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| Matrix |
Plus de dix ans après sa conclusion, la série de films des Wachowsky reste une des sources d'empoignades Geeks les plus prolifiques. Certains n'y voient qu'une enfilade de séquences d'action sous un salmigondis philosophique indigeste, d'autres un obscur Livre du Culte pour Serial-killers de la génération Y, d'autres encore un vibrant brûlot anti-système (mais ceux-là confondent sans doute avec "Avatar").
La raison de ces multiples interprétations vient de la façon dont la trilogie a été élaborée par les auteurs.
Elle peut être vue au premier degré, avec une forte symbolique mystique :
Le premier film est d'un abord relativement facile. Il met en scène un jeune homme qui va découvrir une vérité : le monde dans lequel il vit est fictif, programmé par des machines pour dominer l'espèce humaine, utilisée comme simple ressource énergétique. De là il développe des capacités hors du commun et accepte sa condition de héros en se libérant du joug virtuel, avec l'aide d'autres "croyants". Il mourra et ressuscitera pour montrer la voie à l'humanité.
Dans le second épisode les choses se compliquent. Le héros doit trouver dans la Matrice la solution pour éliminer la menace d'une attaque d'envergure des machines contre Zion, la ville souterraine où sont réfugiés les "vrais" humains. Les pouvoirs que le héros a développé dans la virtualité se manifestent dans le monde réel, faisant de lui un être surnaturel, l'ultime et unique recours de la race humaine. Mais lors de la conclusion on apprend que l'existence même du héros est une création des machines, un "mal nécessaire" pour mieux contrôler l'humanité et la maintenir dans l'illusion !
Dans le troisième volet, tandis que l'assaut des machines fait rage dans le monde réel, l'élu va prendre la pleine mesure de sa destinée et donner sa vie pour vaincre une menace commune aux deux camps, le programme Smith devenu incontrôlable dans la Matrice. Ce sacrifice Christique permet l'instauration de la paix entre Humains et Machines et le début de la libération des esprits emprisonnés dans un univers factice.
Cette vision "spirituelle" de Matrix, bien que parfaitement acceptable, laisse un goût d'inachevé aux yeux des cartésiens.
Le foisonnement des personnages, leurs discours inutilement alambiqués (en apparence), les indices répétés à maintes reprises prouvant que rien n'est réel, tout cela montre une volonté à délivrer un autre message. Derrière l'esthétique hyper sophistiquée et les séquences d'action monumentales, on devine un commentaire différent, appuyé sur une mécanique d'une précision qui confine à la maniaquerie. Tout cela dans le but unique de déconstruire notre notion de réalité.
C'est ce que nous allons tenter de décrypter dans l'analyse qui suit, avec évidemment un maximum de SPOILERS sur les trois épisodes The Matrix, Matrix Reloaded et Matrix Revolutions.
Commençons donc notre exploration du mythe Matrixien par le début, l'épisode fondateur, Matrix.
"Buckle your seatbelt Dorothy, 'cause Kansas is going bye-bye!" - Cypher
