mercredi 16 mars 2011

Mammuth


(2010- Réalisé par G. Kervern & B. Delépine) ***

Serge Pilardosse fête son départ en retraite. Dès le lendemain il s’emmerde. L'administration lui réclamant les preuves des nombreux boulots qu'il pratiqua dans sa jeunesse, notre homme part à la recherche des précieux documents au guidon de sa légendaire moto "Mammuth".

Prenez un Depardieu en loser magnifique, ajoutez-lui une pincée d'Adjani en muse éthérée, pimentez avec les habitués du troquet Kernvern-Delépine (Moreau, Poelvoorde, Lanners, Miss Ming, Lochet), saupoudrez de quelques têtes inédites, vous obtenez le nouvel ovni de nos deux gentils anars préférés. 
Restant dans la veine "sociale" du précédent (Louise-Michel), on suit les tribulations comico-poétiques d'un retraité déconnecté à la recherche de justificatifs administratifs, périple effectué sur une bécane aussi antique que son propriétaire. Évidemment le road-movie asthmatique sera l'occasion pour notre homme de faire des rencontres et de renouer avec son passé enfoui par des années de travail abêtissant. Un bilan doux-amer sur une vie, traité avec la "patte" iconoclaste des auteurs .

lundi 21 février 2011

Inception




(2010- Réalisé par C. Nolan) ***** Dream Machine Edition (Mallette + Ultimate Edition)

Cobb et son équipe sont spécialisés dans l'extraction d'information confidentielle, avec une méthode révolutionnaire consistant à s'introduire dans l'esprit de leur victime lorsqu'elle dort pour lui soutirer ses secrets. Un homme d'affaire Asiatique lui propose de réaliser l'inverse : implanter une idée chez son concurrent, à son insu.

Comme avec Matrix en son temps, Inception est un film qui doit être revu (et revu encore) pour en apprécier la mécanique maniaque et en découvrir toutes les couches scénaristiques. C'est un film d'espionnage high-tech, une histoire d'amour héroïque, une réflexion profonde sur la réalité, un thriller politique sur la manipulation de l'individu, un hommage moderne aux films d'avant l'imagerie synthétique. C'est la somme de toutes les obsessions de son auteur-réalisateur, Christopher Nolan. On y retrouve son découpage ultra-précis, sa déconstruction en puzzle des séquences qui teste en permanence le spectateur, toujours sur le qui-vive. 
Parfois l'ampleur d'une production Hollywoodienne écrase ses acteurs, perdus dans l'immensité des décors, noyés sous les décibels de la bande-son. Inception est un miracle car il évite cet écueil, malgré la richesse des intérieurs et extérieurs et l'omniprésence de la musique, une des plus obsédante et réussie du genre, d'ailleurs, puisque intégrée directement à l'intrigue. L'ami Di Caprio et son équipe de cadors crédibilisent le concept de départ, pourtant pas facile à "vendre" puisque tous les protagonistes passent les trois quarts du film à dormir ! Comme à son habitude Nolan tord et explore jusqu'au point de rupture son postulat de départ, et en véritable génie parvient à nous laisser accroché au bord de son précipice scénaristique vertigineux dans les dernières secondes du film. Prodigieux.

mercredi 19 janvier 2011

Tropic Thunder


(2008 - Réalisé par B. Stiller) ***** 2-Disc Director's Cut

En hiver 1969, un commando d'élite américain fut envoyé en mission ultra-secrète dans le Sud-Est du Viêtnam. Objectif : délivrer le sergent Feuille-de-Trèfle Tayback. Quasiment une mission-suicide.
Sur les dix hommes envoyés, quatre seulement en revinrent. Sur les quatre, trois écrivirent un livre sur leur histoire. Sur les trois livres, deux furent publiés. Un seul fut adapté au cinéma.
Voici l'histoire des hommes qui tentèrent de faire ce film.

Ca commence par une pub débile d'un rappeur en mousse, ça enchaine sur 3 bandes-annonces qui nous paraissent étrangement familières : le blockbuster ultra crétin, l'odieuse pochade à la connerie obèse, le pensum lourdingue taillé pour les Oscars. En résumant en 5 minutes chrono tout le barnum Hollywoodien, Tropic Thunder se pose d'emblée comme LA comédie des années 2K. Et la suite ne va que confirmer cette parfaite entrée en matière. On retrouve avec délectation quelqu'uns des grands stéréotypes du cinéma Américain grand public, avec des pointures pour les incarner, aussi bien dans le casting principal que dans les rôles secondaires. En choisissant comme thème le "film de guerre au Vietnam", Ben Stiller s'ouvre un boulevard comique et en exploite tous les ressorts sans jamais tomber dans la parodie facile. Mention spéciale à Tom Cruise, le producteur over-the-top ("why don't you get the hell out of here before I snap your dick off and jam it into your ass ?!"), et à Robert Downey Jr, acteur en sur-régime ("I'm the dude playing a dude disguised as another dude !").

dimanche 5 décembre 2010

Réécrivons gaillardement Terminator 3

Terminator 3 : Mission Biactol
Nous avons déjà évoqué longuement sur cet écran le cas douloureux d'une trilogie cinématographique immolée sur l'autel de la médiocrité et du merchandising (Pour les non-comprenant, voir nos billets sur Star Wars Prélogie).
Toutes n'ont pas subi les outrages d'un sagouin uniquement préoccupé par son portefeuille, loin s'en faut. On peut citer une pétachiée de triptyques sur pellicule valant leur pesant de Pop-corn pour tout Geek normalement constitué : Retour vers le futur, Le Seigneur des Anneaux, Evil Dead, La Cage aux Folles et d'autres encore que ma mémoire vacillante et mon insondable inculture m'empêche de citer.
Certaines séries du grand écran font débat au sein de la communauté, les arguments les plus élitistes étant employés pour les encenser ou a contrario les dézinguer. Citons pour l'exemple cette discussion entre omarSAV91 et Mickeline59 sur le forum "Ado 12-15 ans" d'un célèbre site, à propos du chef d'oeuvre des frangins Wachowski :
- Waow comment ça déchire trop sa reum Matrix 3 !!!
- L O L trop pourri ton Matrix 3, vive Matrix 1 !!!
- C'est toi pourri, Matrix 3 c'est de la philo
- Pauv' cul
- Nazi.

L'exemple Matrixien n'est pas une affaire isolée, ce type de raisonnement implacable et de rhétorique redoutable s'applique également aux Alien, Indiana Jones et autres Spiderman. Édifiant, non ?

Le cas qui nous préoccupe ce soir fait lui aussi polémique, il s'agit de la saga Terminator.

Les quarantenaires qui ont assisté à la naissance de Sarah Connor et du Cyborg Autrichien ne peuvent envisager une suite au Kolossal diptyque accouché par le Docteur Cameron. Le premier film dépeint l'étreinte irrévocable du destin sur une jeune héroïne, tandis que le suivant libère l'humanité de la fatalité. On ne peut rêver plus adroit et concis, surtout lorsque le réalisateur est aussi efficace et soigneux, aussi bien dans l'écriture de son scénario que dans le choix du casting. Tels quels Terminator et Terminator 2: Judgement Day forment un tout harmonieux, malgré son joli paradoxe temporel illogique (mais on s'en fout).

La Saga Terminator est dans le cercueil

Cet équilibre délicat ne pouvait malheureusement pas durer aux yeux des producteurs, et d'un certain acteur en mal de publicité pour se faire élire gouverneur.
Ainsi en 2003 un nouveau chapitre est mis en chantier, chargé de relancer la franchise en se passant de papa James et maman Connor. Sacrilège !
Le résultat ? une suite d'entorses aux bases de l'univers de Mister Cameron, desquelles surnagent quelques idées intéressantes cachées derrière des scènes d'actions enflées et un second degré trop appuyé. L'intrigue n'est qu'une resucée de l'opus précédent : une méchante Terminatrice devant éliminer les futurs lieutenants de la résistance, face à un gentil Schwarzynator qui protège John. La nouvelle T-X dispose d'un armement dont on nous avait pourtant dit qu'il était strictement impossible qu'il voyage dans le temps. Elle possède même des pouvoirs quasi-magiques lorsqu'elle contrôle à distance des véhicules. On est carrément chez Harry Potter.
Le Gouvernator perd toute sa coolitude, balançant des "parle à ma main" sorti tout droit de la décennie précédente, et son adversaire est malmenée par un scénario bout-de-ficelle lui faisant prendre de curieuses décisions, en particulier lors de la séquence du cimetière où elle dévoile son identité alors qu'elle est certaine de trucider sa cible.
Pour essayer de se mettre les fans dans la poche, on tente aussi un caméo du docteur Silberman, le psy qui par deux fois avait croisé le chemin de Sarah Connor. Louable démarche, mais qui ne nous décroche qu'un sourire tristounet avec ses allures de running-gag poussif.

Mais l'affront ultime, l'insulte suprême faite aux fans, vient surtout du message général qui se dégage du film.
Alors que tout le récit de James Cameron démontre que l'humain peut infléchir sa destinée à force de volonté, le scénario de Rise of the Machines s'évertue à balancer de grosses louchées de fatalité irrémédiable. John Connor croise sa future femme et découvre qu'ils étaient déjà promis l'un à l'autre depuis leur enfance, et par ailleurs l'apocalypse nucléaire est irréversible quoiqu'il fasse. Bref, pourquoi se fatiguer quand tout est déjà manigancé par le tout puissant ? Ça fout le bourdon.
Ce qui est sûr pour le fan, c'est que lorsque M. Cameron sera mort il n'a pas fini de se retourner dans sa tombe d'avoir vu son oeuvre ainsi mutilée.

Les acteurs de Terminator 3 reçoivent les premières critiques du film
Non, on ne peut décemment pas apprécier ce T3. Alors on se dresse sur ses petites pattes arrières, on bombe son torse imberbe, et on pousse un cri suraiguë libérateur : gniiiiaaaaaaarrrrrrr !

 A l'instar de notre tentative bien inutile mais ô combien salvatrice de réécrire la prélogie Star Wars, et afin de chasser cet immonde souvenir de notre esprit chancelant, nous avons entrepris une opération identique pour sauver du déshonneur notre bienaimée Famille Connor et leur fidèle Terminator. Oui, mes amis, mes frères et mes sœurs (oh oh...), réécrivons gaillardement Terminator 3 : Rise of the Machines.

Fantasme de fan, assurément, puisque les chances pour que le démiurge James Cameron reprenne un jour les rênes de son épopée sont proches du néant. Toutefois la mode à Hollywood semble être au reboot, et un certain Batman n'a pas eu à s'en plaindre. Après avoir été mis au monde brillamment par M. Burton, il fut assassiné par le psychopathe Schumacher avant de renaître par la grâce du magicien Christopher Nolan. Alors pourquoi pas, dans dix ans, voir surgir un remake habile des Terminator ?

Hasta la vista, que Sainte-Linda Hamilton prie pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort sous le feu thermonucléaire.

Le synopsis qui suit est soumis à la sagacité du lecteur ou trice, avec les mêmes précautions que lors de notre expérience antécédente : vous allez lire un document amateur, reprenant les grandes lignes du scénario original mais sans les fadaises qui nous déplaisent. Il contient probablement quelques incohérences et interprétations hasardeuses, mais est réalisé avec autant de ferveur enthousiaste que possible.


mercredi 24 novembre 2010

Snatch


(2000- Réalisé par G. Ritchie) ****

Un diamant volé est l'objet de toutes les convoitises. Une poursuite mouvementée s'engage entre une ribambelle de truands plus ou moins mal famés, magouilleurs à la petite semaine, diamantaire Juif, gangster Russe, Gitan bagarreur, promoteur de boxe psychopathe et voleurs de banque débutants.

Le scénar "tarantinesque" (du dialogue qui claque, des histoires qui s’entremêlent) est juste un prétexte à un étalage de "gueules" lâchant des sentences poilantes toutes les deux minutes. Et si Snatch parvient à échapper à une simple galerie de personnages faussement cool, c'est grâce à son montage très typé, des "cuts" ultra courts qui relancent le rythme et coupent le superflu, et à ses acteurs à fond dans des numéros sur mesure. Pour sûr les allergiques aux situations improbables et à l'acting un peu "over the top" seront vite soulés. Mais pour celles et ceux qui veulent découvrir Brad Pitt en gîtant baragouineur aux prises avec Jason Statham, Vinnie Jones et d'autres pointures du genre, faites-vous un shoot de Snatch. Bien malin ceux qui peuvent prévoir la fin.

lundi 22 novembre 2010

Cloverfield


(2008 - Réalisé par M. Reeves) ****

Rob fête sa nomination pour un poste prestigieux au Japon, lors d'une soirée organisée par son frère et sa petite amie. Mais un événement hors du commun frappe soudainement la ville de New-York.

Aujourd'hui nous sommes saturés de films "found footage", ces vraies-fausses vidéos façon caméscope retrouvées comme par hasard (par des producteurs cupides, of course). A l'époque de la sortie de Cloverfield le genre est déjà proche du trop-plein mais compte quelques réussites, coté horreur on a eu REC, et coté "dénonce" Redacted, faux documentaire mettant en cause les vrais agissements de soldats américains en Iraq. Manquait un digne représentant du "Film de monstre", et paf le voila ! 
L'excellente idée des auteurs est de ne vouloir à aucun moment expliquer les choses. Cloverfield est une longue course vers une menace dont on ne connait pas l'origine ni les motivations, et c'est tant mieux parce qu'on s'en cogne. Passé le quart d'heure initial de présentation des protagonistes, la première attaque au cœur de New-York vous saisit pour ne vous lâcher que dans les rares moments d'accalmies, faisant place à des séquences émotionnelles brillamment interprétées (le coup de fil à la mère, sur un quai de métro abandonné). Réinvention de Godzilla, images écho du 11 septembre 2001, vain sacrifice du héros, autant de pistes de réflexion intéressantes mais dont on peut se passer pour apprécier le film au premier degré : un putain de déferlement de destruction massive.

dimanche 17 octobre 2010

Not the messiah (un très vilain garçon)


(Not the messiah, he's a very naughty boy - 2010 - Spectacle) ****

Opéra comique inspiré du film culte des Monty Python "La vie de Brian", écrit par le pythonesque éric Idle.

Il est très important de signaler que Not The Messiah n'est pas une Comédie Musicale, genre que j'abhorre tout particulièrement, mais bien un Opéra (pour être plus exact un "Oratorio", c-a-d une œuvre lyrique sans mise en scène, ni décors, ni costumes - merci Wiki). Cette précision faite, plongeons-nous dans cette version "Chantée" du film "Life of Brian" des Monty Python. Le fanatique que je suis est bien sûr conquis dès les premières notes du générique du Flying Circus (Liberty Bell) joué Live. Eric Idle accompagne quatre professionnels du chant lyrique qui offrent leurs magnifiques organes (Ténor, Mezzo-Soprano, etc) à une poilante ode à la déconne, suivant la trame du scénario du film. Les vieux complices font tous une apparition, à l'exception notable de John Cleese, et on a même droit au Classique des Classiques, Michael Palin et sa fabuleuse "Lumberjack Song". Les titres des numéros parlent d'eux-mêmes : "We love sheep", "I want to be a girl", "Hail to the Shoe"... on se marre et en plus on a l'alibi culturel, que demander de plus ?

jeudi 30 septembre 2010

Zodiac


(2007 - Réalisé par D. Fincher) ***

Dans le San-Francisco des années 70, l'histoire vraie de la traque d'un Serial Killer se faisant appeler le Zodiac, par un flic et deux journalistes.

A qui faire appel pour vos histoires de Serial Killer ? Mister Fincher, of course ! Le spécialiste des tordus, le responsable d'un des plus grands chefs d’œuvre du genre (Se7en), ne pouvait que sauter sur l'une des plus fameuses affaires de meurtres en série ayant secoué les états-unis dans les 70's.
Sauf que David Fincher nous la fait à l'envers, en s'éloignant de la surenchère gore et du thriller classique. L'auteur décide de privilégier le travail de l'enquêteur et du journaliste, explorant la frustration des fausses pistes et du manque de preuves, l'obsession de la traque et les conséquences sur la vie privée.
Les méfaits du tueur sont relégués au second plan, on ne verra d'ailleurs jamais son visage, même lorsqu'il attaque en plein jour (encore un tour de force de réalisation). Et pour cause, ce fait divers réel n'a jamais été résolu

samedi 25 septembre 2010

OSS 117 - Rio ne répond plus


(2009- Réalisé par M. Hazanavicius) ****

Hubert Bonisseur de la Bath est de retour. Son supérieur l'envoi à Rio de Janeiro à la poursuite d'un nazi en fuite. Flanqué d'une espionne des Services Secrets Juifs, notre fierté nationale devra affronter la C.I.A., la mafia Chinoise et de redoutables Catcheurs. L'occasion pour lui d'imposer son sens des valeurs si particulier dans un monde en pleine révolution Baba-cool.

Décomplexés par le succès mérité du premier épisode, Hazanavicius et ses compères poussent le concept un cran plus loin dans l'absurde et le second degré, sur des thèmes casse-gueule (notamment les clichés antisémites) qui nécessitent un dosage subtil. Mission accomplie, et de belle manière puisque le réalisateur n'a pas oublié de conserver le style classieux qui avait contribué à élevé sa parodie au premier rang, loin devant les comédies franchouillardes bâclées. Tout est magnifique, de la bande son jusqu'aux décors, recréant cette ambiance chaude Hippie-Brazil qui nous réjouit avant même qu'un gag soit balancé.
Après sa brillante métamorphose en Sean Connery période Bond dans "Le Caire", Jean Dujardin emprunte un style plus 70's dans "Rio", un croisement réussi entre Paul Newman, Errol Flynn et Bébel façon "Le Magnifique". Il conserve tout le décalage qui rend ce misogyne raciste finalement attachant, en le ridiculisant dès que possible pour notre plus grand bonheur.

mardi 31 août 2010

Resonance of fate

Votre équipe de choc en plein boulot

Tri-Ace / Sega
Genre : RPG
Verdict: 4/5

Si vous avez manqué le début

C'est le bazar à Bazel ! Cette Tour titanesque plantée sur une Terre dévastée abrite ce qu'il reste de l'Humanité, un ramassis d'aristos décadents régnant sur une population désabusée, menacée par un cortège de margoulins et de monstres Tchernobyliens. Pour couronner le tout la structure archaïque de Bazel part en sucette, et y'a pas un ouvrier du bâtiment pour rafistoler. Fort heureusement trois mercenaires principalement préoccupés par le cul, les fringues et la Justice vont s'attaquer au pouvoir totalitaire en place.


jeudi 22 juillet 2010

Coffret: Batman Begins - Batman: The Dark Knight


(2005 / 2008 - Réalisés par C. Nolan) **** / ***** Edition 3 Blu-ray

Batman Begins : Captif d'une prison Chinoise, Bruce Wayne est repéré par un certain Ducard à la suite d'une altercation mouvementée entre détenus. Ce dernier lui propose de joindre son organisation secrète, la Ligue des Ombres.

The Dark Knight : Le spectaculaire casse d'une banque de Gotham City est revendiqué par un certain Joker. Le lieutenant Gordon, chef de la police locale, demande l'aide du justicier Batman.

Après avoir été brillamment (re)mis au monde Cinématographiquement par Tim Burton fin 80's-début 90's, Batman fut assassiné par le psychopathe Joel Schumacher. Du grand guignol tragi-comique où la parodie est devenue involontaire au fil des épisodes. Mais qui pouvait encore prendre les super-héros au sérieux ? Christopher Nolan, bien sûr ! L'expert du faux-semblant et grand tortionnaire de méninges sur pellicule.
Le Batman des années 2K est profondément ancré dans la réalité, le moindre gadget y est disséqué, le plus petit souci prend des proportions psychodramatiques hors-norme. Bruce Wayne gagne en densité ce qu'il perd en nonchalance, aidé par le jeu mâchoire-serrée/grosse voix du grand Christian "je rigole quand j'me brûle" Bale. Le premier épisode, un poil trop étiré, assoit les fondations du mythe : on n'est pas chez les clowns en collants. Le héros poursuit son trauma d'enfance et se fourvoie face à son mentor, pendant que le Cavalier de l'Apocalypse piétine Gotham. 
Mais c'est surtout sa suite qui est un véritable feu d’artifice. Les auteurs questionnent l'idéologie nauséabonde de la figure du Justicier Solitaire, font basculer les idéalistes dans la dépression, rendent l’anarchiste fou Joker phénoménal et inoubliable, démontrent que le sacrifice est parfois vain... bref, ils démontent un à un tous les clichés assénés depuis des décennies par l'Industrie du Rêve, tout en assurant un final plein d'espoir sur l'Humanité. Bienvenue dans le monde réel, Batman.

dimanche 11 juillet 2010

Bourne Trilogy : Coffret (La Mémoire dans la peau - La mort dans la peau - La vengeance dans la peau)


(The Bourne Identity - The Bourne Supremacy - The Bourne Ultimatum - 2002 / 2004 / 2007- Réalisés par D. Liman / P. Greengrass / P. Greengrass) *** / **** / ****

La mémoire dans la peau : Un homme, sauvé par des pêcheurs en mer, tente de recouvrer la mémoire. Ses seules pistes sont extraites de son corps : les deux balles de revolver qui auraient dû le tuer et un numéro de compte bancaire Suisse encapsulé.

La mort dans la peau : Bourne se cache à Goa, en Inde, avec sa petite amie. Pendant ce temps, à Berlin, les Services Secrets ourdissent un plan machiavélique pour l'éliminer.

La vengeance dans la peau : Toujours en quête de sa véritable identité, Jason Bourne décide de contacter un journaliste qui semble en savoir beaucoup sur son affaire.


Exemple rare d'une trilogie qui s'améliore au fil des épisodes, la saga Bourne débute comme un thriller sec et net. Structure narrative simple et économie des effets "grand spectacle" habituels, comme un "James Bond" ultra-réaliste et profil bas, le film est soutenu par un rythme suffisamment enlevé pour qu'on supporte cette énième itération de l'histoire-du-gars-amnésique-poursuivi-par-son-ancien-patron. Matt Damon est convaincu et convaincant en super-agent paumé au milieu d'un complot international, découvrant petit à petit ses aptitudes hors du commun. 
A partir du second opus le rythme s'emballe et l'intrigue se complique, mais le film garde son postulat de départ : de l'exotisme (Inde-Naples-Berlin), pas d’esbroufe dans l'action, pas de surenchère dans la pyrotechnie, de l'efficace, du brutal. Le découpage ultra-court des combats mano-a-mano rend ses séquences très intenses, limite frustrantes lorsqu'elles se terminent au moment où on vient de comprendre qu'elles avaient commencé ! C'est justement ce coté nerveux, sans explication de texte, ces chorégraphies au millimètre sans fioritures, qui font qu'on apprécie ces soudains déferlements de violence physique où la manière compte moins que le résultat. Ca nous change de certaines autres productions où gentils et méchants palabrent des heures durant avant de se rentrer dedans. 
Le dernier volet de la trilogie conclut l'épopée de Jason Bourne avec panache, poussant le concept à son apogée lors de plusieurs séquences mémorables : la traque du journaliste dans la gare de Londres, le jeu du chat et de la souris à Tanger, la course-poursuite automobile finale. Même avec sa conclusion attendue, la confrontation de Bourne avec ses supérieurs sur le sol américain, "Bourne Ultimatum" reste le meilleur exemple du renouveau du film d'espionnage façon années 2K, qui prend en compte l''atmosphère post-11 septembre, époque de paranoïa générale où chacun se méfie de tout le monde.

lundi 5 juillet 2010

Burn after reading / O'Brother (Coffret)


(Burn after reading / O'Brother where art thou ? - 2008 / 2000 - Réalisé par J. & E. Coen) *** / ***


Burn after reading : Après sa mise à la porte un agent de la CIA décide de rédiger ses mémoires. Malheureusement pour lui un coup du sort place ses archives confidentielles dans les mains de deux employés d'une salle de gym, qui décident de le faire chanter.

O'Brother : Sur le thème classique de l'odyssée d'Homère,  trois évadés de prison partent à la recherche d'un trésor dans le Mississippi des années 30.

O'Brother est une épopée comique dans le plus pur style Cohen, traversée de bons moments comme l'évasion dans le train, le baptême en rivière, l'affrontement avec le KKK ou cette interprétation magistrale de "Man of Constant Sorrow". Mais il ne reste finalement pas grand chose d'inoubliable une fois cette pochade bien stylée finie.
Plus accessible parce que plus contemporaine, la comédie "Burn after reading" la joue modeste mais atteint son but : donner des personnages bien cons à jouer à quelques Stars Hollywoodiennes. On se régale devant les numéros des Swinton, Clooney, Pitt et autres Malkovich. Une coincée pète-sec qui ne supporte plus son mari agent de la CIA, lui même foutu à la porte pour alcoolisme, un agent de sécurité queutard invétéré mais incapable de quitter sa femme, une employée de salle de gym cherchant à la fois le grand amour et un financement pour son opération de chirurgie esthétique, son acolyte gentil mais franchement couillon qui l'assiste dans sa mission de chantage, le trombinoscope est gratiné ! 

lundi 28 juin 2010

Il faut sauver le soldat Star Wars (épisode 3)

La redoutable armée des robots-biscottes

Avant-propos mon paulo

Si vous avez pris le temps de consulter nos amères critiques des épisodes 1 et 2 vous vous attendez sans doute à ce que le massacre continue avec la conclusion de la Navrante Trilogie, La Revanche des Sith. C'est une espérance bien légitime.
Mais qui aurait le cœur assez sec pour s'en prendre au rejeton d'une mère indigne (La Menace Phantom) et d'un papa déglinguo (L'attaque des Clones) ? Le pauvre épisode III subi déjà trop de quolibets dans la cour de récré, " ta mère la molle, elle ressemble à Jar Jar ! ", " ton père il est clone au Cirque Lucas ! ", les enfants sont cruels.
Non, décidément, de par sa lourde hérédité le petit dernier ne peut pas être tenu responsable de ses agissements. C'est pourquoi nous débuterons sa présentation sur une note positive.


L’épisode final de la préquelle débute sur une enthousiasmante bataille spatiale, où l'étalage orgiaque d'images de synthèse est enfin justifié. Pour tout dire on n’y croit pas mais il semble bien qu’on assiste à un film Star Wars. Pendant cinq minutes le cœur du fan palpite, il oublie les combats sans danger contre les droïdes-biscottes, la course-poursuite futile sous la mer avec un thon géant, l’épreuve de gymkhana sur la chaine de montage Twingo, la corrida tragi-comique des 100 Jedis dans l’arène… oui, tout cela parait si lointain.

La joie est de courte durée, vous vous en doutez.
Sitôt Obi-wan et Anakin à l’intérieur du vaisseau de Dooku, la Loi de Lucas (c’est comme la Loi de Murphy mais en pire) reprend ses droits. L’armada des droïdes-en-plastoc se fait découper comme on en a pris l’habitude depuis deux épisodes et les Jedis fuient devant les Droïdekas, comme le veut la tradition dans la Consternante Trilogie.
La bouche bée du fan se referme, ses yeux écarquillés s’éteignent, son souffle coupé reprend son rythme ronronnant.

George "âne bâté" Lucas n’a pas perdu son savoir-faire en matière de coups foireux. Ainsi lors de leur grande scène d’évasion du gigantesque vaisseau de Dooku on voit les deux Jedis et Palpatine parcourir les couloirs vides. Tout va bien, aucun droïde crash-test-dummy n’est candidat pour un petit démembrement gratuit. C’est sans compter sur le toussoteux Général Grievous, qui fait activer un champ magnétique dans lequel se jettent les fuyards, stoppant net leur escapade. Le dialogue qui s’en suit est probablement celui qui résume le mieux l’ensemble de la préquelle :
Obi-wan : « Comment ça a pu arriver ? On n’est pas débile à ce point là ! »
Anakin : « Apparemment, si. »

Yoda et Mace 'motherfucking Windu, motherfucker.

La Revanche des Sith conte les événements les plus sombres de la saga, c’est la naissance symbolique de Dark Vador, le plus charismatique des bad guys de cinéma depuis plus de trente ans, et c’est aussi la mort de Padmé, la fin de la République, la disparition de l’Ordre Jedi et l’exil forcé des deux figures emblématiques de la Trilogie Classique, Yoda et Obi-wan.
On l’a démontré précédemment, Lucas-la-trompette a fort maladroitement mené sa barque jusqu’au climax que représente l’épisode III. Au moins le spectateur accepte un certain nombre de faits, même si on lui a fait avaler de force lors des films précédents. Voici donc ce qu’on sait avant que ne débute le dernier acte : Anakin est un Jedi instable, Palpatine complote, Anakin et Padmé sont amoureux, Palpatine complote, Anakin et Obi-wan sont amis, Palpatine complote, Anakin est l’élu censé apporter l’équilibre dans tout l’univers.
Arrêtons-nous un instant sur cette dernière affirmation, plusieurs fois répétée au cours des films pour justifier le caractère unique du héros et son ascension fulgurante au sein des Jedis.
Une prophétie prédit l’apparition d’un Envoyé, un être garantissant l’équilibre de la Force dans la galaxie. La preuve ? Il est le fils d’une Sainte Vierge, sa mère Shmi qui va mourir dans des circonstances quasi-christiques. De plus Qui-Gon a mesuré son taux de schmilblicloclo ah merde! midichloriens, qui s’avère hors du commun (plus balèze que celui de Yoda, t’as qu’à voir !).
Si Anakin est l’élu suprême ce n’est donc pas parce qu’on l’a vu séparer la Mer Rouge, détruire l’Anneau Unique, ou vaincre la Matrice. Non. C’est parce qu’il a 20 000 points dans sa compétence "Cellules Microscopiques". Ça fait moins rêver, du coup.


Cependant George "Domenech" Lucas nous livre sans aucun doute le moins mauvais des épisodes de la Pénible Trilogie. Quelques passages mémorables parviennent à envoûter le fan trentenaire transi, le monologue fascinant de Palpatine contant la légende Sith, le temps suspendu lorsque Vador reçoit son casque mythique dans un silence absolu.
Le face-à-face ultime entre Anakin et Obi-wan aurait aussi pu entrer dans l’Histoire si l’auteur n’en avait pas abusé en l’étirant exagérément. La confrontation s’étale sur 15 minutes, commence par une explication musclée créant une belle tension dramatique, et enchaine fatalement sur le duel qu’on attend depuis toujours. …Puis s’étiole au fil des situations de plus en plus improbables qu’on impose aux deux antagonistes, accrochés à des lianes façon tarzan, ou en équilibre invraisemblable sur des plateformes minuscules flottant sur des hectolitres de lave artificielle. Manquerait plus qu’ils se défient à chat-bite.

En se lançant dans son projet de prélogie Lucas savait que deux choses l’attendaient : une cohorte de millions de fans, et des millions de dollars.
Nous avons contesté ses choix artistiques et scénaristiques tout au long de nos élucubrations, mais au final l’œuvre appartient à son créateur. George, père fondateur de Star Wars, a cassé son jouet de milliardaire en voulant trop faire. Trop de réponses aux questions qu’on ne se posait pas, trop d’autoréférences maladroites, trop d’images clinquantes pour masquer la misère des caractères.
Lucas le Démiurge était le personnage de Luke dans la Trilogie Originale, le héros qui se bat contre l’Empire. Il est troublant de noter que dans la Nouvelle Trilogie il soit devenu Anakin, celui en qui chacun place ses espoirs et qui bascule du coté obscur.

Place à présent à notre vision de la fin du cycle d’Anakin, notre Episode III personnel concocté avec amour et maladresse.


dimanche 27 juin 2010

Il faut sauver le soldat Star Wars (épisode 2)

Obi-wan, très en forme au réveil...

Introduction pour mironton.

Continuons notre remaniement superfétatoire des scénarios de la nouvelle trilogie Star Wars. Une révision dont vous pourrez trouver les causes dans les épisodes précédemment publiés.
Au moment de la sortie de l'épisode II, en 2002, chacun espérait chasser de son esprit les tourments occasionnés par l'opus antécédent, on pensait naïvement que le vieux George s'était ressaisi, que l'extrême lourdeur de la Menace Phantom n'était qu'une pénible mise en place destinée à mettre en valeur la feu-d'artifistique Guerre des étoiles à laquelle nous allions assister, nous les trentenaires tremblants et suintants sous l'émotion juvénile et notre casque Vador en plastique.

Mais il fallut bien vite déchanter en constatant que les mêmes couilles venaient se fracasser dans l'imbuvable potage concocté par Darth Lucas.
Quels sont les enjeux de l'épisode II, L'attaque des Clones ? Simples, à priori. La conspiration de Palpatine d'un coté, qui manigance avec son armée de Clones, et de l'autre l'histoire naissante entre Anakin et Padmé. Politique et Amour, on peut penser que n'importe quel étudiant en Cinéma peut s'en sortir avec des sujets aussi universels.
Pas pour George Lucas-noisettes.


Si vous avez manqué le début... (vous avez de la chance)

Le vil Lucas se prend les pieds dans le tapis dès les premières images de L'attaque des Clones. Patatras ! la Reine Amidala meurt dans un attentat ! Heureusement il ne s'agit que d'une doublure, qui n'a rien à voir avec les Clones du titre, par ailleurs. Pas de bol pour Padmé, la seule fois où il lui arrive quelque chose, c'est son double qui prend.
C'est tout le drame de ce personnage qui, à l'instar d'Anakin dans l'épisode précédent, n'est pratiquement jamais moteur de l'action. On va lui imposer une escorte pour la protéger, elle va servir d'appât pour être la cible d'un assassinat (est-il judicieux de risquer de sacrifier la vraie Padmé alors qu'elle a tellement de leurres à disposition ?), on va alors l'obliger à rentrer sur sa planète natale pour se cacher (drôle d'idée pour une planque), où elle va batifoler dans les champs avec Anakin au mépris des plus élémentaires règles de protection (bonjour le garde du corps !). Sa seule initiative est de tenter d'aller délivrer Obi-wan, ce faisant elle se jette directement dans les griffes du Comte Dooku. Bien ouèj, Padmé !

Le problème du traitement de Padmé n'est pas un cas isolé. Le même souci s'applique aux relations d'Anakin avec Obi-wan, à son histoire d'amour avec Padmé, ainsi qu'à l'intrigue dévoilant les fameux Clones du titre.
Avec l'épisode II nous voici parvenu au milieu du gué. Le spectateur est censé connaître les protagonistes mais nous ne savons rien des détails de l'amitié entre le Chevalier Jedi et son apprenti. Ce paramètre est expédié en 30 secondes, montre en main, lors de la scène d'introduction des deux "amis". Obi-wan et Anakin discutent dans l'ascenseur qui les mène aux appartements de Padmé, c'est durant ce bref échange qu'on résume dix années de franche camaraderie par une simple anecdote. Par la suite et pendant tout le film, Anakin ne cessera de remettre en cause l'enseignement de son maître, se plaignant de lui ouvertement et désobéissant aux ordres.
Obi-wan, quant à lui, reste marmoréen dans son rôle de Chevalier Jedi. Sauf lorsqu'il perd son calme face à son impétueux Padawan qui lui prend la tête à la moindre occasion. Mais bon, il parait qu'ils sont "potes". Si, si, on vous l'a dit dans l'ascenseur.

Après la seconde tentative de meurtre de Padmé, Obi-wan va finir par péter les plombs en se jetant par la fenêtre pour s'accrocher à un robot volant tout riquiqui. Pour un Chevalier Jedi préconisant sans arrêt la pondération à son apprenti, voila un réflexe indigne de lui, n'est-ce pas ?
Cette séquence dans Coruscant est tellement incongrue qu'elle soulève une tonne de questions qui resteront à jamais sans réponses : pourquoi l'assassin, qui se montrera excellente sniper par la suite, utilise des gros mille-pattes pour tuer Padmé ? Puisqu'elle sait où se trouve sa cible, pourquoi ne pas simplement la shooter à distance ? Viser une cible endormie ne devrait pas lui poser de problème. Mieux encore, pourquoi Jango Fett, le commanditaire, ne balance-t-il pas une de ses fameuses roquettes par la fenêtre, lui dont c'est le métier et qui en plus dispose d'un jet-pack pour s'enfuir ? Pourquoi les deux Jedis abandonnent-il la protection de Padmé, leur mission prioritaire, pour suivre un rudimentaire robot volant ? Pourquoi la Changeling, après avoir semé Obi-wan dans le night-club, tente-t-elle de le tuer alors qu'il a perdu sa trace ? Elle pourrait au moins utiliser sa capacité étonnante pour changer de visage et tromper le Jedi. Et pourquoi, saperlipopette, les deux Jedis ne poursuivent-ils pas Jango Fett lorsque celui-ci exécute l'assassin sous leurs yeux ?

Au final cette première scène d'action laisse un sale goût sur nos papilles gustatives délicates. Ça sent l'arnaque. Ce n'est qu'un début, braves gens, la plupart des séquences d'action vont crescendo dans le foutage de gueule, jusqu'à l'apothéose avec l'ignoble partie de cache-cache sur une chaine de montage de robots (un hommage inconscient au Temps Modernes de Charlie Chaplin ?) suivie par l'improbable scène de l'arène saturée de sabres-laser multicolores (la réponse malhabile de Lucas au Gladiator de Ridley Scott ?).

Poupée de cire, poupée de con

L'amour est dans le pré virtuel

Si Jar Jar Lucas a perdu la main concernant une mise en scène efficace, peut-être parvient-il à nous émouvoir ? Après tout, la passion amoureuse fait aussi partie de l'univers Star Wars. Le fan de la trilogie originale se souvient toujours, le visage empourpré par un sentiment diffus, du baiser fougueux échangé entre Leia et Han à la fin de l'épisode V.

La préquelle est construite autour du fait qu'Anakin Skywalker va tomber amoureux. Il est par conséquent primordial de montrer sa rencontre avec Padmé, et comment les deux tourtereaux sont attirés l'un vers l'autre. Deux options s'offrent à George L'Aigrefin : édifier patiemment, par touches subtiles, les éléments qui vont pousser les protagonistes à se déclarer mutuellement leur flamme; Ou bien choisir de leur imposer leur destinée, envers et contre tous les événements, sous le prétexte fallacieux de l'indicible pouvoir de la Force.

A votre avis qu'ont sélectionné les pontes de l'entreprise Lucas LTD ?
Anakin n'est jamais vraiment sympathique lorsqu'il est en présence de Padmé. Il se plaint de son statut de Padawan, argumente sèchement face à ses décisions, et même lorsqu'il se retrouve à Venise (pardon, Naboo) en tête-à-tête avec sa dulcinée, il lui confie ne pas aimer les politiques. Encore mieux, il abhorre la Démocratie et à demi-mots fait l'apologie des dictatures, tout ce qu'il faut pour séduire à coup sûr une Sénatrice de la République. Pour finir il ira jusqu'à lui confier avoir massacré des dizaines d'hommes, femmes et enfants. Voila qui rassure certainement une femme saine d'esprit !
Que fait Padmé de son coté ? Elle commence par se moquer gentiment d'Anakin, lui rappelant qu'elle verra toujours l'enfant en lui (elle sait flatter un homme, y'a pas à dire). Plus tard elle lui avoue son trouble mais ne veut pas s'engager parce qu'elle est... Sénatrice ?! Qu'un Jedi rechigne à abandonner son apprentissage quasi-monacal, soit. Son Ordre interdit le mariage, d'ailleurs. Mais pourquoi une jeune femme célibataire, attirante et intelligente, devrait renoncer à l'amour sous prétexte qu'elle fait de la politique ? Si elle ne souhaite pas "tenter" Anakin, pourquoi ne pas le renvoyer immédiatement à sa formation de Jedi, le sabre entre les jambes ?

Bref, après deux heures de tergiversations, le couple se marie parce que c'est la volonté de Lucas leur destin. Tous les experts en effets spéciaux ont beau balancer leurs décors romantiques les plus fastueux, le scénariste abuser de tous les clichés du genre (et que je me roule dans l'herbe, et que je papote au coin du feu, et que je t'avoue mon amour parce que je crois que je vais mourir), personne n'est dupe. C'est un nouveau fiasco.



Columbo ou Colombin ?

Il nous reste à aborder le dernier point essentiel de l'Attaque des Clones : les Clones, justement.
L'intrigue menant à la découverte de la fameuse armée de la république est aussi capillo-tractée et inintéressante que les manœuvres de couloir du glacial Palpatine dans La Menace Phantom. L'enquête d'Obi-wan pour découvrir la planète où sont "fabriqués" les Clones est digne d'un épisode de l'inspecteur Columbo. Tout le monde connait le coupable dès le début. Mais pire, Lucas-sassin en profite pour saccager un peu plus la mythologie Star Wars.
Expliquons-nous.
Obi-wan découvre l'existence de la planète Kamino (grâce à la fléchette empoisonnée lancée par Fett pour tuer sa partenaire assassin, vous suivez ?). Pas de trace de Kamino dans les archives du Conseil, censé être l'ultime Google du futur. Même l'ancêtre Yoda et ses collègues vieux de plusieurs centaines d'années n'en connaissent pas l'existence. On assiste alors à une scène d'anthologie présentant un petit groupe de gamins à peine sortis de maternelle, suivant un cours d'initiation à la Force avec des jouets sabres-laser, le visage masqué par un casque opaque, comme Luke dans une fameuse séquence de l'épisode IV. Un des moutards explique alors que si Kamino n'est pas dans les archives, c'est que quelqu'un l'a effacée (pas con, le gosse). Qui ? Comment ? Pourquoi ? on ne saura jamais.

En dehors de son inutilité ce passage particulier nous confirme que Mister Lucas se goure complètement concernant la Force et les Jedis. Dans l'épisode I il tentait d'expliquer scientifiquement le pouvoir de la Force, en comptant la présence de mickeline-nonrien ah merde! midi-chloriens dans un individu, cassant la magie du concept initial.
Dans l'épisode II on nous impose l'idée que des marmots sont entrainés dès leur plus jeune âge à devenir Jedi. Comment peuvent-ils appréhender les notions de bien et de mal, de paix et de justice, de compassion ? Que peuvent-ils savoir, du haut de leur cinq ans, du célibat et du coté obscur ? oh que voila une détestable interprétation ! D'un illogisme total au regard de tout ce qui nous est expliqué dans la trilogie classique, la raison de sa présence est en vérité aussi évidente que tragique :
La seule variable prise en compte ici par George l'épicier est la possibilité de vendre aux consommateurs toujours plus de merchandising. Il croit s'adresser directement à son cœur de cible, le mioche, en l'intégrant dans son film pour pouvoir lui vendre un maximum de gadgets. Mais là aussi il se trompe : un enfant ne rêve pas d'être un enfant, il veut être le grand héros qui va botter le cul des méchants.
Cette erreur de boutiquier se répète plusieurs fois dans la nouvelle trilogie. Vouloir contenter tout le monde, du vieux nostalgique hardcore jusqu'au bambin fan de Disney, est un pari quasi-impossible. Habiller Padmé comme une poupée ne suffit pas à intéresser les petites filles, mettre Samuel L. Jackson dans son film ne garanti pas un succès auprès des populations noires, et les gesticulations de Jar Jar Binks ne font pas des épisodes I et II de poilantes comédies (en tout cas, pas intentionnellement).


Arrêtons le tir pour aujourd'hui, le temps est venu pour nous de plonger dans l'épisode II alternatif que je vous propose humblement.