeune America Chavez, jeune femme hispanique dotée du pouvoir de changer d'univers. Elle espère trouver le monde où existent ses deux enfants pour vivre sa vie de Wanda, simple mère de famille comblée. On assiste donc à un combat entre une méchante sorcière capable de tordre la réalité pour tromper son monde (dont le désir le plus ardent est d'être mère au foyer) et un duo de héros experts en "changement d'univers". 
Le film étant sorti deux ans après la fin de la gouvernance Trump aux USA, on voit le lien entre l'ex-président, troll d'extrême-droite spécialiste de la fake news et populiste prêt à toutes les impostures, face au camp Démocrate et son désir de changer la société. Strange doit littéralement sauver l'Amérique (l'héroïne s'appelle America et elle fût élevée par deux mères !) face à une ennemie menteuse qui créé des fausses réalités. Pour appuyer un peu plus le message pas super subtil, l'aventure emmène nos protagonistes sur une terre alternative protégée par les Illuminati, groupe composé entre autre d'une version féminine de Captain America et d'une Captain Marvel noire. Rappelons que les Illuminati sont une des plus fameuses théories complotistes de l'Histoire, servant de matrice aux cinglés de tout poil. Pas sûr que le public traditionnel du MCU soit intéressé par ses thématiques et pas sûr non plus que les militants politiques purs et durs soient passionnés par un énième épisode de super-héros au cinéma.

vendredi 4 août 2023

Ready Player One

Même en 2045 on aura toujours l'air con avec un casque VR

(2018 - Réalisé par S. Spielberg) ***
Dans un futur proche les gens passent leur temps dans l'Oasis, monumental univers virtuel ludique. C'est le cas du jeune Wade Watts, alias Parzival, à la recherche des 3 Clés donnant accès à une fabuleuse récompense.
 
Apparemment le livre était déjà un hommage constant à la culture Pop Étasunienne, le film de tonton Steven l'est aussi. Des références les plus "grand public" aux plus hardcores (Buckaroo Banzaï, Atari 2600, Chucky...), chaque personnage en arrière plan, chaque poster sur un mur, chaque jouet sur une étagère, chaque citation dans un dialogue fait appel à la nostalgie de celles et ceux qui furent ados entre les années 80 et 2010. Et encore, Spielberg a dû limiter les mentions de ses propres films, parait-il trop nombreuses dans le bouquin, pour éviter de s'autoparodier constamment ! 
Passé le plaisir coupable de choper toutes les réfs et la frustration d'en louper douze à la minute, que reste-t-il ? Des séquences "action" essentiellement virtuelles reliées entre elles par une basique histoire de chasse au trésor (résoudre l'énigme, affronter le danger, prendre l'objet, recommencer). Bref, de la quête standard de jeu vidéo. Les courses de bagnoles et les affrontements massifs ressemblent furieusement à des cinématiques ultra chiadées, malgré le fait que tout a été incarné et capturé à partir des vrais acteurs.
Ce n'est que lorsqu'il s'éloigne des poncifs que le réalisateur nous intéresse, par exemple dans le night-club (enchaînement parfait Blue Monday/Staying Alive ;-) ou avec la recréation maniaque de l'hôtel de The Shining (scène qui n'est même pas dans le livre, nous dit-on dans les suppléments du Blu-Ray). Une production qui est un mix entre les Indy et Tintin, déjà Made in Spielberg, avec un petit goût de Goonies (aussi produit par le Boss) et rehaussée par des mouvements de caméra très dynamiques et une frénésie de péripéties qui masquent la maigreur du scénario et des personnages.

mardi 31 janvier 2023

Chromosome 3

Une progéniture turbulente

(The Brood - 1979 - Réalisé par D. Cronenberg) ****

Frank Carveth, père divorcé, vient chercher sa fille de 5 ans qui a passé un week-end avec sa mère traitée pour ses troubles psychologiques dans un institut spécialisé. Il assiste à une session publique où le Dr Raglan fait une démonstration de sa méthode de soin peu orthodoxe. De retour à la maison, Frank constate que son enfant a le dos couvert de traces de coups.

Il y a des films que ma génération n'a pu découvrir qu'à la télé, car nous étions trop jeunes au moment de leurs sorties en salles : Alien, L'Exorciste, Massacre à la tronçonneuse... Chromosome 3 fut un traumatisme aussi puissant pour moi que les chefs-d’œuvre cités, lors de mon premier visionnage à la téloche, jeune ado. Ses petits monstres au visage anguleux, surgissant dans les endroits intimes ou familiers (dans la cuisine, sous le lit, à l'école !) et d'une sauvagerie inouïe, sont une des créations les plus marquantes dans le genre.
David Cronenberg atteint ici la maitrise de son histoire et de sa mise en scène, après des débuts prometteurs mais fauchés (Frissons, Rage).
Le film fonctionne en tant que pure production horrifique et traite aussi un sujet grave. Le supplément d'âme vient des interprètes et d'un scénario plutôt gonflé, aux multiples niveaux de lecture. La mère maltraitante est sublimement incarnée par l'actrice Samantha Eggar, en quelques séquences elle fait exister ce rôle exalté qui aurait pu facilement basculer dans le ridicule. La révélation finale grandiloquente est un choc esthétique et moral très malaisant. Le père est à la fois victime et combatif, reflet de ce qu'à véritablement enduré Cronenberg lors de son divorce mouvementé. Il vit le cauchemar de tout parent, savoir son enfant en danger sans pouvoir agir légalement. On peut y trouver un écho moderne, où la haine virtuelle anonyme des réseaux sociaux peut s'acharner sur un individu et finir par se concrétiser dans le réel, sans contrôle légal.
A ce casting parfait s'ajoutent des sous-textes qui vont au-delà du simple film d'épouvante. L'auteur voulait montrer son expérience d'une séparation qui se passe mal, en donnant le mauvais rôle à la mère plutôt qu'au père. Le fiel de cette femme paumée trouve malgré tout une explication et cette douleur incontrôlable sera sans doute transmise à sa descendance, à la vue du dernier plan du film. On peut y voir aussi une critique des sociétés occidentales des années 70, promptes à fonder de nouveaux dogmes basés sur des "sciences" balbutiantes. Le Docteur Raglan,
sous le regard perçant d'Oliver Reed, est la personnification de ces apprentis-sorciers appliquant des méthodes douteuses sur des cobayes à leur merci, avec des résultats catastrophiques.
Le mélange des genres, entre drame familial, film Fantastique,
body horror âpre et thriller psychologique, est la signature de la "patte" Cronenberg avec ses thèmes de prédilection obsessionnels. Cette histoire très personnelle permet au cinéaste d'assoir le style qui va l'imposer comme un artiste unique pour les décennies qui suivront.

jeudi 28 juillet 2022

The Batman

 
"Qui a pété ?"

(2022 - The Batman - Réalisé par M. Reeves) ***
Un justicier solitaire, se faisant appeler Batman, fait régner la terreur parmi la pègre de Gotham. Mais en pleine période d'élection, le mystérieux "Riddler" assassine le maire.
 
Encore une fournée "Batman", comme tous les quatre ans. Rien de nouveau, on perpétue la lignée lancée par Christopher Nolan en 2005, à savoir une version ultra-réaliste et hyper-déprimante de notre héros à grosse voix. Ce nouveau film de près de 3 heures est d'ailleurs une sorte de condensé de la trilogie Nolanienne, en moins efficace. On y retrouve le même arc narratif pour Bruce Wayne, figure sombre du "vigilante" façon fantasme d’extrême-droite, un riche citoyen qui se fait justice lui-même et lutte contre son trauma d'enfance, dans une ville corrompue jusqu'à la moelle. On essaie d'imiter la folle performance de Heath "Joker" Ledger dans Dark Knight, avec un Paul Dano qui joue son Riddler comme son rôle dans "There will be blood". On pioche également dans la thématique de Dark Knight Rises (aussi reprise dans le Joker de 2019), avec un message de complotisme généralisé des élites contre le peuple et un méchant qui soulève une troupe de laissés-pour-compte pour affronter le système dominant. Tout baigne dans le manichéisme le plus élémentaire, dans une ambiance quasi-permanente de nuit poisseuse et de décors délabrés sous une morne pluie.
Le scénario sauve les meubles, c'est le point fort de cet épisode. On nous épargne une énième séquence sur la mort des parents Wayne et la "fausse" vie de milliardaire de Bruce, pour plonger directement au cœur du sujet dès le début du film. Batman est déjà une figure connue et redoutée des criminels, ses activités "officielles" de milliardaire ne sont pas montrées. En tant que justicier masqué il va être la cible de plus en plus évidente d'un psychopathe qui va patiemment mener notre héros à douter, au cours d'une enquête où les convictions des uns et des autres s'écroulent. La performance de Robert Pattinson, encore plus "mâchoires serrées" que Christian Bale chez Nolan, aide à faire passer la pilule d'une production trop étirée en durée.
Le reste du casting est un sans faute qui soutient cette lourde démonstration de dépression générale, de Catwoman au Pingouin en passant par Falcone, chacun jouant une note unique mais parfaitement tenue.

jeudi 23 juin 2022

Matrix Resurrections

L'élu unique est plusieurs.
 
(2021 - The Matrix Resurrections - Réalisé par L. Wachowski) ***
En explorant dans l'ancienne Matrice la fameuse séquence où Trinity affronte des agents dans un hôtel, la jeune Bugs découvre un moyen de réveiller Neo pour le sortir de sa prison virtuelle. Ce dernier est en effet amnésique, vivant sa vie sous son identité de Thomas Anderson, programmeur vedette d'une grande trilogie de jeux vidéo appelée... Matrix !

Les lois du commerce étant ce qu'elles sont, ce n'était qu'une question de temps pour qu'un remoot (remake/reboot) de Matrix surgisse. Lana Wachowski et la Star Keanu Reeves sont parvenus à repousser l'échéance le plus loin possible, mais un nouvel épisode était... inévitable (That's the sound of inevitability, comme disait l'agent Smith), il fallait ressusciter les morts pour régurgiter la même rengaine. Que faire alors, lorsqu'on a déjà tout dit dans sa trilogie mais qu'on ne veut pas l'abandonner ? Œuvre "Meta" par excellence, voilà donc l'occasion de faire un commentaire sur ce qui s'est passé depuis Matrix Revolution dans l'industrie des blockbusters États-uniens (contrôlés par Marvel/Disney depuis 15 ans).
L'auteure abandonne malheureusement ses ambitions en terme de mise en scène. Planqués derrière une histoire qui dédouble l'élu en deux entités féminin/masculin, on ne retrouve pas les combats chorégraphiés étourdissants d'il y a 20 ans, le "bullet time" ayant été plagié jusqu'à la nausée. Notre Néo est bien fatigué, son reflet dans le miroir montre un vieux type chauve, une manière de transgresser la figure Disneyienne de Superhéros synthétiques et asexués. Il traverse le film en état d'hébétude permanente, son rôle consistant à comprendre qu'il n'est rien sans Trinity et d'aller la secourir dans le monde "réel" afin qu'elle accomplisse sa destinée (exactement l'inverse de la trilogie). Bref, on sent bien que cette revisite n'est qu'un prétexte.
Le scénario est une mise en abyme torturée : Néo est retourné a son état initial dans le monde virtuel, il est Thomas Anderson et avale une pilule bleue chaque matin ! On se délecte de quelques séquences de réunions "brainstorming" bien cyniques où les commerciaux de Warner Bros préparent l'épisode IV de leur franchise (ce qui doit correspondre parfaitement à ce qu'à dû endurer Miss Wachowski pour ce film). Trinity a tout oublié, elle aussi, elle est une mère de famille qui fréquente le même café que notre pauvre héros (quel hasard !).
On s'amuse à repérer le retour des figures connues de la saga : Morpheus (sa pilule rouge et son dojo d'entrainement), l'Agent Smith alias le Boss, l'Architecte réincarné en psy d'Anderson, Niobe qui poireaute depuis 60 ans dans le "vrai" monde, Sati l'enfant indienne rencontrée dans Matrix Révolutions... Tous sont en mode auto-référence, dans des versions plus ou moins parodiques. Les tropismes d'un produit cinématographique moderne de consommation de masse sont moqués : personnages unidimensionnels (il faut voir le Mérovingien gueuler qu'il reviendra se venger dans le prochain film), affrontements manichéens, prédominance des images de synthèse, intrigue faussement alambiquée. 
Et au service de quoi ? Le fil ténu sur lequel marche les scénaristes les oblige a chercher constamment un équilibre qui ne satisfait pas grand monde au final. Osciller entre les messages méta-philosophiques, la nostalgie, les commentaires sur l’œuvre dans son époque et les money-shots grand spectacle, ça provoque quelques satisfactions pour le spectateur réceptif mais confirme un sentiment de superficialité. Ce qui, comme je le disais en intro, est sans doute ce que voulait raconter ce Matrix Résurrections. 22 années ont passé depuis l'épisode fondateur, l'heure n'est plus à la critique du "système" et au choix entre réalité et illusion : les pilules rouges ou bleues ont depuis été assimilées politiquement. Le discours du film se déplace donc vers l'importance de faire sens pour retrouver ce qui compte au final, la sincérité d'une autrice qui veut nous parler d'une histoire simple et vraie : l'Amour éternel entre deux êtres humains.

jeudi 24 février 2022

Dune (2021)

Parés pour le trek.
(2021 - Dune Premier Volet. Réalisé par D. Villeneuve) ***
Dans le futur, Arrakis est une des planètes les plus convoitées, la seule sur laquelle on trouve l'épice, substance démultipliant les facultés mentales et prolongeant la vie humaine. Lorsque la Maison Atréides est chargée par l'Empereur de remplacer les Harkonnen pour la dangereuse exploitation de l'inestimable drogue, elle se doute qu'un piège sournois se referme sur elle.

Ce premier volet trouve un bon équilibre entre l'introduction d'un nombre assez conséquent de personnages et la mise en place d'une intrigue impossible à résumer en un seul film (voir l'essai chaotique de Mister Lynch en 1984). Celles et ceux ayant apprécié la maitrise technique et les partis pris visuels du réalisateur sur Blade Runner 2049 et Premier contact seront en terrain connu. On retrouve ce rythme différent des blockbusters, il autorise la contemplation et invite à l'introspection au détriment de l'action pure souvent vide de sens. C'est justement ce dont a besoin un roman comme Dune, l'auteur Frank Herbert touchant des thèmes écolo sous le prétexte d'une ample saga science-fictionesque. L'être humain et sa relation au monde qui l'entoure restent au cœur des enjeux. L'harmonie instaurée par la tribu Fremen au sein d'une nature extrêmement hostile se heurte à l'exploitation à l'échelle industrielle d'une ressource rare par un fief brutal et cupide. Si le message vous paraît naïf et rabâché, c'est sans doute parce qu'il date de plus de 50 ans mais reste d'actualité.

Ce premier chapitre au cinéma bénéficie de la virtuosité de la mise en scène pour faire passer les manigances politiques pas très passionnantes, mais on comprend que cette lutte de pouvoir est secondaire. Le destin du jeune Paul Atréides ressemble furieusement à celui d'un certain Luke Skywalker, il découvre ses capacités psychiques hors norme sur une planète désertique et fait face à un empire menaçant. La suite des événements montrera la montée en puissance de la "rébellion" des Fremen face aux troupes de l'Empereur... Rappelons que le cycle de Dune a été écrit et publié bien avant le scénario de Star Wars !

mardi 7 décembre 2021

Kaamelott - Premier Volet

Ne m'appelez pas Sire.
 
(2021 - Réalisé par A. Astier) ***
En 484 le royaume de Logres est dirigé par l'intraitable Lancelot, aidé de mercenaires Saxons. Le despote pourchasse les derniers chevaliers de la table ronde, au premier rang desquels Arthur, disparu depuis dix ans.

Je ne doute pas de la maitrise d'Alexandre Astier concernant une saga dont il est le géniteur et le principal artisan depuis 15 ans. Au fil des six saisons de Kaamelott on a vu évoluer son savoir-faire et on a apprécié son ambition et son intransigeance pour garder son cap coûte que coûte, faisant passer le format très court et purement comique des débuts à des épisodes de comédie dramatique en moyen-métrages lors de la saison finale. Mais -après une intro comme ça, il faut un "mais"- je ne suis pas entièrement satisfait de ce premier volet. 
L'arc narratif qui va servir de structure à cette trilogie en devenir s'articule sans doute comme cela : le retour d'Arthur, ses combats contre les forces adverses pour reconquérir et conserver son trône et la conclusion de sa quête pour trouver le Graal, qui devrait être à la fois un achèvement personnel et plus globalement une élévation spirituelle des peuples du monde. 
En partant dix ans après les faits racontés dans la dernière saison, ce premier volet doit simultanément présenter la situation actuelle et introduire les innombrables personnages aux néophytes, tout en établissant où ils en sont depuis tant d'années pour celles et ceux connaissant la série. Il doit aussi faire avancer une intrigue comportant quelques nouvelles têtes tout en résolvant les interrogations laissées en suspens depuis 2010. Voilà une tâche ardue !
 
L'auteur s'en sort sur certains points, ce qui est déjà une prouesse en soi, surtout qu'il est à la fois l'acteur principal, le scénariste et réalisateur du film et le compositeur de la B.O. Il n'a pas lésiné sur les moyens pour proposer un grand spectacle avec des paysages et des décors luxuriants, jusqu'à l'excès pour les costumes carnavalesques des Burgondes ou l'armure-carcan un peu trop métaphorique de Lancelot, par exemple. Concernant les caractères, pour la plupart ils souffrent malheureusement d'un côté unidimensionnel, faute de temps pour les affiner vu la quantité de personnages à assimiler en deux heures. Beaucoup jouent leur note unique sur le mode "fan service", avec les répliques classiques piochées parmi les dizaines d'heures de la série.
Mister Astier pose les bases de Kaamelott au cinéma, des fondations sans surprises majeures mais qui trouvent quand même le temps de prendre connaissance des forces en présence, d'explorer un trauma de jeunesse d'Arthur et de lui permettre (enfin) de se rapprocher de Guenièvre. On espère que le prochain épisode sera aussi ample dans sa réalisation mais plus épique dans son scénario, qu'il utilisera notamment les puissances occultes dévoilées à la toute fin de ce premier volet.

samedi 14 août 2021

Freddy - L'intégrale (Saga "Les Griffes de la Nuit")

Avec Freddy, épilation rapide garantie

Les griffes de la nuit (A nightmare on Elm street - 1984 - Réalisé par W. Craven) ****
La revanche de Freddy (A nightmare on Elm street Part 2: Freddy's revenge - 1985 - Réalisé par J. Sholder) **
Freddy 3 : Les griffes du cauchemar (A nightmare on Elm street 3: Dream Warriors - 1987 - Réalisé par C. Russel) ****
Le cauchemar de Freddy (A nightmare on Elm street 4: The Dream Master - 1988 - Réalisé par R. Harlin) ***
Freddy 5 : L'enfant du cauchemar (A nightmare on Elm street: The Dream Child - 1989 - Réalisé par S. Hopkins) ***
La fin de Freddy : L'ultime cauchemar (Freddy's dead: The final chapter - 1991 - Réalisé par R. Talalay) *
Freddy sort de la nuit (Wes Craven's new nightmare - 1994 - Réalisé par W. Craven) ****

lundi 9 août 2021

Possessor

Vivre avec une influenceuse dans la tête, le cauchemar ultime

(2020 - Réalisé par B. Cronenberg) ***
Tasya Vos est membre d'une organisation criminelle particulière. Pour approcher et tuer facilement ses cibles, elle utilise une technologie d'avant-garde permettant d'infiltrer le cerveau d'un proche de la victime, afin d'en prendre le contrôle. Vos est une experte dans son domaine mais ses incursions dans les corps d'autrui commencent à la troubler, le processus l'oblige à "suicider" ses proies pour redevenir elle-même.

Le papa David, responsable de quelques uns des plus mémorables films de mon adolescence (La mouche, Chromosome 3, Scanners, Vidéodrome, Faux-semblants), peut être fier de sa progéniture. Le fiston Brandon semble prendre un chemin identique avec son second film (après Antiviral, anticipation imaginant un monde où la mode est de s’inoculer les mêmes maladies que les Stars !). Même ambiance sombre et déphasée avec quelques images gores chocs, thématiques semblables questionnant le corps et les sciences d'avenir. La méthode narrative du jeune auteur-réalisateur pousse encore plus loin les expérimentations à l'écran, avec des séquences oniriques à l'esthétique unique. Le film parvient à créer un présent alternatif crédible, fait d'objets et de décors rétro-futuristes originaux.
Sous couvert d'un thriller au rythme lent, le scénario aborde les troubles de l'identité, en ses temps où on se cache derrière un écran, protégé par un alter ego factice. Tasya maintient une façade de normalité lors des contrôles psychologiques auxquels elle est soumise par sa collègue mais en situation le vernis craque lorsqu'elle incarne une autre personnalité, comme une représentation intense de la maladie de la schizophrénie. Cette exploration pousse le bouchon de la mise en abyme jusqu'à la limite, lorsque l'auteur précipite les spectateurs dans la même confusion que les deux protagonistes principaux. Le final est dans la droite ligne de la signature "Cronenberg", imprévisible et laissant une multitude de questionnements.