vendredi 24 septembre 2004

Under the Cherry Moon

(1986 - Réalisé par M. Lambert & Prince) ***

Christopher Tracy et son ami Tricky sont des gigolos américains qui sévissent sur la côte d'azur. Ils jettent leur dévolu sur une jeune et riche héritière, Mary Sharon.

Attention OFNI (Objet Filmique Non Identifié) ! Prince se lance dans la comédie romantique. Même en tant que fan de base de l'artiste, je dois dire que le résultat est... comment dire... curieux. Imaginez un film en noir et blanc (ambiance années 30 mais situé en 1985) avec une histoire à la Roméo et Juliette, le tout servi sur le ton de la comédie. Prince et Jerome Benton restent convaincants dans leur rôle de bellâtres fauchés vivants aux crochets de leurs victimes, et l'actrice Kristin Scott Thomas, alors débutante mais sûre d'elle, est surprenante de vivacité. Mais que dire du scénario ? affligeant suffira je crois. Aucune imagination, aucun rythme.
C'est d'autant plus dommage que le film est traversé de moments surréalistes dans des décors somptueux (Nice et ses environs). L'incroyable album Princier "Parade" servant de bande originale, on a droit à quelques incursions de comédie musicale très "hype". Assurément un objet de culte pour les fans de Prince, les autres n'y verront qu'une tentative passablement ennuyeuse.

Graffiti Bridge

(1990 - Réalisé par Prince) **

Le Kid a grandi mais il est toujours tourmenté. Il doit de nouveau affronter ses soucis : son inspiration se tarit et un groupe rival menace de racheter son club.

Sorte de suite plus ou moins avouée de "Purple Rain", Graffiti Bridge veut être avant tout un chemin de croix mystique. Prince n'incarne plus un personnage réel mais devient le Bien, la pensée positive, en proie au doute. Il s'oppose au Mal, alias Morris "The Time" Day, créature obsédée par le sexe et l'argent. Dans cet univers manichéen le personnage féminin, un rôle quasi muet et totalement transparent, est la métaphore du message divin, l'inspiration. On l'aura compris, difficile de rester éveillé devant ce spectacle gnangnan, à moins d'être sensible aux thèmes religieux.
Les rares passages efficaces sont à mettre au crédit de Morris Day, qui fait le show comme à son habitude, et quelques chansons tirées de l'album éponyme surnageant dans une soupe R&B insipide (mais là, encore faut-il aimer les chansons de Prince). On voit tout de même passer quelques Stars du Funk, comme l'ami Georges Clinton, qu'on appelle l'ami déchiré ;-) ou Mavis Staple qui apparaît le temps d'un titre. Le message basique aurait aisément passé le temps d'un clip, certainement pas pendant 1h30.

samedi 4 septembre 2004

Les 11 Commandements

(2004 - Réalisé par F. Desagnat/T. Sorriaux) *** Version XXL (2 DVD)

Une bande de joyeux fanfarons se voit confier une mission de la plus haute importance par le Dieu de la Blague : faire rire leurs semblables.

Michaël Youn, le cinglé du Morning Live, propose avec ce film un concept novateur dans le cinéma français. Une suite de happenings tous plus débiles les uns que les autres (et plus ou moins truqués) avec aux commandes une bande d'allumés qui vont tout faire pour relever les défis. Prière de débrancher ses neurones. Mais contrairement au phénomène américain "Jackass", le but ici n'est pas forcément de se faire mal physiquement. M. Youn ajoute parfois une dimension "politique" : le concours d'arrestation qui consiste à énerver la maréchaussée pour finir au poste fait plaisir à voir. De même le passage dans lequel la bande vient chanter "Le lion est mort ce soir" dans un stade où se produit l'équipe de foot de Lyon vaut le détour. Voir 20.000 décérébrés de supporters hurler à la mort est un plaisir de fin gourmet ;-) Aussi inquiétant pour la santé mentale de nos amis les djeune's : un Youn déguisé en Hitler faisant hurler à une centaine d'ados "Adolphe Président !"...
La majorité des sketchs est quand même basée sur la douleur : que ce soit au foot, au tennis, en roller, en bouffant du piment ou du viagra, en dévastant un supermarché, on a mal pour eux mais on se marre souvent. Évidemment il faut savoir apprécier cet humour mâle défoulant et gratuit pas toujours de haute volée. Moi oui. Avec en prime le génial Dieudonné dans son éternel personnage très premier degré. A noter que le second DVD contient 10 sketchs inédits qui vont beaucoup plus loin dans la provoc (ou la connerie si vous préférez) : un concours de branlette, un fouettage au jambon et à l'anguille dans un club SM, une nuit érotique avec une éléphante, un repas au laxatif... bref que du lourd !

mardi 24 août 2004

DOOM 3

Fun 7/10
Technique 9/10
Style FPS
Infos ID Software
Minimum Pentium IV 2 Ghz ou AMD Athlon 2500+
Solo et Multi
Testé sur : AMD Athlon 2500+XP / 1024 Mo DDR Ram / Radeon 9800 Pro (128 Mo) / Chipset NForce2 / Windows XP


Dans l'espace, personne ne vous entend gueuler

En cet été 2004 quelque peu humide, c'est avec une certaine fébrilité que j'accueille le nouveau prétendant au titre de meilleur FPS Solo de l'année, l'ami Doom 3. Petit retour en arrière pour situer la concurrence : un Painkiller simplet mais somme toute distrayant et surtout un Far Cry magnifique et original, avec ses décors extérieurs gigantissimes. Doom 3 se présente donc au pied du podium avec dans ses bagages un moteur graphique "made in" ID Software, et toujours sans signe de l'éternel rival Half Life 2.
Ce nouvel épisode attendu depuis des lustres nous propulse dans le futur, au 22e siècle pour être précis. Un pauvre Marines de l'UAC (Union Aerospace Corp), vous évidemment, se voit confier une mission de routine : se rendre sur Mars dans un centre de recherche. Vous êtes donc débarqué sur le quai de la station avec pour seul matériel votre bite et votre couteau... pardon ? ah non, y'a même pas de couteau. Votre arrivée rappelle d'ailleurs un certain Half Life puisque vous passez les 10 premières minutes à explorer le complexe en discutant avec les autochtones. On s'aperçoit bien vite que quelque chose ne tourne pas rond, certains scientifique sont déprimés, vos collègues semblent nerveux... On se doute déjà que ca va péter à un moment ou à un autre. Of course, tout part en sucette lorsque les habitants sont soudainement pris d'une crise de Zombiïte aiguë et que tous les démons de l'enfer vous tombent sur la tronche. On est donc en plein trip "Aliens" recontre "Resident Evil". Pourquoi ? Comment ? Allez-vous réussir à fuir ? Quand est-ce qu'on mange ? Boudiou ! Quel suspens ;-)

L'interface est simple d'accès, c'est le moins qu'on puisse dire. Un bouton de tir, un de saut, et voila. Pas d'armement super-compliqué avec plusieurs modes d'utilisation, que du classique : pistolet, fusil d'assaut, Fusil plasma, Lance-roquette, grenades, etc... et bien sûr la traditionnelle tronçonneuse Doomienne. L'interaction avec le décor est très limitée, on peut seulement activer des écrans et entrer des codes pour ouvrir des casiers afin de récupérer Munitions, Soins et Armure. Bref, c'est du old school.
La seule pointe d'innovation vient de l'utilisation du PDA, sorte d'agenda électronique relevant pour vous tous les Mails et les badges d'accès traînants de ci de là. Vous récupérerez parfois des vidéos, des enregistrements sonores ou même des sites Internet à visiter indiquant des codes pour obtenir des bonus cachés !

Prévoyez des sous-vêtements de rechange

Et oui, quelle ambiance ! Le jeu est scripté dans ses moindres détails, c'est-à-dire que ce sont vos déplacements qui déclenchent les événements. Ainsi le passage dans tel couloir ou l'ouverture de telle porte va activer l'apparition soudaine de divers monstres. D'abord zombies et autres goules très lents, on rencontre rapidement des créatures autrement plus dangereuses, tels ces humanoïdes démoniques lanceurs de boules de feu, ou encore ces quadripèdes rampants, bondissants des (nombreux) recoins sombres. La première fois, l'effet de surprise est garanti et on sursaute ! J'en ai même laché ma souris à plusieurs reprises ;-) Bien entendu quand on s'est fait avoir une fois et qu'on crève comme un couillon, la seconde tentative est moins marrante car on sait précisément oà ils se trouvent.
L'intelligence artificielle n'est pas le point fort des ennemis. La plupart se contente de vous foncer dessus, ce qui est une bonne stratégie dans les corridors exigus. Même vos ex-collègues Marines devenus Luciferiens n'emploient pas de coordination de mouvement en groupe, ils se planquent juste derrière le décor pour vous arroser de plomb. Dernier point concernant le gameplay, une barre de stamina vous permet de piquer des sprints pour réaliser des sauts ou tout simplement pour fuir une situation mal barrée.

Reste que la progression est tout de même passionnante, du fait de l'utilisation à outrance des superbes effets d'ombres et de lumières. Votre meilleur outil est sans conteste le "Flashlight". Cette lampe-torche sera votre seule source lumineuse pour observer un décor souvent noyé dans la pénombre, quand ce n'est pas le noir complet.
Coté sonore le travail effectué est excellent. Outre les bruitages des armes et les cris des adversaires, on est constamment entouré de sons angoissants, avec dans les moments les plus crispants des appels désespérés de vos camarades par radio. Au fur et à mesure de votre avancement vous entendrez même d'inquiétantes et moqueuses voix en écho, perdues dans les limbes... brrr, ca fait froid dans le dos.

La beauté des morts-vivants

Graphiquement Doom 3 est bien la claque qu'on attendait, même si comme je l'ai dit en intro Far Cry est infiniment plus original avec ces îles tropicales. Dans Doom vous sortirez très rarement dehors, et de toute façon vous n'aurez pas le temps de visiter puisque je vous rappelle qu'on est sur Mars et que la météo ne se prète pas au bain de soleil. On peut dire que 99% de votre parcours se situe dans les couloirs et les salles high-tech de la base. Claustro s'abstenir ! La 3D ultra réaliste et le moteur physique du jeu font merveille. Avec une Radeon 9800 Pro sur Athlon 2500 on peut jouer en mode graphique "High" avec toutes les options à fond en 1280x960 (sans anti-aliasing toutefois). Notez qu'il existe un mode "Ultra-High" pour les possesseurs de GeForce 6800 ou Radeon X800, bande de privilégiés ;-)
Le luxe de détail atteint dans les animations et les textures (il faut voir les visages en gros plan !) est proprement hallucinant. La richesse des décors est aussi incroyable, même si tout est très "carré" dans cet univers fermé. Les lieux fourmillent de détails. Le design des monstres est lui aussi génial, ils sont tous pour la plupart des versions grandement améliorée de Doom 2. Enfin les effets spéciaux (tirs des armes, souffle des explosions, vitres blindées déformant le paysage) montrent le soin apporté à la finition du jeu. Du beau travail.

On s'interroge toutefois sur quelques effets manquants à l'appel qui auraient certainement contribués au feeling général de Doom 3. Nous sommes soit-disant en 2100 et des bananes, et pourtant notre soldat d'élite ne dispose d'aucune vue spéciale : pas de vision de nuit, pas de détection de chaleur... pourtant tous les jeux d'infiltration et les FPS récents proposent ces options (Splinter Cell 2, Far Cry...). Et aucune arme ne dispose d'une torche intégrée, ce qui éviterait de swapper sans arrêt entre sa lampe et son gun.
Heureusement le moteur physique est à la hauteur, il faut dire qu'aucun FPS ne peut se permettre aujourd'hui de ne pas gérer les ragdolls (squelettes), l'apesanteur et l'inertie des objets. Doom 3 passe ce test avec brio (... avec qui ?). On est juste un peu déçu que les cadavres disparaissent aussi vite ! Sûrement afin d'augmenter le nombre de polygones par personnage.

Et après le solo ?

On annonce une vingtaine d'heure pour la campagne Solo. On peut remercier les auteurs de nous avoir épargné le syndrome "Tomb Raider" lors de l'exploration : on ne fait pas trop d'allers-retours dans les mêmes lieux et les mécanismes pour débloquer les issues ne sont pas trop tordus. De ce fait on progresse vite sans buter sur un challenge insurmontable (en mode de difficulté "Normal", soit-dit en passant). On retrouve aussi avec un certain plaisir pervers les barils explosifs qui permettent de se débarrasser d'un groupe d'ennemis avec un minimum de munitions. C'est d'ailleur le seul élément un peu "stratégique" du jeu. Contrairement à Far Cry on peut sauvegarder à n'importe quel moment, ce qui enlève un peu de tension dramatique malheureusement.
Le mode multijoueur est pour le moment assez tristounet, mais on peut compter je pense sur la communauté active des fans pour améliorer certains points faibles. De nouvelles cartes, armes et modes de jeu devraient voir le jour dans les semaines qui viennent. On peut jouer en LAN ou sur Internet, avec les classiques Deathmatch (4 joueurs maxi seulement !), Last Man Standing ou Tournament. Rien de vraiment inquiétant pour les champions en titre coté FPS Online, ils peuvent dormir sur leurs lauriers d'Athène. Surtout qu'il faut vraiment une machine haut de gamme pour bénéficier de ce qui fait l'attrait principal de Doom 3 : la perfection graphique. Les Quakers et autres Half-Lifers s'en foutent un peu, privilégiant le jeu en team ou le réalisme de l'armement.

Une remarque extrêmement positive : le jeu est totalement exempt de bugs dans sa version commercialisée ! C'est suffisamment rare aujourd'hui pour être signalé, puisque la grande majorité des productions PC sortant aujourd'hui nécessite un petit passage sur Internet pour un patch correctif. Bravo donc aux développeurs !
Doom 3 fait partie de ses jeux spectaculaires qui misent tout sur le style, au détriment de la durée de vie diront ses détracteurs. Certes le gameplay général est vraiment old school, mais le soin apporté à la technique fait qu'on ne peut qu'admirer le travail accompli. Doom 3 est linéaire et nerveux. Il n'a ni la profondeur d'un jeu d'infiltration (Thief, Splinter Cell), ni l'implication politico-métaphysique et la liberté d'action d'un Deus Ex. Doom 3 c'est de l'adrenaline pure. Sur ce terrain c'est réellement une réussite.



Jeu fini :
15 à 20 heures de jeu en mode "normal", voila qui s'avère un peu décevant. D'autant plus que le scénario est loin d'être astucieux : ultra classique et donc prévisible dans ses moindres rebondissements (le scientifique qui ouvre une porte sur l'enfer, blah blah blah). Arrivé à la première moitié du jeu on commence sérieusement à tourner en rond. Heureusement dès qu'on pénètre dans la dimension infernale en quête du fameux "Soul Cube", on reprend espoir et l'intérêt est relancé jusqu'à l'affrontement final. Mais Doom 3 reste un excellent jeu grâce à ses graphismes, surtout le design des créatures. Et vu qu'aucune carte graphique actuelle ne permet de jouer en détails "ultra", le mieux je crois est d'y rejouer dans un an ou deux sur une nouvelle config pour l'apprécier une seconde fois, ce qui double la durée de vie ;-)

mardi 3 août 2004

Playlist Lenny Kravitz


Playlist on SPOTIFY

Sittin' On Top Of The World   (Let Love Rule - 1989)
Where are we running?   (Baptism  - 2004)
It ain't over till it's over   (Mama said - 1991)
Let Love Rule   (Let Love Rule - 1989)
Freedom Train   (Let Love Rule - 1989)
Live   (5 - 1998)
What the F are we saying   (Mama said - 1991)
Always on the run   (Mama said - 1991)
I Build This Garden For Us   (Let Love Rule - 1989)
Fields of joy   (Mama said - 1991)
Minister of RocknRoll   (Baptism  - 2004)
What goes around comes around   (Mama said - 1991)
Does Anybody Out There Even Care   (Let Love Rule - 1989)
It's your life   (5 - 1998)
The difference is why   (Mama said - 1991)
Mr. Cab Driver   (Let Love Rule - 1989)
Straight cold player   (5 - 1998)
Can we find a reason   (5 - 1998)

vendredi 16 juillet 2004

Le Nom de la Rose

(The Name of the Rose - 1986 - Réalisé par J-J. Annaud) ***** Edition Collector (2 DVD)

Au 14e siècle dans le nord de l'Italie, une abbaye austère perdue dans les montagnes. Un moine Franciscain assisté de son novice vont faire face à une série de morts inexpliquées dans la petite communauté religieuse.

Une passionnante enquête doublée d'une reconstitution méticuleuse d'une époque terrible. On apprécie également le message politique du film (et du livre dont il est tiré), mettant en scène les pitoyables errances religieuses de ces années : les luttes entre les différents courants religieux, l'asservissement des paysans face à la richesse écœurante de certains ecclésiastiques, l'inquisition qui terrorise la population. Tous les acteurs incarnent à la perfection leur rôle, à commencer bien sûr par un Sean Connery totalement crédible suivi par un Christian Slater alors débutant. Sa rencontre "physique" avec la jeune paysanne reste gravée dans la mémoire de beaucoup d'ados, en tout cas dans la mienne ;-)
Mais il ne faut pas oublier tout le reste du casting. Les moines de l'abbaye bénédictine, emmenés par le strict Michael Lonsdale, sont tous géniaux. Mention spéciale au stupéfiant Ron Perlman pour son rôle de bossu complètement barré, à tel point que la première fois que j'ai vu ce film j'ai cru qu'il était réellement handicapé ! Jean-Jacques Annaud réussi sa reconstitution de bout en bout, plaçant nombres d'allusions tout au long du film pour brouiller les pistes ou délivrer un message fort. Les motivations du, ou des, meurtrier(s) ont une portée philosophique qui trouve encore un écho aujourd'hui. C'est à ma connaissance le seul thriller médiéval réussi au cinéma, une rareté !

vendredi 9 juillet 2004

Sympathy for Mr Vengeance

(Boksuneun naui geot - 2002 - Réalisé par P. Chan-Wook) ** (2 disques)

Ryu, jeune sourd-muet, travaille dur à l'usine. Il doit gagner suffisamment d'argent afin de payer la greffe de reins dont a besoin sa soeur. Il décide de contacter des trafiquants d'organes.

Dans un contexte social éprouvant, le film montre des personnages que leur idée fixe pousse vers une inévitable fin tragique. La première partie raconte le drame qui va mener par la suite deux hommes à se venger l'un de l'autre. Mais le réalisateur parsème son histoire d'enlèvement tournant mal d'une multitude de séquences très violentes dont certaines ne semblent pas avoir de justification. Suicide au cutteur, torture à l'électricité, cannibalisme... c'est un peu too much pour donner une crédibilité au récit.
Et puis il y a ce final un peu simpliste qui ne me satisfait pas. Cependant l'habillage général de "Sympathy" est une grande réussite, couleurs et mise en scène sont très travaillées. Le réalisateur joue à merveille avec le handicap de son héros (contrastes sonores). Il y a aussi un gros effort salutaire pour s'éloigner du style habituel des films de gangsters asiatiques (plus posé, plus actuel). De plus le thème politique semble inédit pour un film coréen. Bref, ce "Sympathy for Mr Vengeance" montre une bonne maîtrise formelle de Park Chan-wook, il lui reste sans doute à soigner davantage le fond.

samedi 26 juin 2004

Matrix Reloaded

(The Matrix Reloaded - 2003 - Réalisé par A. et L. Washowski) **** Edition Double DVD

Néo et ses acolytes ont gagné une bataille, mais pas la guerre. Les machines lancent une contre-attaque d'envergure et atteindront Zion, la ville souterraine des humains, dans 3 jours.

L'attrait de la nouveauté n'est évidemment plus là, et le choix d'avoir rendu Néo quasiment invincible fait qu'on ne se préoccupe plus de l'enjeu de ses affrontements. Le scénario est confus, avec une profusion de nouveaux persos dont les motivations sont obscures dans l'univers de la Matrice : le Mérovingien, génialement joué par Lambert Wilson (précieux lâchant des bordées d'injures en français dans la V.O.), le Key Master, ou l'Architecte, qui déroule toute la complexité de l'intrigue d'une seule traite pendant 10 minutes à la fin ! Tout est remis en perspective : Néo ne serait qu'un jouet, une création "aléatoire" des machines, dont le but serait de mener ces dernières à son insu vers le dernier sanctuaire humain pour une destruction totale. Et cela serait déjà arrivé maintes fois si l'on en croit l'Architecte ? Nom de diou ! Où est mon aspirine ? Bref, cette suite apporte beaucoup plus de questions supplémentaires que de réponses, et développe l'univers de Matrix pour lui apporter une certaine consistance.
On notera que certains effets spéciaux, les personnages tout en images de synthèse, sont parfois très peu crédibles, l'exemple le plus frappant étant la séquence montrée au ralenti de l'Agent sautant sur le capot d'une voiture sur l'autoroute. Heureusement on reste tout de même ébahis devant les morceaux de bravoure qui traversent le film. Le combat contre les 100 agents Smith, constituant un lent crescendo vers une sorte d'overdose jouissive d'échange de coups improbables, celui avec les sbires du Mérovingien, où tous les styles de combats à l'arme blanche sont passé en revue, et bien sûr la séquence de l'autoroute, qui vaut surtout pour le passage très nerveux dans lequel Trinity s'élance à contre-sens à moto. Bref fini la dimension pseudo philosophique, place à l'adrénaline pure. On a droit en prime à la première explosion de foufoune virtuelle dans un film grand public américain (la fameuse séquence du gâteau au chocolat dans le restaurant), et là je dis bravo ;-)

Matrix Revolutions

(The Matrix Revolutions - 2003 - Réalisé par A. et L. Wachowski) *** Edition Double DVD

Plus que 20 heures avant l'assaut final des Machines sur Zion. Néo est plongé dans un coma profond, ses amis partent à sa recherche dans la Matrice.

L'épisode final de la trilogie s'engage bien mal. Une séquence de bavardage insipide dans un métro-purgatoire suivi d'un ersatz de combat dans un club SM font craindre le pire. Après avoir patiemment développé leur univers dans les deux épisodes précédents et laissé tant de questions en suspens, les auteurs choisissent, stupidement ou courageusement selon les points de vues, de prendre un contre-pied aux attentes des fans. Ils s'éloignent des réponses attendues et de l'affrontement que beaucoup de monde attendait : c'est bien l'Agent Smith le bad guy de l'histoire et non le camp des machines comme on le pensait depuis le début. Comme dans toute bonne trilogie SF made in Hollywood toutes les règles établies sont contredites : le programme Smith, clairement l'anti-thèse du héros, s'incarne dans un "vrai" être humain et Neo se voit doté de super-pouvoirs dans la "vraie" réalité (il parachève ainsi son statut Christique).
Mais quid du pourquoi ? Quelle logique doit-on comprendre ? La demi-heure apocalyptique du siège de Zion est effectivement très impressionnante graphiquement, mais sans la qualité parodique du premier épisode. L'affrontement ultime de Neo dans une matrice entièrement peuplée de Smiths montre un savoir-faire total du "bullet-time" maintes fois copié (le génialissime poing dans la gueule déformant le visage Smithien dans un ralenti irréel). Mais on garde un sentiment d'inachevé devant ce spectacle : on y voit deux puissances cartoonesques indestructibles s'acharner l'une contre l'autre comme des héros de japanime, façon Dragon Ball. Et en happy end les machines acceptent la paix en étant pourtant sûres d'écraser les humains après la disparition de Smith. Un final trop confus après une épopée de plus de 7 heures, non ?

vendredi 25 juin 2004

Purple Rain (1984)

Dans notre série "Chroniquons un album de Prince 20 ans après sa sortie", voici venu le temps de...




Purple Rain (1984)
Let's go Crazy
Take me with U
The Beautiful Ones
Computer Blue
Darling Nikki
When Doves Cry
I would Die 4 U
Baby I'm a Star
Purple Rain



Le choc Rock.
1984 est incontestablement l'Année Prince. Sa frénésie créative lui fait déjà composer des albums entiers pour d'autres groupes qu'il contrôle sous pseudonymes : Sheila E, The Time, Vanity 6, The Family. Mais cela n'est pas assez pour le bouillonnant pygmalion. 
Accompagné de son groupe qu'il nomme "The Revolution", Prince entreprend un projet de film musical. Remaniant un scénario qu'on lui a proposé, il écrit sa légende, celle du Kid de Minneapolis, Rock-Star faisant face à ses problèmes sentimentaux, familiaux et professionnels. Dans "Purple Rain" il n'est pas question de bacchanales en coulisse, ni de dope dans les chambres d'hôtel, mais plutôt de compétition acharnée pour être le number one sur scène, tout en gérant les amours contrariées et un père violent. 

Le film et sa B.O. sont indissociables, d'abord parce chaque titre est intégré in extenso et accompagne le scénario. Musicalement c'est à la fois une synthèse de tout ce qu'à construit l'artiste jusqu'alors et une réinvention complète de son oeuvre, puisqu'il s'ouvre totalement au mainstream en produisant un album 100% Rock, plus à même de satisfaire le grand public. 

S'ouvrant sur un orgue cathédralien avec la voix céleste du Prêcheur Nelson, l'éternel "Let's go crazy" annonce clairement la couleur. Mêlant sa science de la rythmique Funky aux solos de guitares Rock extatiques façon Guitar Hero, Prince n'est plus de cet univers. Se recentrant sur l'efficace il renonce aux longues plages instrumentale qu'il privilégiait dans sa précédente production, "1999". Cela donne l'énergique "Baby I'm A Star", qui nous dépeint un Prince à l'ego sur-dimensionné (en doutait-on ?), en auto-pilote vers la gloire mondiale ("I don't want to stop, 'til I reach the top"). 
Les compositions gagnent en précision, plus courtes donc, et surtout les structures sont denses, se focalisent sur l'essentiel, les harmonies se font plus complexes. Prince franchit clairement un nouveau palier avec cet album, sans doute influencé par les personnalités qui l'entoure, Wendy et Lisa, Matt Fink, Brown Mark et Bobby Z, musiciens hors-pair qui forment "The Revolution".

Le reste du monde découvre l'artiste avec "When Doves Cry", titre studio hallucinant dans lequel toutes les structures classiques sont décalées : pas de ligne de basse, rythmique hypnotique hyper-travaillée, sonorités inédites (ah! cette voix de rasoir en intro !). En avoir fait un Hit planétaire est déjà un exploit. Notre homme se questionne sur sa relation amoureuse compliquée, dans une supplique torturée où il cherche les raisons psychologiques à l'échec de sa romance avec sa dulcinée : est-ce à cause d'un père trop exigeant et d'une mère toujours insatisfaite ? 
Il n'abandonne pas ses pulsions et choque de nouveau l'Amérique avec le titre puissamment sexuel "Darling Nikki", qui se masturbe avec des magazines et qui arrive a laisser Monsieur tout pantois après une nuit en sa compagnie ("I can't tell u what she did 2 me, But my body will never be the same"), quel exploit ! La chaude Nikki est l'apothéose de cinq années de compos lubriques et représente son aboutissement ultime en la matière. Musicalement, Prince ne proposera plus rien d'aussi brutalement dépravé par la suite (pour les paroles, rassurez-vous il fera encore pire ;-).
Le dantesque "Computer Blue", couronnement électro-rock après des années d'expérimentations réussies (de "Annie Christian" à "Automatic"), s'ouvre sur un dialogue illuminé entre Wendy (Guitariste) et Lisa (Clavier) : "Is the water warm enough ? Shall we begin ?". S'ensuit un déferlement où la fureur du Kid explose dans sa poursuite d'un amour fuyant toujours ("where is my love life? where has it gone?"). Malheureusement le titre est tronqué sur l'album, afin d'y glisser en dernière minute le slow gentillet "Take me with U". Nos amis pirates auront tôt fait de mettre à disposition la vraie version de "Computer Blue", étalant sa rage sur douze minutes (et on attend toujours aujourd'hui son hypothétique sortie officielle). La version longue étoffe grandement les paroles, un Prince ravagé émotionnellement s'adresse à son père et recherche "l'aube" dans la nuit, perdu dans des dédales nommés "Peur", "Luxure" ou "Douleur".

Les ballades aussi bénéficient d'une sophistication innovante. "The beautiful Ones", dans laquelle Prince cesse d'être ce dragueur arrogant pour se mettre à genou devant sa promise hésitante, et le mystique "I would die 4 U" où il polit son personnage androgyne en figure Christique ("I'm not a woman, I'm not a man, I'm something that you'll never understand", on est bien avancé). 
Et puis il y a "Purple Rain", devenu depuis le cantique quasi-obligatoire de tous ses concerts, LE classique romantique avec sa partie instrumentale étirée d'une longue plainte qui fond sur un lit de violons. Il résume la thématique générale de l'album, la rupture sentimentale. Dans cette conclusion il "dépose les armes" et souhaite rester ami avec son ex : "I never wanted 2 be your week-end lover, I only wanted 2 be some kind of friend". 

Il souffle un esprit winner 80's euphorique sur toute la production Purple-esque, Prince est l'artiste le plus excitant de l'année, il devient l'attraction centrale du public et des médias. Cet album est évidemment son plus gros carton commercial, encore aujourd'hui il ne l'a jamais égalé en terme de ventes, et marque un tournant dans sa carrière en l'installant comme Star internationale. 
Et pourtant, ce n'est que le début...

samedi 12 juin 2004

Tueurs Nés - Director's Cut

(Natural Born Killers - Director's Cut - 1994 - Réalisé par O. Stone) *** Coffret Collector 2 DVD

Le destin hallucinant d'un couple de tueurs psychopathes dans les USA des 90's, Mickey et sa fiancée Mallory Knox. Les médias en font des stars et le public suit leurs "exploits" grâce aux journalistes et policiers en mal de gloire.

A l'époque de sa sortie au cinéma "Natural Born Killers" avait provoqué moult débats, à la grande satisfaction de l'auteur. Sensé démontrer les dangers de la violence dans les médias, il en utilisait pourtant les ficelles en montrant tout de cette cavalcade sanglante vécue par des personnages déjantés au dernier degré (les tueurs, les forces de l'ordre, les journalistes). 10 ans après qu'en est-il de ce brulot ? Son rythme est très nerveux, fait de plans très courts mélant toutes les techniques cinématographiques (vidéo, animation, etc), on reconnait immédiatement la "patte" géniale du réalisateur Oliver Stone.
Le scénario, d'un certain Tarantino ne l'oublions pas, est traversé d'excellentes idées : la rencontre entre Mickey et Malory traitée comme une sitcom dégénèrée par exemple. Les comédiens sont complètement investi dans leur rôle, mention spéciale à Juliet Lewis en "Serial Killeuse" psycho et à Tommy Lee Jones en Directeur de prison Texan complètement barré. Mais au final que retient-on de ce barnum Stonien ? Beaucoup de sang et de fureur pour pas grand chose... On le sait déjà que le monde est peuplé de timbrés et que les médias font dans le sensationnel, non ?

vendredi 4 juin 2004

La Vie de Brian

(Monty Python's Life of Brian - 1979 - Réalisé par T. Jones) ***** Edition Spéciale -DVD + Livret-

La vie de Brian depuis sa naissance en l'an 0 non loin d'une célèbre étable visitée par certains Rois Mages, jusqu'au jour de ses 33 ans où il continue de croiser un certain Jésus...

Lorsque les Pythons s'attaquent de front aux religions cela donne une explosion de dialogues et de situations blasphématoires jouissives ! Tout est tourné en dérision dans ce jeu de massacre où chacun en prend pour son grade. On ne les remerciera jamais assez d'avoir si bien su démonter tous les mécanismes de ses sectes qui ont "réussi". C'est formellement le meilleur film des Monty Python, même si on trouve moins de gags purement absurdes comme dans leurs précédentes productions, le niveau est sensiblement amélioré car les auteurs vont à l'essentiel dans les dialogues.
Ça fuse dans tous les coins : la mère de Brian, la lapidation, le Front Populaire Judéen, le prophète malgré lui, Ponce Pilate et ses problèmes d'élocution... Il faudra plusieurs visionnages pour apprécier ce bijou à sa juste valeur.

jeudi 27 mai 2004

Le Grand Mezze

(Melting-pot théatral de F. Rollin & E. Baer, 2004) *** (NEW!)

Le duo Baer-Rollin propose une expérience théâtrale décousue avec des comédien(ne)s d'horizons très divers et pour la plupart inconnus du public. Sketch, chanson, danse, numéro de cabaret, poésie, tout est accepté dans ce joyeux foutoir.

Chacun piochera à l'envie ses moments préférés du grand Mezze. Pour ma part ce sont les interventions des hôtes François Rollin et Edouard Baer qui font mouche quasi systématiquement. Les dialogues ping-pong rapides et subtils, plus ou moins improvisés, avec une folie et une originalité qui font tellement défaut aux comiques à la mode. Ne manquez pas le pétage de plomb de l'ami Rollin face aux deux jeunes, Christophe et Nader.
Le reste navigue entre foutage de gueule de la scène musicale Française, numéros de cabaret ringards, danses contemporaines et séquences oniriques poétiques (et un peu chiatique). Le tout est très frais comparé aux mastodontes du One-Man-Show qui occupent tout l'espace public dans les médias, et surtout chaque intervention est suffisamment brève pour ne pas lasser l'auditoire. On découvre même quelques futures célébrités dans des rôles inattendus, telle l'actrice Mélanie Laurent se faisant draguer nonchalamment ou la chroniqueuse Daphné Burki en stripteaseuse super-chaudasse. Quelques vedettes apparaissent un moment sur scène dans la partie "Best Of" du DVD (Darry Cowl, Didier Bénureau, Jean Rochefort, Patrick Robine…). Des interventions saucissonnées (par manque de place ?) qui perdent un peu de leur utilité.

jeudi 6 mai 2004

Le Bon, La brute et le Truand

(Il Buono, il brutto, il cattivo - 1966 - Réalisé par S. Leone) ***** Double Edition Collector MGM (2 DVD)

Deux bandits ont monté une petite arnaque qui fonctionne bien : le truand se laisse capturer par le bon, qui touche la récompense, puis le sauve avant sa pendaison pour recommencer dans une autre ville. Mais combien de temps cela va-t-il durer ?

Le classique du Western Spaghetti, des situations dramatiques tournées à un second degré salvateur, une façon de filmer unique qu'on oublie pas, des "gueules" inoubliables du plus insignifiant second couteau aux trois héros principaux. Plusieurs passages cultes sur un rythme tantôt lent tantôt exalté ont fait de ce film une référence du genre.
La présentation des 3 "amis" en intro donne tout de suite le ton ! Le cow-boy solitaire "sans nom", Clint Eastwood, trouve enfin des partenaires à sa hauteur en la personne de l'inquiétant Sentenza (La brute Lee Van Cleef) et surtout du déjanté Tuco (le truand, Eli Wallach). Tuco occupe l'espace, volant nombre de scènes à l'impassible Clint, et c'est surtout de lui qu'on se souvient dans les meilleurs moments ("When you have to shoot, shoot don't talk !"). Comme d'hab avec Leone la musique d'Enio Morricone tient un rôle prépondérant et fait beaucoup pour l'ambiance générale du film. Elle donne de l'ampleur aux vastes étendues, du caratère aux visages filmés en gros plan, et signe immédiatement tous les passages cultes.

lundi 12 avril 2004

FAR CRY

Fun 8/10
Technique 10/10
Style FPS
Infos Crytek / Ubi Soft
Minimum Pentium IV 2 Ghz ou AMD Athlon 2500+
Solo et Multi
Testé sur : AMD Athlon 2500+XP / 1024 Mo DDR Ram / GeForce 4 Ti 4200 (128 Mo) / Chipset NForce2 / Windows XP


Un fusil d'assaut dans le slip de bain.

Après 3 mois de disette vidéo-ludique, le printemps pointe le bout de ses bourgeons et les commerciaux des éditeurs se décident enfin à sortir la grosse artillerie... at last ! Alors que tous les gamers accros aux jeux de shoot avaient les yeux braqués sur les sorties toujours repoussées de Half Life 2 et Doom 3, voila qu'un outsider surgit du diable vauvert et surprend tout le monde ;-)
Ne mettons pas de suspens là où il n'y en a pas, Far Cry est tout simplement la nouvelle référence des FPS arcades (jeux de tirs à la première personne, pour nos amis handicapés en jeux vidéo). C'est aussi, en attendant l'hypothétique prochaine sortie des 2 monstres déjà nommés, le jeu qui va faire le plus souffrir votre carte graphique up-to-date achetée à crédit en début d'année ! A quelques jours des annonces des deux gros fabricants NVidia et ATI concernant leur prochaine génération de cartes graphiques qui sortiront fin 2004, ceux qui comme moi en sont encore à la génération de 2002 (GeForce 4 TI) vont devoir commencer à consulter monsieurprix.com pour passer au modèle supérieur ;-) Mais avant de parler technique, replaçons ce bijou qu'est Far Cry dans son écrin.

Vous voila dans la peau de Jack Carver, ancien baroudeur rangé des voitures partant faire le fanfaron avec une jeune journaliste à bord de son voilier dans des îles tropicales... avant de se prendre un gros missile qui coule son navire ! L'intro marque un démarrage canon et le rythme ne va pas baisser par la suite. Jack, survivant miraculeusement à l'attaque, trouve la force de nager vers un îlot tout proche et tente ensuite de comprendre ce qui se passe. Il ne va pas tarder à constater que l'île est loin d'être déserte, même plutôt surpeuplée par une armada de mercenaires armés jusqu'aux dents : ça tombe bien, l'ami Jack aime les gros guns. Reste à savoir ce qu'ils peuvent bien foutre là ?
Ce prétexte va permettre aux développeurs de démontrer la puissance de leur moteur de jeu en affichant un paysage absolument paradisiaque. Il faut dire qu'au départ Far Cry n'était qu'une démonstration des capacités du "CryEngine" programmé par l'équipe de Crytek en vue de le revendre aux éditeurs soucieux de faire des économies de développement. De fil en aiguille les auteurs se sont sans doute dit qu'il suffisait d'ajouter une I.A. (Intelligence Artificielle) aux personnages non-joueurs et une histoire pour en faire un jeu. En voila une chiée bonne idée !

Le nouveau Half Life, tant pis pour Valve ;-)

Le moteur physique de Far Cry dispose de toutes les innovations des derniers mois en la matière : gestion de l'inertie et de l'apesanteur pour les objets, modèle ragdoll (squelette complet indépendant) pour les personnages, derniers effets DirectX 9 des cartes de 2003 (GeForce FX et ATI 9800), possibilité de prendre le contrôle de véhicules, profondeur de champ hallucinante... bref, c'est bien la vitrine technologique attendue. Mais le gros plus de ce titre est son approche scénaristique originale, un peu comme Half Life en 1999 (et oui, déjà 5 ans !). Ici pas question de jouer le ennième militaire perdu dans le désert irakien ou un flic dans l'enfer de la ville, vous allez goûter aux joies du plein air, et quel grand air !

Avec le matériel adéquat vous permettant de pousser toutes les options à fond (carte mère 3 Gh et carte graphique dernière génération), Far Cry en met véritablement plein la vue, sur des aires de jeu immenses. Il existe 4 niveaux de détails pour chacune des options graphiques, on peut ainsi modifier individuellement les textures, l'environnement, les ombres et les lumières, etc... Sur ma GeForce 4 Ti 4200 avec un Athlon 2500+, le jeu accepte de tourner de manière totalement fluide en 800x600 avec l'antialiasing, l'anisotropic et tous les détails en mode "medium". En augmentant la résolution, on perd l'antialiasing et les déplacements en véhicule deviennent des séances diapos totalement injouables. Quand je vous disais qu'il faudrait passer aux cartes plus récentes !
Mais la beauté d'un moteur graphique ne fait pas tout, on le sait. Il nous faut voir d'un peu plus près ce que les ennemis ont dans le ventre. Passé une courte introduction dans un petit bunker, servant aussi de tutorial, Jacko va bientôt sortir à découvert sur les plages de "coconut island", et le joueur va devoir rapidement prendre les bons réflexes sous peine de mourir TRES fréquemment.

Une approche "diplomatique" du massacre.

Pas question de foncer dans le tas avec les mercenaires de Far Cry. En se baladant à découvert et en courant partout sans prendre ses précautions on devient vite une cible idéale, tel le canneton en carton dans le stand de tir d'une fête foraine. Pour éviter le syndrome du "Quickload", technique consistant à faire une sauvegarde rapide toutes les 5 secondes, les auteurs ont tout simplement oté toute possibilité de sauvegarde manuelle au joueur ! A la place c'est un mystérieux contact téléphonique qui vous donne des objectifs (se rendre à tel lieu, récupérer tel objet, etc) avec un "save" automatique se déclenchant une fois chaque objectif rempli. Afin d'éviter de se faire surprendre à coup de roquettes ou de balles de mitraillette venant de nul part, deux objets vont rapidement devenir indispensables : les "Binoculars" et le radar les accompagnant.
En effet votre radar se contente seulement de vous donner la direction de votre objectif principal, il ne positionne pas vos ennemis systématiquement. Vous devez d'abord explorer les alentours avec vos jumelles électroniques pour que les cibles apparaissent alors sur l'écran, avec un code couleur indiquant s'ils sont en alerte. Un petit détecteur vous indique aussi votre niveau de furtivité, mais attention on est pas dans Splinter Cell tout de même. En effet si vous pouvez vous approcher discrétement d'un campement, dès que vous commencez à shooter vous verrez vos cibles courir se mettre à couvert, et tous les collègues aux alentours venir en renfort. Au niveau de difficulté "Moyen" du jeu, les ennemis utilisent même les éléments du décor pour progresser vers vous, se couvrant mutuellement !

Le seul reproche à faire au niveau de l'I.A. concerne le manque de réaction passé une certaine distance (si vous snipez depuis un point très lointain, certains gardes ne réagissent plus). On reste dans un jeu d'arcade au niveau de la gestion des dégâts, à savoir que vous pourrez vous prendre plusieurs rafales de pruneaux dans le bide avant de succomber, puisque vous avez une barre de vie plus un gilet de protection à l'instar d'Half Life. Mais vous constaterez par la suite que certains ennemis "sur-humains" pourront vous décapiter en deux coups de griffes (hum, hum, est-ce un indice ?). Vos ennemis deviendront de plus en plus équipés et malins au fil de votre progression, à tel point que pour être efficace vous devrez impérativement viser les parties non protégées de leur corps (au hasard, la tête). Une barre d'endurance vous permet de piquer un sprint lorsque les affaires tournent mal pour aller vous refugier illico dans une zone sure, recharger vos guns puis repartir à l'assaut.

L'Arsenal banal du Gentil Membre.

Votre attirail reste très classique. De la simple machette au lance-roquettes en passant par les différents modèles de fusils d'assaut, votre puissance de feu ne fait pas dans la science-fiction. Les seuls éléments un peu originaux sont les grenades Flashbang, qui rendent aveugles pendant une dizaine de secondes (vous y compris si vous regardez dans leur direction au moment de l'explosion). Pas de folie délirante coté matos malheureusement donc.
On peut grimper à bord des véhicules et les piloter (jeeps, hors-boards, camions et même delta-plane !). La plupart sont même équipés de mitrailleuses, mais conduire à pleine vitesse sur les petits chemins tortueux des montagnes tout en visant avec les mini-tourelles installées n'est pas chose aisée, croyez-moi. On peut utiliser tout le potentiel du moteur physique en lançant son buggy sur un groupe d'adversaires, plonger sur le bas coté, balancer quelques grenades dans les jerricans d'essence et voir tout ce joli monde s'envoler dans une magnifique gerbe d'effets spéciaux ;-).

Autant Far Cry est impressionnant pour afficher des décors extérieurs, autant on s'interroge sur certaines textutes utilisées pour les lieus souterrains. Il y a des passages assez dépouillés, notamment celui de la cave ou l'intérieur des hangars, qui font tâche par rapport au luxe de détails de la jungle. Mais je pinaille.
Coté son on est servi. Les bruitages sont d'un excellent niveau et la musique d'ambiance se déclenche dès qu'un affrontement se déroule, augmentant le stress du combat. Lorsque vous zoomez sur un groupe de personnages avec vos Binoculars vous pouvez les entendre discuter des événements en cours, et ainsi en apprendre un peu plus sur le scénario.

Une bonne tête de vainqueur

Dans la catégorie très prisée des FPS arcade de nouvelle génération, Far Cry est le premier à dégainer cette année et devrait occuper les joueurs amateurs en mode solo pendant une bonne vingtaine d'heures. En multijoueur il faut encore attendre pour donner un avis définitif, le temps qu'une communauté de fans se constitue et fasse des mods originaux. Pour le moment les incontournables dans ce domaine peuvent dormir tranquille (Counter-Strike, Quake 3...) car Far Cry ne propose que des modes et des armes très classiques (Deathmatch et "Assault" dans lequel une équipe défend un objectif face aux attaquants).
Grâce à l'excellente intelligence de vos opposants vous aurez toujours plusieurs manières d'aborder un conflit, en les attirants près d'un baril d'essence pour faire tout sauter, en utilisant les véhicules pour nettoyer les zones très peuplées, en snipant les tireurs isolés avant qu'ils ne vous détectent... Le choix du système de points de sauvegarde comme sur console est un véritable plus dans ce jeu. Il y a peu d'événements scriptés durant votre progression, c'est en grande majorité le joueur qui déclenche les actions des ennemis suivant son comportement. Ces derniers réagissent et prennent des décisions, et s'adaptent aux mouvements du joueur.

Par son cadre de jeu unique et sa beauté graphique, Far Cry sort les hardcore gamers des profondeurs de leur souterrains et du dédale de leurs villes en ruine. C'est au sens propre du terme, une bouffée d'air frais. Certes, le jeu reste un peu bourrin et ne consiste qu'à abattre du mercenaire au kilo, mais quand c'est bien fait, on applaudi des deux moignons ;-) En attendant le retour des rois (HL2 et D3), inclinons-nous devant le prince des FPS, Far Cry.



Jeu fini :
Ah la vache, voila un challenge à la hauteur ! Croyez-moi même en mode de difficulté "medium" Far Cry va vous en faire voir de toutes les couleurs (évidemment il faut finir le jeu sans Cheat codes). Il y a une bonne vingtaine de niveaux et dès lors que vous aurez découvert les fameux tri-gènes, vous allez en chiez. Comme indiqué dans le test les décors extérieurs sont réellement magnifiques, d'autant plus que j'ai changé ma carte graphique après avoir écrit le test pour passer sur Radeon 9800 Pro. Un pur bonheur pour les mirettes. Far Cry propose donc un jeu solo béton, malgré le peu de folie coté guns (mais certains ont plusieurs modes de fonctionnement). Bien content de l'avoir terminé juste à temps pour accueillir Doom 3 qui vient tout juste de sortir aux USA, je crois que ma Radeon n'a pas fini de chauffer cet été...